Aventures, Fantastiques, Prix littéraires

Cygnis

« Toi et moi, nous avons perdu la capacité de croire ces récits à force de traverser le monde. On a entendu tellement d’histoires qu’elles s’accumulent et perdent de leur sens. Nous sommes trop conscients des hommes qui les ont inventées. Mais pour ceux de Méandre, pour les troglodytes qui vivent dans les cavernes de Sinna, pour tous les habitants des villages que nous avons croisés, les croyances permettent de ne pas oublier qu’il s’est produit quelque chose de terrible il y a longtemps. Chacun a gardé au fond de lui les peurs de ses ancêtres et il tente de les conjurer. »

Vincent Gessler, Cygnis, Librairie l’Atalante, 2010, p. 54.

Motivations initiales

De l’Atalante, je connaissais la collection classique, grand format, avec en particulier deux de mes auteurs fétiches, Guy Gavriel Kay et Andreas Eschbach. Mais l’excellente idée de proposer, dans une collection « poche », des titres publiés précédemment, était l’occasion de découvrir des livres que j’avais raté… J’avais donc demandé s’il était possible de recevoir Cygnis, de Vincent Gessler, dont la 4e de couv signalait l’idée « d’archéologues du futur » qui me parle, pour diverses raisons.

Synopsis

Syn est un trappeur. Avec son loup – visiblement hors du commun, avec son pelage partiellement synthétique -, il arpente, depuis des années, un monde truffé de ruines, dans lequel des robots – les diasols – s’attaquent aux voyageurs. Il est l’un des « chasseurs de robots » les plus efficaces – il ment sur le nombre abattu, même à ses plus proches, de peur de ne pas être cru -, ce qui lui assure un bon train de vie, lors de ses rares passages par les « villes » qui subsistent.

Et puis, alors qu’à Méandre, on célèbre la foire de printemps, les femmes sont enlevées par un groupe de troglodytes. Il n’en faut pas plus pour que les armes soient sorties et que l’on appelle à la guerre.

Mais Syn ne veut plus tuer. Il se tient à distance des combats, ou, du moins il essaye. Mais le conflit le rattrape alors qu’il est de passage chez Gib, l’homme qui l’a élevé après la mort de ses parents…

Signalons enfin que Cygnis, premier roman publié de Vincent Gessler, a été couronné, cette année-là, du prix Julia-Verlanger et du prix européen Utopiales.

Avis

> L’avis de T

Voilà un petit livre – il n’est pas très épais, 260 pages – qui incarne exactement ce que j’aime en science-fiction : il y a de la science, il y a de la fiction, mais, surtout, il y a une réflexion sur ce qu’est notre humanité.

Le style est travaillé. « Le deuil s’enracine sur cette terre, où nous marchons, toujours en rond » ; « son esprit suit le même mouvement de tourbillon, chute en avant, mais son corps assis contre le mur se contente de racler un peu la pierre ». Mais il est au service de l’histoire, et non d’un exercice de style gratuit. En le lisant, je ne me souvenais plus que, recevant le livre, j’avais été surpris d’y retrouver cité, dans les remerciements, Philippe Rahmy – Monarques -, mais je comprend mieux en l’ayant lu les proximités.

La mise en place de l’histoire nécessite que nous entrions dans ce monde post-apocalyptique, dans lequel les robots s’attaquent aux hommes, dans lequel les anciens objets technologiques sont recherchés, réparés, adaptés, lorsque l’on arrive à identifier leur usage, dans lequel l’hiver est visiblement meurtrier. Syn, notre guide, semble d’ailleurs se tenir soigneusement à l’écart, il ne fréquente les autres hommes qu’avec parcimonie, préférant de loin évoluer seul, sans attaches, sans contraintes. Puis on découvre qu’une « chose » indéterminée mène, de son côté, une sorte de croisade qui vise à la destruction.

Les croyances, évoquées dans la citation retenue au début de cette chronique, donnent une vision manichéenne du monde. Faut-il y voir une critique des religions ? Peut-être : ces croyances, quoi qu’il en soit, expliquent le monde, mais pour le rendre accessible, elles le simplifient. Parfois à l’extrême. Et, justement, c’est ce à quoi Syn et ceux qui l’entourent vont se retrouver confrontés : les « humains » ont peur des diasols – les robots -, accusés dès qu’une exaction est commise ; les troglodytes ont leurs propres croyances – ils craignent qu’un morceau du soleil ne se détache et tombe, ce qui les amène à ne sortir que la nuit -, qui façonne un univers dans lequel ils évoluent. Mais les hommes sont-ils tous humains ? Les robots ne sont-ils que des robots ?

Syn, parce qu’il est à la marge – à la marge du monde, à la marge de la société humaine -, est probablement celui qui peut le mieux percevoir l’entièreté du dessin. Il est un de ceux qui connaissent le mieux les robots, il a fréquenté les troglodytes et connait leurs mœurs, il côtoie, même si c’est avec modérations, la société humaine. Ni totalement dedans, ni totalement dehors, il se situe à l’interface.

Bref, ce livre incite à la réflexion, sur ce que cela signifie d’être humain, sur nos croyances, sur ce qu’est l’intelligence artificielle… Des sujets indéniablement d’actualité, non ?

Le seul point qui m’a échappé – mais sans que cela me dérange réellement – : chaque chapitre porte un nom, dans une langue qui pourrait ressembler à du latin mais qui n’en est pas. Parfois le sens est clair, parfois moins. Mais j’avoue ne pas m’être pris la tête lorsque le sens m’échappait…

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