Policiers, Roman noir, Thrillers

Sur le toit de l’enfer

Chronique de Sur le toit de l’enfer, d’Ilaria Tuti.

« Son portable vibra sur la table de nuit. Elle dut consulter à plusieurs reprises le nom sur l’écran avant de parvenir à le lire nettement. Elle se redressa en position assise, se racla la gorge pour retrouver sa voix.

– Ce n’est pas toi que j’attendais, fit-elle sans préambule.

– Ça, vous me le dites souvent, mais ensuite vous changez d’avis.

Marini avait au moins le sens de la repartie. »

Ilaria Tuti, Sur le toit de l’enfer, Pocket, 2020, p. 160.

Motivations initiales

Livre reçu dans le cadre du jury du prix Nouvelles voix du polar 2020, organisé par Pocket. Une auteure italienne, véritable phénomène dans son pays avec ce premier opus consacré au commissaire Teresa Battaglia, qui a reçu, toujours pour ce livre, le Prix Bête noire des libraires l’année dernière. Prometteur, non ?

Synopsis

Le commissaire Teresa Battaglia est chargée de l’enquête, après qu’un meurtre mystérieux ait été commis dans les montagnes du Frioul – à la frontière de l’Autriche. Un homme a été retrouvé, les yeux arrachés, et un épouvantail a été fabriqué et revêtu de ses vêtements.

Teresa Battaglia, la soixantaine, en a vu de toutes les couleurs, dans sa vie de policier. Et, spécialiste du profilage, elle pressent qu’ils sont au début d’une série…

Alors qu’ils sont auprès du corps, arrive Massimo Marini. C’est son premier jour dans l’équipe, il ne connait personne. Arrivé avec cinq minutes de retard au commissariat, il a découvert que toute l’équipe est partie. Il arrive, sans équipement pour piétiner dans la neige, et commet le pire : n’imaginant que la vieille dame qui est là puisse être son nouveau commissaire, il se présente… à l’agent Parisi.

Dès lors, Teresa Battaglia va jouer un peu avec lui…

Avis

On l’aura compris, le commissaire Teresa Battaglia est une sacrée bonne femme. Et l’on apprend, tout au long du livre, à la découvrir, ce qui est en cohérence avec l’idée que ce livre soit le premier d’une série consacrée au commissaire. Et non seulement on la découvre, mais on apprend aussi à l’apprécier ! Car si elle a facilement la dent dure et le verbe acerbe, elle est aussi profondément humaine.

L’histoire, elle, prend ses racines dans des paysages âpres, ceux des Alpes orientales, et se déroule d’ailleurs, à des moments différents, des deux côtés de la frontière qui sépare l’Italie de l’Autriche. La vie rude et la pauvreté n’épargne pas les populations, qui vivent en communautés resserrées et – il faut bien l’avouer – assez peu ouvertes aux touristes, que ceux-ci viennent pour profiter du ski ou des festivités, comme le défilé des Krampus, créature mi-chèvre, mi-démon, qui occupe une place proche de celle du Père Fouettard, et dont le défilé se déroule à la Saint-Nicolas.

Le point fort du livre, c’est, sans conteste, Teresa Battaglia. Elle est drôle, elle est piquante, elle est brillante, elle est aussi terriblement dure, notamment, ici, avec le pauvre Massimo qui semble toujours tout faire à l’envers. Mais elle est également profondément émouvante, à la fois parce que son passé, qui nous est révélé par bribes, est loin d’être tout rose, mais également parce qu’elle lutte contre les premiers signes d’Alzheimer.

C’est, d’ailleurs, peut-être le seul point qui m’ait un petit peu dérangé, dans sa psychologie. On sent bien, et on peut tout à fait le comprendre, qu’elle ait du mal à affronter ce qui lui arrive, étant entendu que son métier est toute sa vie. Pourtant, elle l’évoque beaucoup dans ses pensées – que nous partageons -, elle consulte pour savoir ce qui l’attend, mais elle ne parvient pas à nommer la maladie. Je ne sais pas si cela se retrouve chez les patients qui souffrent de cette pathologie, mais on a envie, au bout d’un moment, qu’elle mette une étiquette dessus.

Un autre petit regret – mais qui, là, est un vrai compliment pour ce livre – : je regrette déjà que ce tome soit le premier de la série. Depuis que je l’ai terminé, je me dis que j’aurais aimé commencer la série justement en la comprenant moins, cette Teresa Battaglia, et la rencontrer alors qu’elle ne souffrait encore d’aucun symptôme. Du coup, on aurait pu découvrir avec elle ses premiers troubles, et nous aussi, probablement, ne pas y mettre de nom. En plus, cela aurait permis de tester notre perception de cette femme capable d’être brutale et cassante, sans le côté adoucissant de sa détresse. Ah, je crois que j’aurais adoré une première aventure un an plus tôt !

En revanche, je dois avouer que j’ai eu plus de mal avec les passages sans Teresa, sans Massimo et sans les enfants (bon, la majorité du livre se passe avec eux !). Ces fameux paysages, ne les connaissant pas, j’ai eu de la peine à me les représenter, malgré la verve de l’auteure. Les parties qui se déroulent quelques années plus tôt m’ont semblé sans âme, ce qui,  naturellement, est en partie voulu, mais ne m’a pas aidé à m’intéresser à cette dimension-là de l’histoire.

Au total, cela nous donne quoi ? Une très bonne lecture, avec quelques petits défauts, mais, surtout, une question lancinante : Teresa, quand reviendras-tu ?

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