Sciences & techniques

Ren@issance mythologique. L’imaginaire et les mythes à l’ère digitale

Chronique de Ren@issance mythologique. L’imaginaire et les mythes à l’ère digitale, de Thomas Janet.

« Après une période d’abus et de forte imbrication du fait digital dans notre environnement, un équilibre reste à trouver. Il est de notre responsabilité de comprendre que le digital représente un véritable changement de paradigme, qu’il permet de mieux se connecter à nos désirs et nos pulsions, qu’il nous offre la possibilité de revenir à un état que nous avions quitté depuis longtemps, nous rapprochant de notre condition d’humain et de notre propre animalité. À nous de savoir le gérer. »

Thomas Janet, Ren@issance mythologique. L’imaginaire et les mythes à l’ère digitale, François Bourin Éditeur, 2011, p. 190.

Motivations initiales

Un titre plein de promesses et très original. Livre reçu depuis un long moment, qui restait à chroniquer.

Synopsis

Le parcours proposé dans ce livre consiste à allier – à réconcilier ? – racines mythologiques et théories traditionnelles face aux contributions et exemples récents, autour d’une mise en perspective du numérique et de l’humain. Ce « voyage » comme le dénomme Thomas Janet s’articule autour de quatre grandes thématiques, abordées dans les différentes parties : « le retour aux autres », « le retour de la figure », « le retour de la pulsion », « le retour au sauvage ». Ces thématiques s’efforcent de démontrer l’état actuel d’un nouveau monde où tout « re-commence ». Une réactivation du digital où bon nombre de sentiments et de phénomènes prennent leurs racines dans le mythe, qu’il s’agisse d’une perception au niveau personnel ou collectif, nous permettant de transcender le réel avec un retour à « l’origine des choses », une situation plus humaine, émotionnelle, mortelle.

Avis

> L’avis de G

Entre accident de parcours et dérapage contrôlé, ce livre propose une vision décalée, parfois anachronique, et en tout cas inédite sur le numérique, autour d’une hypothèse : celle de la résurgence du mythe par le digital en tant que réalité postmoderne. En effet, à chaque époque, la technologie du temps impulse un imaginaire collectif et des croyances qui y sont reliées. Malgré une volonté de se référer aux auteurs philosophiques de référence, on ressent bien l’appartenance de l’auteur au monde publicitaire et médiatique : il s’efforce de traiter le sujet en respectant les règles du storytelling, en 200 pages, en ayant recours systématiquement à des métaphores, qui se traduisent par de nombreux raccourcis théoriques.

Le présupposé de départ est clairement celui de son milieu, dans lequel le numérique est perçu à la fois sous un angle bienveillant et structurant et, à la fois, comme une menace « apocalyptique » continue. La multiplicité et la récurrence d’un vocabulaire négatif illustre bien un discours polémique caractéristique des professionnels des médias en amoindrissant la réflexion dans une sorte de rythme neutralisant. La démarche de Thomas Jamet est pourtant profondément positive et tente de démontrer qu’il n’y a pas lieu d’avoir peur devant ce qui est nouveau, notamment le numérique. Pour lui, s’il incarne une nouvelle réalité nous invitant à regarder en arrière, le numérique est la marche sur laquelle nous pouvons ériger et réaffirmer la fondation de notre humanité.

Néanmoins, la vision, et les parallèles – un peu forcés – font entrer le discours dans un équilibre impossible, entre pertinence et impertinence, et c’est peut-être ce qui est véritablement intéressant dans cet essai destiné davantage à un public de curieux que de spécialistes.

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