Essai, Sciences & techniques

La querelle des livres. Petit essai sur le livre à l’âge numérique

Chronique de La querelle des livres. Petit essai sur le livre à l’âge numérique, de Olivier Larizza.

« Le livre a ses raisons que la raison ne livre pas : il sécrète des affects et des fantasmes particuliers »

Olivier Larizza, La querelle des livres. Petit essai sur le livre à l’âge numérique, Buchet-Chastel, 2012, 4e de couverture.

Motivations initiales

Une illustration de couverture où l’on voit un livre poignardé se vidant de son encre… l’image attire l’œil ! Et comme le sujet – la cohabitation du livre papier et de son alter ago numérique – est un thème d’actualité, pas d’hésitation à avoir : ce livre a rejoint ma PAL.

Synopsis

Olivier Larizza procède à une comparaison du livre numérique et du livre papier, afin d’en évaluer les avantages et les inconvénients respectifs. En quoi le livre papier est-il incontournable ou, à l’inverse, pourquoi pourrions-nous le dépasser ?

L’auteur pointe la difficulté de nommer la version digitale : livre numérique, e-book, livre électronique, etc., et la confusion et l’hybridation de ces intitulés avec les dispositifs de lecture eux-mêmes. Tout naturellement, la question de l’appropriation de quelque chose que l’on ne parvient pas à nommer avec précision se pose. En effet, cette valse de noms est symptomatique du flou qui recouvre l’émergence de cette nouvelle technologie, dont les incertitudes et les conséquences restent en partie insoupçonnées.

Avec l’émergence des réseaux, le numérique détrône pourtant le livre traditionnel comme moyen d’accès à la connaissance. Ce dernier n’est plus le lieu privilégié de la rencontre avec l’autre et avec l’ailleurs, ni l’outil premier de connaissance du monde. Le numérique interroge donc notre désir de livre, ses diverses formes. Comment y voir clair en dépassant les prophéties et clivages opposant catastrophisme et empathie? Quelles en sont les conséquences sur la lecture, la littérature et, plus largement, sur nos sociétés ?

Avis

> L’avis de G

Il s’agit d’un essai qui s’adresse à tous les amoureux de l’objet livre, qui s’interrogent sur l’avenir de sa forme traditionnelle. Olivier Larizza analyse les éléments de résistance de l’objet papier face à sa version fluide, électronique et immatérielle, de plus en plus prégnante et présente.

Olivier Larizza ne mâche pas ses mots en décrivant la lecture digitale : « Notre nouvelle réalité est en effet sous-tendue par une idéologie insidieuse qui nous pousse à croire que la fréquentation des fantômes (sur Facebook) est meilleure que celle des vivants en chair et en os, qu’il vaut mieux consulter un ouvrage en ligne que d’aller fureter dans une vieille librairie de quartier, que la compagnie des liseuses, lesquelles compressent des dizaines de milliers des pages en quelques millimètres d’un métal léger comme une plume, nous est préférable à celles des « tigres de papier aux dents de carton « , pour reprendre la métaphore de Frédéric Beigbeder ; redouterait-on une improbable morsure ? Cette idéologie qui nous assomme est celle du moindre encombrement poussé à l’extrême, c’est-à-dire la disparition. Voilà ce que signifie l’euphémisme « virtuel » : disparu. Car seul ce qui n’existe pas – ou plus – peut-être recomposé de toutes pièces afin de ressembler au nirvana, au paradis forcément artificiel que nous traquons sur terre. La disparition est devenue une qualité supérieure, la valeur ajoutée par excellence, le nec plus ultra. »

Ce livre didactique démontre progressivement avec force et conviction que le « vrai » livre a toujours un bel avenir devant lui. D’ailleurs comme le précise Olivier Larizza, la forme papier est à maturité depuis des siècles : une version rodée qui répond idéalement à ce pour quoi il est fait. Il confirme qu’une nouvelle technologie ne détrône pas nécessairement la précédente, il se peut même qu’elle la renforce. Et c’est bien ce qui se passe. En consultant des statistiques de 2018, on s’aperçoit que la vente de livre n’a pas diminué, bien au contraire : la consommation de papier par les éditeurs a augmenté et la part des formes numériques représente moins de 10% du marché. L’intuition d’Olivier Larizza, exprimée en 2012, est donc non seulement fondée, mais confirmée par les faits. L’arrivée du livre électronique représente donc plutôt un élargissement et une consolidation du marché, en offrant un complément du livre traditionnel auquel nous sommes globalement encore tous très attachés.

