Policiers

Le cercle de Farthing

« La victime était un homme de haute stature d’une quarantaine d’années, très soigné. Il avait le visage glabre et le teint rougeaud. D’un tempérament emporté, de son vivant, probablement. Ses yeux grands ouverts, qui regardaient le plafond, semblaient exorbités, sans doute sous le coup de la peur. Il portait une chemise de nuit en grosse toile à l’ancienne. Sa poitrine était toute barbouillée de rouge et, en son centre, au-dessus du cœur, était planté un poignard qui maintenait un carré de tissu bleu marine brodé d’une étoile jaune à six branches. »

Jo Walton, Le cercle de Farthing, Folio SF, 2017, p. 57.

Motivations initiales

Premier tome de la trilogie du Subtil changement de Jo Walton, ce livre annonce dès la quatrième de couverture la couleur. Prototype de l’uchronie, ce livre policier se déroule dans une Angleterre qui, en 1941, a signé la paix avec Hitler, pour se préserver, laissant se dernier se concentrer sur l’ennemi bolchevique. Suffisamment intrigant pour rejoindre fissa notre PAL !

Synopsis

Le Cercle de Farthing est un groupe politique conservateur qui compte en son sein Sir James Thirkie, l’homme qui a signé la paix avec Hitler. Ils se réunissent souvent à Farthing, dans le domaine de Lord et Lady Eversley. La fille de ces derniers, Lucy, qui a épousé David Kahn, un juif, est invitée également, pour une fois.

Mais, rapidement, Sir James Thirkie est retrouvé mort, un poignard planté dans la poitrine. Le tissu brodé d’une étoile jaune retrouvé sur son corps semble pointer vers la piste juive. Puis, lors d’un nouvel attentat à l’occasion duquel Lucy et Lord Eversley sont blessés après avoir essuyé des tirs, l’assaillant est abattu, et on retrouve sur lui une carte de militant communiste.

Les membres du Cercle de Farthing, la presse, les milieux politiques et bientôt toute l’Angleterre en sont persuadés : ces actes sont ceux des juifs, des bolcheviques, des homosexuels, des anarchistes. Mais l’inspecteur Carmichael, qui enquête sur place, a la désagréable impression de se faire mener par le bout du nez.

Son enquête permettra-t-elle d’identifier le coupable ? Et, surtout, faut-il y voir dans ces événements les conséquences des mœurs de certains des présents, ou s’agit-il d’un complot politique plus vaste ?

Avis

> L’avis de T

L’uchronie a cette force qu’elle nous oblige à nous rappeler que l’Histoire est souvent écrite par les vainqueurs, et que, parfois, le sort d’une bataille, d’une guerre, d’une conquête, peut se jouer sur rien, avec des conséquences à moyen et long terme qui, elles peuvent être colossales. Comme une histoire de papillon et de battements d’ailes.

Ici, Jo Walton imagine une Angleterre qui n’a finalement pas suivi Churchill, mais a préféré, pour s’éviter une guerre longue et coûteuse, faire la paix avec Hitler en 1941, lui abandonnant le continent européen. Les Conservateurs l’ont emporté et préfèrent voir le Reich se battre contre les bolcheviques qui leur font si peur.

L’Angleterre, si elle préserve encore un vernis de normalité – les Juifs ne sont pas pourchassés… même s’ils sont souvent mal vus ! -, a donc fait le choix de fermer les yeux. Et le Cercle de Farthing, groupe politique composé de nobles qui ont tout intérêt au statu quo et à la préservation des avantages acquis, incarne parfaitement une attitude de repli sur soi, qui n’est pas sans nous rappeler quelque chose…

L’enquête elle-même, il faut bien le dire, n’est pas menée sur un rythme trépidant. Mais je ne crois pas qu’il faille voir d’abord Le cercle de Farthing comme un roman policier, mais bien plutôt, me semble-t-il, comme une fable politique – je m’avance peut-être un peu, en préjugeant de ce que les deux tomes restants de la trilogie auront à offrir, mais je ne crois pas -.

Une fable politique, donc, qui met en scène les petits arrangements avec le pouvoir, le populisme, la manipulation, le renoncement. Qui montre également comment un racisme ordinaire, ou, plus largement, le fait de montrer du doigt des groupes du simple fait de leur religion, de leur race, de leurs penchants sexuels… peut rapidement amener à des situations encore bien plus graves. Tout cela parait donc d’une brûlante actualité…

Je dois cependant avouer que, pendant le premier tiers du livre, j’ai parfois eu l’impression que l’auteure en faisait parfois un petit peu trop sur la question de l’homosexualité. Lucy distingue notamment les « athéniens », les « macédoniens » et les « romains », les « athéniens » étant ceux qui, comme Platon, considèrent que l’amour ne peut se concevoir qu’entre garçons, les « macédoniens » ceux qui, à l’instar d’Alexandre le Grand, ne rechignent pas à passer d’Héphaestion à Roxane, les « romains », enfin, considérant que que l’amour ne peut exister qu’entre un homme et une femme.

Certes, la question « qui couche avec qui » permet souvent de comprendre les ressorts au sein d’un groupe ; certes, cette insistance permet de créer l’atmosphère d’une Angleterre corsetée, dans laquelle les discours ne parviennent pas totalement à dissimuler les petits secrets d’alcôve ; certes, cela permet de mettre en lumière le côté superficiel et populiste de ces médias qui ont besoin, en un titre, en un mot, de résumer des sujets complexes, au risque de les simplifier de manière excessive. Mais on aurait pu, peut-être, aboutir au même résultat de façon encore plus subtile.

Vous l’aurez compris, ce n’est pas totalement un coup de cœur. Mais c’est vraiment une lecture très agréable, qui donne l’occasion de réfléchir. La question de lire la suite de cette trilogie ne se pose même pas, et j’irais probablement découvrir également le reste de l’œuvre de Jo Walton, dont le réputé Morwenna.

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