Histoire, Roman noir

La revanche des orages

Chronique de La revanche des orages, de Sébastien Spitzer.

« – J’irai pas ! J’irai pas. Pas besoin de rameuter toute la science de tous ceux qui ne savent que constater. Je mourrai ici, chez moi. Je mourrai quand y faudra. Je sais mourir, vous savez, comme une vieille chienne, une bonne carne bien docile. Comme toutes les femelles, j’m’en irai claquer à l’heure dite, en plein accord avec notre bon Dieu.

Anna se relève pour sortir. Belle poursuit un ton plus bas :

– Mais je voudrais que mes fils soient là pour une dernière prière. Tous les trois. Pour mourir comme y s’doit, les mains dans leurs mains, et un peu de derniers mots. »

Sébastien Spitzer, La revanche des orages, Éditions Albin Michel, 2022, p. 138-139.

Motivations initiales

Cette année encore, les Éditions Albin Michel nous ont permis de découvrir certains des livres de leur rentrée littéraire. De cet auteur, nous avions déjà eu l’occasion de vous parler de Ces rêves qu’on piétine, c’était donc l’occasion de découvrir La revanche des orages

Synopsis

Le 6 août 1945, le pilote Claude Eatherly participe au raid aérien qui, survolant la ville de Hiroshima, va se terminer par le largage d’une bombe atomique qui fera de l’ordre de 100 000 morts. Ce livre raconte son histoire, à lui qui n’était pas destiné à devenir un héros, et qui n’était pas davantage préparé à porter le remord de cet événement. Broyé par une histoire qu’il n’a pas choisi, il a emporté avec lui sa femme, ses deux enfants, qui ont eux aussi payé le prix fort, sans avoir rien fait ni demandé.

Sébastien Spitzer fait du remord un personnage en lui-même, qui prend la voix d’Hanaé, l’une des 25 vierges d’Hiroshima, blessée, soignée, isolée, avant de bénéficier d’une aide qui permit aux 25 victimes, en 1955, d’être emmenées aux États-Unis pour y être opérées.

Avis

L’idée de départ de ce livre est tout simplement brillante. Tout le monde connait l’histoire du largage de la bombe nucléaire sur Hiroshima. Mais rares sont ceux, très probablement, qui s’étaient déjà posé la question de ceux qui étaient aux commandes des avions. Et, d’ailleurs, on pourrait en effet balayer d’un revers de main le sujet : on ne va tout de même pas nous apitoyer avec ces pilotes qui ont, d’un trait dans le ciel, rayé de la surface de la terre une centaine de milliers d’êtres humains, et laissé derrière eux au moins autant de blessés, souvent dans des souffrances terribles.

Et, en effet, si l’on s’en tient à ce constat, la situation parait claire. Mais il suffit de quelques minutes pour comprendre que, naturellement, ils ne savaient pas ce qu’ils transportaient. Comment auraient-ils pu mesurer la portée de leur geste, ce 6 août 1945 ? Il ne s’agit, d’ailleurs, pas tant de s’apitoyer sur la vie brisée de Claude Eatherly, que d’observer comment des choix qui ne sont pas les siens sont venus fracasser ses rêves et ceux de ses proches.

D’autant qu’il faut se rappeler que, dans l’immédiat après-guerre, aux États-Unis, alors que la guerre froide est en train de se mettre en place, le sénateur McCarthy provoque, de 1950 à 1954, une violente campagne anti-communiste, marquée par une incroyable paranoïa. Claude Eatherly, dans ce contexte, ne peut pas être autre chose que le héros qui a contribué à la victoire américaine pendant la guerre. Tout ce qui pourrait le faire sortir de ce cadre lui est interdit !

Sincèrement, j’ai le sentiment que je n’ai pas lu ce livre au bon moment. Autant le sujet est passionnant, autant pendant toute une partie du livre, j’ai eu du mal à avancer. C’est poétique, parfois ; inquiétant, souvent ; déstabilisant, toujours. J’ai peiné à suivre la progression de l’histoire, la succession de passages ésotériques avec la voix à d’autres, plus prosaïques, dans la ferme où la femme de Claude se débat dans cette histoire qui les dépasse tous est assez tortueuse.

Je n’ai pas envie de dire « ne lisez pas ce livre », pas du tout, parce que les questions du remord, du poids de l’Histoire sur les histoires individuelles, du rejet de la différence, sont toutes d’importance. Mais je ne peux pas non plus, sans états d’âme, dire « lisez-le absolument, je vous le recommande ». J’ai surtout envie de dire, en réalité, « lisez-le, pour vous faire votre propre idée, pour compléter, appuyer ou contredire cet avis ».

Pour en savoir plus

Retrouvez la présentation de ce livre sur le site de l’éditeur.

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