Théâtre

Les poissons rouges

Chronique de Les poissons rouges, de Jean Anouilh.

« Il doit me trouver hargneuse, méchante. Quand je le vois, c’est plus fort que moi : j’ai envie d’aboyer. Son odeur… C’est curieux, je n’y prêtais pas attention autrefois. Ni au bruit qu’il fait en mangeant… (Elle ajoute, lointaine.) Ce n’est pas que je n’aime pas l’odeur de la transpiration chez certains êtres… Ce jeune homme, l’autre jour, chez les Montmachou, qui venait de jouer au tennis… »

Jean Anouilh, Les poissons rouges, Folio, 2008, p. 38.

Motivations initiales

Ce livre est un clin d’œil. Un cadeau et un clin d’œil. Parce qu’à l’occasion d’une conversation, j’avais dit que je n’aime pas m’occuper des poissons, changer leur eau… Et l’un des participants à cette discussion a rebondi… et j’ai trouvé, un beau jour, dans ma boîte aux lettres, ce livre !

Synopsis

Cette pièce de théâtre, on nous l’indique dès le départ, se déroule pour partie en Bretagne, et pour partie « dans la tête de l’auteur ». On sait donc dès le départ que l’unité de temps et de lieu ne sera pas forcément respectée… et on n’est pas déçu.

La partie qui se déroule en Bretagne met notamment en scène Antoine de Saint-Flour, auteur de pièces de théâtre, sa femme Charlotte, avec qui les relations sont difficiles, Camomille, leur fille, dont le mariage est sur le point de se dérouler – elle n’a que 15 ans, mais elle est enceinte -, Toto, leur fils, Madame Prudent, la belle-mère, Adèle, une jeune bonne, et Edwiga Pataquès, la maîtresse d’Antoine. Et, lorsque l’action se déroule dans la tête d’Antoine, on retrouve essentiellement sa grand-mère et, surtout, La Surette, son ami d’enfance.

Le sujet le plus évident, c’est l’amour, son début, sa fin… et sa volatilité. Mais on peut également y lire une satyre sociale, au travers de la relation entre Antoine, descendant d’une famille d’aristocrates, et La Surette, qui se pose en homme du peuple opprimé par les bourgeois… sujet ô combien d’actualité !

On le comprend : cette pièce est assez complexe, malgré une grande simplicité apparente. Et les thèmes sont imbriqués. Tout ceci incite à s’intéresser au contexte dans lequel cette œuvre a été écrite (en bas de page, un lien vers une ressource en ligne que j’ai trouvée particulièrement intéressante). On y découvre notamment qu’Antoine de Saint-Flour était déjà le personnage central de la pièce précédente de Anouilh, Cher Antoine ou l’amour raté. Et que la pièce, écrite entre mai et juillet 1968, ne peut pas ne pas être imprégnée de la perception de l’auteur des « événements » de 68 ! Cela éclaire notamment une partie des échanges entre Antoine et La Surette…

Avis

> L’avis de T

Disons-le d’abord : ce petit texte – à peine 150 pages – se lit extrêmement facilement. Et l’acidité des dialogues entre Antoine de Saint-Flour et Charlotte, son épouse, est réjouissante. Ils se sont tellement perdus de vue ! Une scène de souvenir nous les montre aux premières heures de leur amour, tout emplis l’un de l’autre, mais ils ont visiblement cessé de regarder dans la même direction…

On découvre ensuite que, avec sa maîtresse, une actrice, la vie n’est pas plus simple. Cette dernière semble en effet aller de tentative de suicide en tentative de suicide… et l’on apprend qu’elle a beaucoup menti.

Mais c’est surtout la dimension sociale qui est très actuelle. Dans les échanges entre Antoine et La Surette, on balaye tous les clichés du genre. La Surette est en colère contre le monde entier, qui l’opprime… ou dont il estime qu’il l’opprime. Dans une scène, Anouilh nous emmène même dans une dystopie : un nouveau code veut éliminer toute légèreté, considérée comme une caractéristique des descendants de gentilhommes…

Enfin, il y a un petit sujet autour de la transmission. En effet, le titre de la pièce vient de ce que, à 8 ans, Antoine de Saint-Flour avait fait pipi dans le bocal de poissons rouges de sa grand-mère – qui, en punition, le hante encore -, et il découvre, en discutant avec Toto, son fils de 8 ans, que celui-ci s’est également distingué en faisant pipi sur la robe de l’une des amies de sa mère… La vie d’Antoine étant encore, bien des années plus tard, marquée par ce geste qu’il ne peut expliquer, on peut anticiper que Toto pourrait, lui aussi, traîner cette histoire un moment…

Note : lien vers une page de l’Anthologie biographique des auteurs dramatiques consacrée à Jean Anouilh.

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