Policiers, Roman noir, Thrillers

L’artiste

Chronique de L’artiste, d’Antonin Varenne.

« Le cadavre était assis sur une chaise de la cuisine, face à la table, tête en arrière. Dans sa gorge s’ouvraient plusieurs petites bouches rouges, façon Rolling Stones. De la verrière, le soleil tombait avec un angle tendre sur le corps raide. Le parquet avait déjà absorbé l’eau, sauf sous la table où il fléchissait et formait une cuvette. La surface lumineuse de l’eau, mélangée à du sang, reflétait le mort et la table en une symétrie sépia et rosée. »

Antonin Varenne, L’artiste, Éditions Points, 2020, p. 38-39.

Motivations initiales

Nouvelle lecture dans le cadre de la Sélection des lecteurs du Prix du meilleur polar Points. Un auteur multi-primé, qui a notamment déjà reçu le Prix du meilleur polar de Points en 2010, pour Fakirs, et le prix Quais du polar en 2011, pour Le Mur, le Kabyle et le Marin. Une découverte pour ma part, avec L’artiste, entièrement réécrit à partir d’un livre publié en 2006.

Synopsis

À Paris, fin 2001. Alors qu’à Manhattan, deux avions viennent de s’écraser dans les fenêtres des tours jumelles du World Trade Center, faisant entrer le monde dans une nouvelle ère, l’inspecteur Virgile Heckmann se voit charger d’une nouvelle affaire. Un tueur en série s’attaque à des artistes-peintres. Meurtres de hasard ? Prétention artistique ? Message politique ?

Fortement médiatisé pour une précédente affaire, l’inspecteur ne sait pas bien comment gérer cette célébrité acquise sur une sorte de malentendu. Solitaire, mal dans sa peau – il n’a pas encore réellement digéré un passé envahissant -, maladroit : Virgile a tout du héros tragique que son prénom évoque.

Est-ce à lui que le meurtrier envoie un message ? Quoi qu’il en soit, c’est une course contre la montre qui s’engage… Virgile arrivera-t-il à temps ?

Avis

Ce livre est intelligent, dans son message. Chacun des personnages  – Virgile, bien sûr, mais aussi Maximilien Marty, Roland Parques, notamment – traîne avec lui ses angoisses, ses cassures, bref, c’est la vraie vie. Et rien que cela, avec ces personnages crédibles, campés sur une réalité qui leur échappe souvent, fait que l’on a envie d’aimer ce livre.

Pourtant, j’ai quelques bémols. D’abord, je n’ai pas totalement adhéré à la façon que l’auteur a d’accumuler, au début de certains chapitres (les chapitres 4, 11, 16, pour les plus curieux ou pointilleux d’entre vous), des listes d’événements censés, je suppose, planter le décor, mais qui m’a donné l’impression de lire des pages de dates dans Wikipédia. Ensuite, il m’a semblé que l’histoire franchissait vraiment un cap seulement vers la page 90, quand les trois personnages sont réunis, Virgile, Maximilien et Roland. Alors qu’ils semblent être tellement dissemblables, ils ont vraiment, ces trois-là, un vrai moment de partage. Et, là, cela a commencé vraiment à vibrer ! La fin aussi m’a donné l’impression d’être un peu expédiée, brusquée. En deux pages, on fait le tour de tous les personnages, même secondaires, pour nous dire ce qu’il advient d’eux.

Même la résolution de l’énigme parait un peu précipitée, même si on comprend bien que ce n’est pas forcément le cœur de l’histoire qu’Antonin Varenne nous raconte. Ce ne semble en effet pas tant être la personnalité du coupable qui intéresse l’auteur, mais celle de ses trois véritables personnages centraux, cités précédemment. Et, après tout, pourquoi pas ?

J’ai également trouvé un peu curieux certaines fautes : des mots manquants, des constructions étranges. Peut-être la plus bizarre est-elle la suivante, qui associe une phrase avec des : qui s’enchaînent, et une articulation que je ne décrypte pas.

« … il savait que ce n’était pas non plus l’enfer que les journalistes décrivaient. Que la mauvaise graine ne durait pas éternellement : les jeunes ruaient dans les brancards, et s’ils passaient vingt-cinq ans, la plupart rentraient dans le rang que là-bas les préoccupations étaient les mêmes qu’ici : bosser, se marier, regarder la télé. » (p. 187)

L’explication la plus simple me parait être qu’il doit manquer un signe de ponctuation (au moins une virgule, plus probablement un point-virgule), mais ce genre de chose a tendance à couper la lecture… surtout pour les maniaques dont je suis…

Mais, même avec ces bémols, cela reste une bonne lecture, un bon moment, une rencontre avec des personnages intéressants. Pas mon coup de cœur de l’année, mais un bon polar !

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