Policiers, Roman noir, Thrillers

La loi des hommes

Chronique de La loi des hommes, de Wendall Utroi.

« Les hommes sont lâches. Le cocher m’a expédiée sans un regard dans une ruelle des bas-fonds de la ville. Les boyaux de pavés grouillaient de mendiants, d’ouvriers tous aussi pauvres que moi. Ça sentait la misère, l’urine, les excréments, les relents d’alcool et de mauvais tabac. J’ai erré plusieurs jours, avec mon châle, mon baluchon et Timothy, emmitouflé dans un panier d’osier, avec ce qu’il me restait de nourriture. »

Wendall Utroi, La loi des hommes, Slatkine & Cie, 2020, p. 68.

Motivations initiales

Présenté comme un thriller historique, ce livre a tout pour attirer notre regard, chez Ô Grimoire. Alors, naturellement, lorsqu’il nous a été envoyé par les équipes de Slatkine & Cie, il a trouvé aisément sa place dans nos PAL, pour une lecture rapide.

Synopsis

Deux histoires s’entremêlent : celle de Jacques, cantonnier à Houtkerque, dans le Nord, et celle de J. Wallace Hardwell, inspecteur de Scotland Yard dans les années 1880.

Tout débute en effet le jour où, chargé de transférer de vieilles tombes du cimetière municipal – la crise du logement sévit également dans de nombreux cimetières -, Jacques découvre un coffret, dans celle de J. Wallace Hardwell. La curiosité l’amène à faire ce qu’il ne fait jamais : il emporte le coffret chez lui. Dedans, une liasse de vieux papiers conservés dans un porte document en cuir. Malgré l’hostilité de sa femme, il demande à sa fille de lui traduire ces documents… qui se révèlent contenir l’histoire de J. Wallace Hardwell, et notamment la description d’une enquête secrète dans les bas-fonds de Londres…

Avis

Une fois n’est pas coutume, je ne vais pas commencer cet avis par ce que j’ai pensé du livre. Cela peut sembler curieux, mais je pense que vous allez comprendre pourquoi.

Non, la question à laquelle je veux essayer de répondre d’abord, c’est celle que l’on pourrait poser ainsi, « pourquoi écrit-on un livre ? ». Pour raconter une histoire, pour sauver des souvenirs de l’oubli, pour développer une opinion.

Mais, en refermant La loi des hommes, l’impression qui domine est que Wendall Utroi a écrit ce livre pour des raisons politiques, au sens le plus noble du terme. Je ne veux pas spoiler l’histoire, donc je ne dirai rien du dénouement, mais c’est une décision récente qui semble avoir motivé l’auteur à écrire ce thriller historique. Parce que le passé éclaire souvent le présent… pas toujours comme on l’imaginerait.

Longtemps, en lisant ce livre, j’ai pensé que l’histoire de Jacques, le cantonnier qui met au jour – littéralement – l’histoire de J. Wallace Hardwell, était essentiellement un habillage (très malin, au demeurant). Mais c’est un petit peu plus que cela, et c’est encore plus malin !

L’essentiel de l’énigme se déroule cependant à la fin de ce XIXe siècle qui, plus que jamais, nous rappelle que nous vivons dans un monde aseptisé. Les épidémies se succèdent dans ce Londres corseté par le puritanisme qui consiste, essentiellement, à recouvrir d’une chape de plomb tout ce qui pourrait choquer. Mais qui n’empêche aucune dérive, aucune déviance, aucune brutalité, aucun abus. Les victimes ont essentiellement commis la faute de naître pauvres, faisant d’elles des proies faciles pour les puissants.

J. Wallace Hardwell a la chance d’être né du bon côté de la barrière. Il a ainsi été épargné par la dureté de la vie, a pu mener à bien ses études, et finalement rejoindre Scotland Yard. Forgé dans le moule de cette société brutale, il en a adopté les codes et les croyances. Mais son métier l’amène à se confronter à une réalité à laquelle il n’est pas préparé : celle de ces miséreux qui n’ont aucune porte de sortie, de ces fillettes tôt condamnées à satisfaire les envies les plus perverses des riches, de ces garçons offerts à ceux qui peuvent se les payer… Ce qu’il découvre alors l’oblige à remettre en question ce qu’il a longtemps pris pour acquis. Cela le rend humain, tout simplement.

L’auteur dissèque le fonctionnement du pouvoir, mais plus largement, celui de l’âme humaine, dans ce qu’elle a de pire et de meilleur. Sans en faire des tonnes, il glisse, ici et là, des remarques de fond sur les ressorts de la violence, de la jalousie, de l’envie…

Ce livre est vraiment très malin. Je le recommande à tous les amateurs de thrillers historiques qui ont envie, de temps en temps, de se plonger dans les ruelles sombres et brouillardeuses de Londres à la fin du XIXe siècle. Surtout, n’hésitez pas !

2 réflexions au sujet de “La loi des hommes”

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