Finalement, derrière cette approche, ce qui se joue est un enjeu culturel et sociétal où le livre numérique n’a pas (encore) supplanté le livre papier, simplement celle d’un certain type de lecture rendu possible par lui et accompagnant une vie contemporaine rythmée par les usages numériques.

Avec un discours intelligent et bienveillant, Olivier Larriza évite vaillamment de sombrer dans le catastrophisme ou la caricature, contrairement à beaucoup d’ouvrages qui traitent de ce sujet. Et, en plus, il a, jusqu’ici, eu raison : l’apocalypse n’a pas eu lieu !

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Sciences & techniques

Ren@issance mythologique. L’imaginaire et les mythes à l’ère digitale

Chronique de Ren@issance mythologique. L’imaginaire et les mythes à l’ère digitale, de Thomas Janet.

« Après une période d’abus et de forte imbrication du fait digital dans notre environnement, un équilibre reste à trouver. Il est de notre responsabilité de comprendre que le digital représente un véritable changement de paradigme, qu’il permet de mieux se connecter à nos désirs et nos pulsions, qu’il nous offre la possibilité de revenir à un état que nous avions quitté depuis longtemps, nous rapprochant de notre condition d’humain et de notre propre animalité. À nous de savoir le gérer. »

Thomas Janet, Ren@issance mythologique. L’imaginaire et les mythes à l’ère digitale, François Bourin Éditeur, 2011, p. 190.

Motivations initiales

Un titre plein de promesses et très original. Livre reçu depuis un long moment, qui restait à chroniquer.

Synopsis

Le parcours proposé dans ce livre consiste à allier – à réconcilier ? – racines mythologiques et théories traditionnelles face aux contributions et exemples récents, autour d’une mise en perspective du numérique et de l’humain. Ce « voyage » comme le dénomme Thomas Janet s’articule autour de quatre grandes thématiques, abordées dans les différentes parties : « le retour aux autres », « le retour de la figure », « le retour de la pulsion », « le retour au sauvage ». Ces thématiques s’efforcent de démontrer l’état actuel d’un nouveau monde où tout « re-commence ». Une réactivation du digital où bon nombre de sentiments et de phénomènes prennent leurs racines dans le mythe, qu’il s’agisse d’une perception au niveau personnel ou collectif, nous permettant de transcender le réel avec un retour à « l’origine des choses », une situation plus humaine, émotionnelle, mortelle.

Avis

> L’avis de G

Entre accident de parcours et dérapage contrôlé, ce livre propose une vision décalée, parfois anachronique, et en tout cas inédite sur le numérique, autour d’une hypothèse : celle de la résurgence du mythe par le digital en tant que réalité postmoderne. En effet, à chaque époque, la technologie du temps impulse un imaginaire collectif et des croyances qui y sont reliées. Malgré une volonté de se référer aux auteurs philosophiques de référence, on ressent bien l’appartenance de l’auteur au monde publicitaire et médiatique : il s’efforce de traiter le sujet en respectant les règles du storytelling, en 200 pages, en ayant recours systématiquement à des métaphores, qui se traduisent par de nombreux raccourcis théoriques.

Le présupposé de départ est clairement celui de son milieu, dans lequel le numérique est perçu à la fois sous un angle bienveillant et structurant et, à la fois, comme une menace « apocalyptique » continue. La multiplicité et la récurrence d’un vocabulaire négatif illustre bien un discours polémique caractéristique des professionnels des médias en amoindrissant la réflexion dans une sorte de rythme neutralisant. La démarche de Thomas Jamet est pourtant profondément positive et tente de démontrer qu’il n’y a pas lieu d’avoir peur devant ce qui est nouveau, notamment le numérique. Pour lui, s’il incarne une nouvelle réalité nous invitant à regarder en arrière, le numérique est la marche sur laquelle nous pouvons ériger et réaffirmer la fondation de notre humanité.

Néanmoins, la vision, et les parallèles – un peu forcés – font entrer le discours dans un équilibre impossible, entre pertinence et impertinence, et c’est peut-être ce qui est véritablement intéressant dans cet essai destiné davantage à un public de curieux que de spécialistes.

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Sciences & techniques

Hackers : Bâtisseurs depuis 1959

Chronique de Hackers : Bâtisseurs depuis 1959, de Sabine Blanc.

« Le vrai hacker exalte l’ingéniosité, l’esprit de détournement, la créativité, la beauté gratuite du geste et l’élégance dans la réalisation, son code relève de l’art – « code is poetry » – car il est l’expression de la personnalité ; il défend la liberté d’information et le partage des connaissances, nécessaires pour progresser : the information wants to be free ».

Sabine Blanc, Hackers : Bâtisseurs depuis 1959, OWNI Editions, 2012, p. 6.

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