Drame, Roman

Autochtones

Chronique de Autochtones, de Maria Galina.

« Ce n’est pas pour rien que les revenants, les tueurs psychopathes et les auteurs de romans policiers aiment autant le théâtre. Un meurtrier se cache sous un masque, larme du crime disparaît parmi les accessoires. Et, bien sûr, il y a les labyrinthes, les loges, les arrière-cours, le plateau tournant, d’étranges mécanismes, les débarras, les accessoires poussiéreux… Des cordages, des grilles… L’envers du monde. L’envers de la fête. »

Maria Galina, Autochtones, Agullo Éditions, 2020, p. 154.

Motivations initiales

Livre gagné lors d’un concours via Instagram, c’était l’occasion de découvrir un autre auteur des éditions Agullo, que nous suivons de près (Frédéric Paulin, Valerio Varesi…). Et voilà donc l’occasion de découvrir Maria Galina…

Synopsis

Un étranger arrive dans une ville qui ressemble à Lviv, Lvov, Lwow, Lemberg… Il arrive de Saint-Pétersbourg pour enquêter sur un collectif artistique des années 1920, Le Chevalier de Diamant, qui aurait créé un opéra, La Mort de Pétrone, dont une unique représentation aurait eu lieu, provoquant, selon la légende, une crise de folie collective.

Spécialiste de l’avant-garde au XXe siècle, cet étranger commence à interroger les habitants, recherche toutes les archives, les histoires, les documents se rattachant à cette histoire.

Mais Lviv ne se livre pas si aisément…

Avis

Je ne vais pas chercher à maintenir le suspense bien longtemps. J’ai abandonné cette lecture, environ à la moitié du livre. Je ne comprends pas de quoi il parle. Cette enquête ne m’intéresse pas, ne me parle pas, rien ne se passe.

Pourtant, initialement, cette idée d’une recherche d’éléments sur un événement passé me semblait assez prometteuse. Et puis, je l’avoue, avant même de commencer véritablement le texte, une inquiétude s’est emparée de moi. En effet, avant le début du texte figure un bref chapitre, intitulé « Quelques repères historiques ». C’est dans ce chapitre que l’auteur précise que l’histoire se passe, même si la ville n’est pas citée, à Lviv, cette ville qui n’a cessé de changer d’allégeance, de l’Empire austro-hongrois à la Pologne, à l’Allemagne nazie, à l’Union soviétique, à l’Ukraine… Une ville d’histoire, donc…

Et, justement, j’avais déjà eu l’occasion, de lire un autre livre se déroulant à Lviv, Une ville à coeur ouvert, de Zanna Sloniowska. Et j’en avais gardé un souvenir mitigé. Mais qu’à cela ne tienne, j’allais me rattraper et découvrir les mystères de Lviv…

Encore raté ! Et, sincèrement, cela m’interroge profondément. Parce que, en relisant ce que j’avais pu écrire voilà un an, j’ai l’impression de pouvoir pratiquement en faire un copier-coller.

Je disais, déjà alors, que « tous ces personnages m’ont parus tristes, blasés et peu intéressants. À aucun moment je n’ai réussi à me laisser porter par la poésie de ce texte, qui n’en manque pourtant pas. Et je le regrette, parce que ces villes d’Europe centrale, riches d’une histoire complexe […], ont un côté fascinant.

Je n’ai vu que les trous dans les façades, que le crépi qui tombe, que l’usure du temps. Et, chez les personnes, que les sentiments médiocres, la jalousie, l’envie, le renoncement. Je n’ai pas su les voir transfigurés par l’amour ou la volonté de résister. »

Cela décrit assez bien l’impression que j’ai eu, une fois encore. Notre narrateur cherche, mais sans vraiment chercher. Il ne semble pas intéressé par les personnes qu’il rencontre, par leurs histoires, il ne s’intéresse qu’à sa propre vision des choses. Et quand – sans que l’on comprenne pourquoi, d’ailleurs -, une femme s’offre à lui, dans la pénombre, cela parait encore être un faux-semblant. Et quand il repart de la maison-musée où la scène s’est déroulée, il se fait attaquer par on ne sait quoi – un fil de fer, une créature malveillante, c’est flou -.

Et, comme dans le livre de Zanna Sloniowska, même les personnages dont l’histoire devrait prêter à empathie – la cantatrice Magdaléna Valievskaïa-Nakhmanson, par exemple, que l’on nous présente comme une sorte d’héroïne tragique, et qui, pour sauver son mari tombé dans les griffes des russes, se donne à un dignitaire du NKVD… mais, apprenant que son mari a finalement été fusillé, elle quitte ce dernier, qui l’abat sur scène, sous les yeux de sa fille – laissent froid. Parce que tout est faux, tout sonne creux, le mensonge semble être à tous les coins de rue.

La question que me posent ces deux livres, c’est de savoir s’il faut connaître Lviv, vivre Lviv, pour partager ces histoires, qui sont visiblement profondément marquées par ce passé tumultueux.

C’est d’ailleurs – et je ne pensais pas avoir l’occasion de dire cela un jour au sujet d’un des rares livres que je n’aurai pas terminé – une force incroyable de la littérature. Elle parvient à transmettre quelque chose de l’ordre de l’indicible, parce que du ressenti. Comment expliquer autrement que ces deux livres m’aient fait précisément le même effet, s’ils ne partagent pas quelque chose de l’âme de Lviv, une âme qui, ici et maintenant, ne m’est pas accessible ?

Un autre point à signaler : le milieu de l’opéra m’est assez largement inconnu. Or l’auteure parait à la fois très bien informée, et avoir une sérieuse culture slave… La traductrice a dû ajouter de nombreuses notes, pour ne pas laisser les lecteurs ignorants comme moi errer en rase campagne… je ne connais pas le livret de Iolanta, j’ignorais qui était Édouard Napravnik, ainsi que Youri Lotman, j’aurais raté toutes les allusions à la Bible ou à Faust, à Vladimir Martynov, à Boris Savinkov, à Alexeï Kroutchenykh, aux partisans baltes, aux cabarets de Saint-Pétersbourg. Bref, j’ai passé une part de ma lecture à éprouver l’impression d’être un puits sans fond d’inculture…

J’aimerais beaucoup avoir l’avis de celles et ceux qui, parmi vous, connaissent cette ville. Comment lisez-vous ces livres ? Y retrouvez-vous la ville que vous connaissez ? Faut-il que je planifie un week-end avant de les relire ? Je ne peux naturellement pas recommander un livre que j’ai abandonné, mais je n’ai pas de doute sur le fait que beaucoup de personnes seraient sensibles à sa poésie baroque, même si elle n’a pas fonctionné sur moi…

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