Biographies & autobiographies, Historiques, Roman

Ces rêves qu’on piétine

Chronique de Ces rêves qu’on piétine, de Sébastien Spitzer.

« Le gauleiter espérait une famille nombreuse.

Magda voulait des égards.

Il voulait le triomphe.

Elle voulait qu’on la regarde.

Il avait le pouvoir.

Elle gomma son passé.

Il découvrit l’existence de Viktor.

Elle le laissa faire.

Il découvrit l’identité de son père.

Elle nia. Fit nier sa mère.

Il devint taciturne.

Elle sombra dans une profonde atonie.

Leur pacte était fragile.

Il reposait sur un jeu de dupes. Le poison du mensonge s’en était mêlé. Magda vivait ses derniers jours avec le souffle court de ceux qui sont hantés, effarés de l’intérieur, paniqués de partout. »

Sébastien Spitzer, Ces rêves qu’on piétine, Éditions de l’Observatoire, p. 175.

Motivations initiales

J’avais entendu de nombreux éloges de cet auteur et de ses deux romans, au moment de la sortie de celui-ci. Il avait donc rejoint ma PAL, dans laquelle il est resté près de deux ans. Alors, en triant celle-ci, j’ai décidé de le sortir et de me plonger dedans !

Synopsis

La guerre est perdue. Les hauts dignitaires du Reich se rendent compte que la cause est perdue, certains abandonnent leur chef et les fidèles parmi les fidèles restent à ses côtés dans les dernières heures de sa vie…

Les époux Goebbels et leurs six enfants sont dans le bunker au côté d’Adolf Hitler. Magda Goebbels, la femme la plus puissante du IIIe Reich va s’enfoncer dans l’abîme et emporter avec elle ses terribles secrets… Parmi ses secrets, il y en a un de taille qui répugne son mari, le fait que son père soit juif…

Au même moment, des centaines de personnes quittent les camps encadrés par des soldats nazis. Ils s’accrochent à la vie, tente de fuir… Parmi ces survivants, la petite Ava qui sert contre elle un sac en toile contenant des lettres. Ces lettres sont l’histoire tragique de Richard Friedländer, le père de Magda, raflé parmi les premiers juifs…

Avis

Voilà un livre surprenant. Et sur lequel mon avis reste partagé. Pourtant, tout est bien, dans ce livre. L’intrigue, l’écriture, les personnages. Il y a de l’émotion. Je ne vais l’oublier de sitôt. Mais je n’arrive pas à dire non plus que j’ai aimé. Peut-être est-ce parce que j’ai beaucoup lu sur cette période, et que je dois passer à autre chose ?

Ce livre relate la chute des bourreaux du IIIe Reich, au travers de l’histoire de Magda Goebbels et de son ascension jusque dans les plus hautes sphères de l’État. Pendant plus de deux cent pages, l’auteur nous dévoile la personnalité machiavélique et noire de Magda… Et, en contrepoint à cette noirceur, on découvre la petite Ava qui est porteuse de mémoire, qui a entre ses mains la vérité sur la naissance de Magda.

J’ai particulièrement apprécié la façon dont l’auteur met en lumière Magda. Il retrace la façon dont elle devient une égérie, l’icône du régime, rayonnante et adulée, puis la manière dont, en même temps que le Reich, son aura commence à pâlir, et l’emballement du déclin… C’est un personnage dont, à tort, on parle peu : qui, en réalité, connaît l’histoire de cette femme ?

L’auteur allie fiction et Histoire avec un grand H. Au fil des pages, on sent qu’il y a, en amont de ce livre, un immense travail de recherches, on sent bien que l’auteur a cohabité avec les récits des historiens qui ont travaillé sur cette période. Là où l’exercice aurait pu échouer, Sébastien Spitzer arrive à captiver son lecteur et à donner corps à son histoire… et tout cela, en évitant l’écueil du pathos gratuit.

Personnellement, j’étais dans le bunker avec Magda, j’étais comme elle, livide lorsqu’elle donne la mort à ses enfants, au bord de l’asphyxie entre ces murs de béton… J’étais avec les prisonniers juifs contraints de marcher jusqu’à l’épuisement… Pourtant, l’immersion dans l’histoire est restée intermittente, pour moi. Pourquoi ? Parce qu’à côté de ces passages percutants, que l’on ne parcourt qu’en apnée, d’autres moments m’ont parus plus convenus.

Alors, pourquoi lire ce livre ? Parce que le personnage de Magda Goebbels est à découvrir et parce que la plume de l’auteur le mérite. Ce sont deux raisons bien suffisantes !

1 réflexion au sujet de “Ces rêves qu’on piétine”

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