Drame, Roman

L’avancée de la nuit

« Il avait coupé les ponts, ou croyait avoir coupé les ponts, ou essayait de couper les ponts avec son milieu, auquel il ne pensait pas comme à un milieu, mais comme à un incident, plus que cela même, un accident. »

Jakuta Alikavazovic, L’avancée de la nuit, Éditions Points, 2018, p. 18.

Motivations initiales

Bannière fb PMR 2018Ayant la chance de faire partie du jury du Prix 2019 du meilleur roman des lecteurs de POINTS, nous avons reçu les trois premiers livres de la sélection, dont celui-ci.

Deuxième lecture, deuxième chronique.

Synopsis

La trame de cette histoire se construit autour de Paul, gardien de nuit dans un hôtel, entre autres petits boulots, pour payer ses études, et d’Amélia, héritière de la chaîne d’hôtel pour laquelle il travaille, qui suit les mêmes cours que lui, et en particulier ceux dispensés par Anton Albers, une professeur de réputation internationale. Amélia occupe l’une des chambres de l’hôtel, ce qui les amène à se croiser souvent, de plus en plus souvent. Ils deviennent alors amants.

Paul découvre alors qu’Anton Albers était l’amie de la mère d’Amélia, Nadia Dehr, une artiste engagée. Celle-ci, plusieurs années auparavant, a disparu dans les Balkans, pendant la guerre au Kosovo.

Mais une nuit, alors que Paul s’est endormi à l’accueil de l’hôtel, Amélia disparait à son tour. Elle part pour Sarajevo, rechercher sa mère. Qu’elle ne retrouve pas. De retour à Paris, elle n’est plus elle-même, ou, plutôt, elle n’est plus l’Amélia que Paul croyait connaître. Ils ont néanmoins une fille, Louise… avant qu’Amélia ne disparaisse encore une fois…

Avis

> L’avis de T

Voilà bien un livre qui ne peut pas laisser indifférent. On adore, ou on déteste. Et, parfois, sans doute, on fait un peu les deux en même temps.

Pour ma part, pendant les 150 premières pages, j’ai vraiment souffert. Paul est bizarre, Amélia pas très nette. Et, surtout, la progression de leur histoire nous est racontée à coup de phrases longues et alambiquées, qui accumulent les réitérations. J’ai eu un mal à rentrer dans l’histoire ! J’ai été totalement insensible à la poésie de cette langue, qui m’a semblé à la fois trop alambiquée et, surtout, excessivement artificielle.

Et puis on entre dans une autre phase. Paul élève seul sa fille, et l’on a alors une description de ses angoisses. Il veut évidemment protéger sa fille, de tout, de tous, et surtout d’elle-même. Il va tout de même jusqu’à lui faire poser une puce électronique, à son insu, pour pouvoir la retrouver où qu’elle puisse être. Une angoisse de père assez extrême, n’est-ce pas, mais que l’on peut presque comprendre, sinon partager.

Le plus beau passage, pour moi, est peut-être celui où la petite Louise, avec son grand-père, libère les oiseaux qu’ils élevaient ensemble. Ici, la poésie est parvenue à prendre le dessus…

Mais il reste une série de passages pour lesquels je ne comprend pas réellement – voire pas du tout – de quoi l’auteure parle. Par exemple, lorsqu’elle évoque le sable :

« Plus elle s’enfonce dans le cœur contemporain des ténèbres, plus les hommes lui semblent usés, du sable niché profondément dans les rides du visage, les plis de la peau, des grains à jamais collés à la commissure des lèvres, au coin des yeux, formant des larmes qui ne coulent pas, à jamais captives de la paupière, des pleurs mécaniques mais perpétuels et perpétuellement retenus qui sont, qui pourraient être en ces lieux désolés, un instrument d’optique. »

Le paragraphe dont est tiré cette – longue ! – phrase se termine alors par :

« Et tous ces hommes sont las, et tous s’appuient sur des fusils, qui sont parfois la somme de trois armes différentes. »

Du coup, des passages entiers m’ont semblé être excessivement travaillés, purs exercices de style dont je ne perçois pas l’apport à l’histoire. Et il faut ensuite attendre les sept dernières pages pour retrouver un passage émouvant, une très jolie fin, d’ailleurs.

Le thème qui m’a le plus parlé, c’est celui de la parentalité. Qu’est-ce que cela veut dire, être parent ? Que transmet-on, volontairement et involontairement ? Et que nous transmettent nos enfants, dans le même temps ? Ce n’est pas forcément le sujet de ce livre, mais cela m’a parlé…

Clairement, ce livre m’a laissé sur le quai. À quelques fulgurances près, je n’ai pas réussi à entrer dans cette histoire, dont la poésie m’a semblé un peu forcée par moments. En même temps, il essaye de dire quelque chose de l’ordre de l’indicible, sur l’amour, la nuit et la peur dans nos sociétés, dans nos villes, ce qui ne peut pas lui être reproché. Toujours est-il qu’à l’exception des deux passages signalés, je n’y ai pas pris de plaisir, sans en tirer non plus de grand message sur la guerre ou la peur, parmi les sujets évoqués. De ce « grand roman d’amour et d’épuisement », comme le définit le Monde, c’est essentiellement l’épuisement qui m’est échu…

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