Roman

La petite barbare

« Un psychiatre, des avocats de La Défense, de l’accusation, un juge d’instruction. Le barnum de la justice au grand complet. Dans la famille La Loi, je voudrais l’indulgence. Pas dormi depuis trois jours, mes cheveux suintent de peur. Les visages ont des contours flous éclaboussés par des néons. Rien à manger, que du café. Je suis prête à avouer la mort du Christ et le génocide rwandais pour dormir. »

Astrid Manfredi, La petite barbare, Belfond, p. 85, 2015.

Motivations initiales

On me l’a recommandé, les radios en parlaient en bien, les critiques étaient bonnes. Comment passer à côté d’un « roman brut et stupéfiant » ?

Synopsis

Elle a vingt-trois ans, elle est à l’isolement pour avoir eu maille à partir avec le directeur. Comment en est-elle arrivée là, la petite fille qui, a six ans, prend conscience de son existence, dans une cité, entre une mère dont la beauté ne la sauve de rien, et un père qui passe ses journées à ne rien faire. Dans quel engrenage est-elle tombée ? Comment va-t-elle tomber dans l’alcool, la drogue, le sexe, la violence ? Et jusqu’où cela l’emmènera-t-elle ?

Avis

> L’avis de C

D’une petite fille qui rêve de paillettes à une jeune femme entre quatre murs dans une cellule miteuse, il n’y a qu’un pas, celui que « la petite barbare » a franchi, celui d’une lente descente aux enfers, couplée à une ascension ultra rapide vers la violence tant physique que morale. Un roman qui se lit vite et qui nous donne l’impression de prendre un uppercut en pleine face…

Au début, le texte m’a fait penser à un bon rap, musclé et rythmé. Mais après quelques pages, ça sonne faux, pour plusieurs raisons : l’auteure tente de nous faire croire qu’elle maîtrise le langage de la banlieue et la vie dans un quartier défavorisé, à mon goût c’est trop, beaucoup trop… La magie a disparu ! Sûrement aussi en partie à cause de la relation sordide entre le directeur de prison et la petite barbare – qui n’en est pas à son coup d’essai puisqu’elle a également manipulé un gardien. Cela donne une vision noire, négative et au final un peu outrée du monde carcéral – pour ceux qui connaissent on en vient à penser que l’on est probablement dans la série Orange is a new black -.

Alors pourquoi parler d’un uppercut en pleine face ? Parce que forcément on se sent mal à l’aise face à tant de violence, d’irrespect de sa personne – la petite barbare, dès ses treize ans accepte de monnayer son corps et ses faveurs, et revendique d’y trouver son compte – et de négation de la vie d’autrui. Forcément, on fait le parallèle entre ce livre et l’affaire du gang des barbares qui a eu lieu en 2006…

Mais je trouve ce livre trop réducteur : la banlieue serait donc uniquement un lieu où règne la barbarie ?

> L’avis de T

Roman de l’engrenage, La petite barbare m’a laissé sur le bord du chemin. Pourtant, a priori, tout était réuni pour que j’adhère. Alors pourquoi suis-je resté à côté ?

Pour une raison que je suis incapable d’expliquer, j’ai eu, dès le démarrage, le sentiment que tout était faux. Le style, qui cherche à imiter la façon dont on pourrait s’exprimer en banlieue, est en fait un exercice de style : la maîtrise de la langue est évidente, l’amour de la littérature également. Mais ce n’est pas ce que j’attendais pour cette histoire. Là où il aurait fallu du brut, du cru (le terme anglais « raw » serait, me semble-t-il, le mieux adapté), j’ai une langue travaillée, trop à mon goût. Et cela m’amène à ne plus percevoir l’histoire, mais seulement les clichés.

Je n’ai pas la prétention de penser que je saurais, moi, ce qui serait réaliste et ce qui ne le serait pas. Simplement, je suis resté en dehors de cette histoire-là.

Au final, le plus désespérant – et qui me fait peut être préférer ne pas apprécier ce livre – est que celle que ses camarades de cellule surnomment la petite barbare ne grandit pas, ne progresse pas, n’évolue pas. Tout cela serait réellement pour rien ?

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