Policiers, Thrillers

Cari Mora

Chronique de Cari Mora, de Thomas Harris.

« Hans-Peter est très fier de son système de liquéfaction. Il a dû débourser une coquette somme, ce procédé étant très recherché par les fervents écologistes soucieux d’éviter les émissions de gaz carbonique produites par la crémation. La méthode liquide n’a aucun impact sur l’environnement, et ne laisse d’ailleurs aucune trace : si une fille se révèle décevante, Hans-Peter peut se débarrasser d’elle d’un simple coup de chasse d’eau, et ce sans polluer la nappe phréatique. »

Thomas Harris, Cari Mora, Le Livre de Poche, 2020, p. 24.

Motivations initiales

Nouvelle lecture dans le cadre du Prix des lecteurs du Livre de Poche, catégorie polar. Et, forcément, Thomas Harris – et Hannibal Lecter -, cela dit quelque chose. Mais, bien qu’ayant vu le film et la série, je n’ai jamais lu les livres. Alors, à quoi s’attendre ?

Synopsis

Cari Mora est une jeune femme exilée aux États-Unis, après avoir tout vu et tout subi en tant qu’enfant-soldat chez les FARC. On suppose également que, comme c’est la plupart du temps le cas, elle a été abusée sexuellement. Toujours est-il que la voilà à Miami, sous la menace du non-renouvellement de son permis de séjour. Pour gagner de l’argent, elle travaille à gauche à droite, faisant la cuisine et le service sur un bateau, gardant des maisons…

Et la voici justement chargée de garder l’ancienne maison de Pablo Escobar, dont la rumeur veut qu’elle abrite un coffre rempli de lingots d’or. Tout ce que Miami, la Floride, et même au-delà compte de gangs et de truands essaye, chacun son tour de s’en emparer. Et c’est désormais Hans-Peter Schneider, un dangereux psychopathe, qui tente sa chance…

Avis

La lecture a ceci de merveilleux qu’elle vous réserve parfois les plus belles surprises. Mais, pour paraphraser l’un de nos anciens premiers ministres, « win the yes needs the no to win against the no », il y a autant de grandes déceptions que de belles surprises… Et voici une vraie, grande déception. N’en déplaise à ce que nous annonce la 4e de couv, le « maître absolu du thriller » s’est, de mon point de vue, pris les pieds dans le tapis. Quant aux commentaires de Bernard Lehut ou Baptiste Liger (RTL, Lire), en parlant de « duel à couper le souffle » ou d’une « intrigue floridienne jubilatoire »… euh, comment vous dire ?

Certes, Thomas Harris a le don pour camper des personnages. Hannibal Lecter a marqué un tournant dans l’histoire des serial killers. Avec Cari Mora, il aurait pu taper aussi fort, en jouant sur les fantasmes masculins. En effet, on nous parle d’une jeune femme « sublime », « magnifique », pour qui les armes n’ont aucun secret. Chacun pourra donc imaginer l’héroïne en s’inspirant de Lara Croft, de Catwoman, de Black Mamba (ou d’O-Ren Ishii, Vernita Green ou Elle Driver, à chacun selon ses envies), voire d’une James Bond Girl, en fonction de ses goûts.

Dans la série des affreux, Hans-Peter Schneider et M. Gnis pourraient faire l’affaire. Le premier s’est aménagé sa propre machine à dissoudre les corps dans sa salle de bains, histoire de profiter jusqu’au bout du spectacle ; M. Gnis, lui, s’illustre en grignotant un rein qu’il est censé apporter à un client en attente de greffe… Mais aucun de ces deux personnages n’est réellement creusé. Les quelques dialogues entre les deux sont l’occasion de nous décrire la façon dont on pourrait créer des esclaves sexuels dépourvus de membres, pour satisfaire tous les caprices de leurs propriétaires… mais même cela demeure sans énergie.

Ensuite, Thomas Harris nous propose une série de scènes, comme si elles avaient été conçues pour le cinéma. Une scène avec un crocodile, pour faire comme dans Lake Placid… Quelques scènes dans l’eau, après, histoire de faire monter la tension (ou pas, d’ailleurs).

Mais où est l’histoire ? En fait, il n’y en a pas. On sait immédiatement qu’il y a un coffre-fort. On devine rapidement où il se trouve. Et cela revient en boucle : comment on l’ouvre ? Et si on ne peut pas l’ouvrir, comment on le déplace en attendant de l’ouvrir ? Cette scène là, on a l’impression de la retrouver quatre ou cinq fois dans le livre. Mais en réalité, il ne se passe rien.

Alors, évidemment, on attend le super twist à la fin. Mais non. Même pas. Circulez, il n’y a rien à voir !

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