Drame, Jeunesses, Livres jeunesses

Hate list

L’avis de

« Notre promotion demeurera marquée à jamais par une certaine date. Le 2 mai 2008. »

Jennifer Brown, Hate list, Le livre de poche,p.380, 2014.

Motivations initiales

Livre jeunesse conseillé par mon vendeur fétiche dans ma librairie fétiche.

Synopsis

2 mai 2008. Lycée de Garvin. Nick, le petit ami de Valérie ouvre le feu dans le foyer du lycée. Il tue une dizaine d’élèves, en blesse de nombreux autres – dont Valérie – avant de se donner la mort. Valérie est aterrée : les élèves ciblés par Nick lors de cette attaque figuraient tous sur la liste que Valérie et Nick alimentaient pour se défouler : la liste des élèves agaçants, arrogants, pénibles qu’ils détestaient…

Cinq mois plus tard, Val reprend le lycée, mais elle sait déjà que rien ne sera plus comme avant… Les « pourquoi » sont légions. Pourquoi Nick a-t-il commis cet acte ? Comment ce qui n’était pour elle qu’un défouloir a-t-il tourné au carnage ? Mais aussi d’autres questions, encore plus difficiles à porter. Pourquoi n’est-il plus là ? Pourquoi tout le monde la prend-elle pour un monstre ? Pourquoi n’a-t-elle plus goût à rien ?

Comment Valérie va-t-elle être accueillie au lycée ? Arrivera-t-elle à se reconstruire ? Est-elle aussi coupable que Nick ?

Avis

> L’avis de C

400 pages d’une extrême intensité, 400 pages qui se dévorent d’une traite – on a besoin de savoir si Valérie va réussir à se reconstruire -, 400 pages où le lecteur est interpelé par la façon dont la violence peut faire irruption, subitement, dans le quotidien, happé par le fait que l’on n’est en sécurité nulle part…

Dès les premières pages, on est entrainé dans l’histoire. L’alternance des temps se fait de façon fluide, entre l’enfance – heureuse et gâtée – de Valérie, les moments du passé vécus avec Nick, le présent d’une famille qui se déchire devant les conséquences du crime, l’attitude des lycéens qui tentent de faire comme si rien ne s’était produit. Et puis il y a le futur : comment se projeter, comment s’autoriser à avoir un avenir, comment tourner la page ? Tout cela est fait sans éluder la question de fond qui nous tord les tripes : même si Valérie n’a pas appuyé sur la détente, a-t-elle une part de responsabilité dans cette tuerie ?

Autour d’un sujet brûlant – les tueries de ce type qui ont eu lieu aux États-Unis ces dernières années, et qui nous laissent toujours en état de sidération -, l’auteur a su déployer une histoire qui nous touche au plus profond, parce qu’elle questionne la culpabilité de ceux qui restent… d’autant que, soyons honnêtes : qui de nous n’a pas ressenti, un jour, une bouffée de haine, une envie de meurtre, l’envie de désigner du doigt celui ou celle dont on aimerait être débarrassé ? Cela fait-il de nous des meurtriers en puissance ?

Cinq mots me viennent à l’esprit en refermant ce livre : étonnant – puissant – poignant – passionnant – envoûtant. Ce livre mérite amplement les éloges qu’il reçoit ! Il n’y a aucune fausse note, c’est un des livres parfaits que ma bibliothèque à l’honneur de compter sur ses étagères !

> L’avis de T

L’histoire fait froid dans le dos, d’autant que, malheureusement, nous savons tous que la violence peut faire irruption n’importe où, à n’importe quel endroit, et que des tueries dans des écoles se produisent bien trop souvent aux Etats-Unis. Avec un thème pareil, l’émotion est facilement au rendez-vous.

Alors, évidemment, on aimerait être convaincus d’avance. Mais…

Pour ce qui est de l’émotion, pas de doute, c’est réussi. Mais on aimerait, surtout pour un livre jeunesse, avoir une réflexion. Et de la réflexion, il pourrait y en avoir à tous les étages. Sur la question de la culpabilité, voire, en élargissant, sur la distinction entre responsabilité et culpabilité. En effet, Valérie se débat avec ces questions, « suis-je coupable ? », mais aussi « suis-je responsable ? ».

L’un des personnages secondaires, Jessica, a évolué : avant le drame, elle était dans la « liste de la haine ». Après, elle se rapproche de Valérie, et devient son amie. Mais on ne nous dit pas grand chose des raisons pour lesquelles cette évolution se produit !

Il serait aussi intéressant d’accompagner l’une des prises de conscience de Valérie, celle qui lui fait réaliser qu’elle ne sait rien, ou si peu, de Nick, l’homme qu’elle aimait. Or cette prise de conscience, toute personne qui a déjà eu l’occasion de vivre une rupture amoureuse y est confrontée ! Alors pourquoi ne pas profiter de l’occasion pour dire comment, dans une relation amoureuse, il est fréquent d’idéaliser l’autre, de plaquer sur lui ou elle ce que l’on aimerait trouver chez lui (ou elle). Du coup, Valérie exprime émotionnellement cette idée, lorsqu’elle se débat avec l’idée que celui qui a commis la tuerie n’est pas le « vrai » Nick avec lequel elle se sentait si bien. Mais, non, on reste au niveau exclusivement émotionnel !

En plus, et même si je n’aime pas spécialement critiquer, il y a deux points qui me posent un réel problème dans l’écriture. Dans les 40 premières pages, plus encore que partout ailleurs dans le roman, on a l’impression que, dans chaque phrase, il y a des points de suspension. Comme si aucune phrase n’était terminée. Et, mais c’est peut être liée à la traduction plus qu’à l’auteur, je n’ai pas vérifié, le vocabulaire est par moment vraiment relâché, sans que cela semble réellement utile.

Bref, l’idée est vraiment intéressante d’explorer la façon dont un groupe – ici une promotion dans un lycée – réagit au drame que constitue une tuerie apparemment gratuite commise par l’un de ses membres. Mais il me semble que les sujets de fond ne sont que survolés. Bref, de mon point de vue, c’est franchement décevant, parce que cela méritait beaucoup mieux !

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1 réflexion au sujet de “Hate list”

  1. J’ai lu dernièrement « Dernier jour sur terre » de David Vann qui s’intéresse à la vie d’un de ces tueurs de masse, c’est très intéressant. J’ai lu il y a plus longtemps « Il faut qu’on parle de Kevin » de Lionel Shriver que j’ai trouvé beaucoup plus contestable (il y est essentiellement question de la mère d’un tueur, fictif celui-là).

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