Aventures, Drame, Roman, Roman noir

Le paradis des vauriens

Chronique de Le paradis des vauriens, de Wendall Utroi.

« Elle tenta bien de discuter avec son garçon mais les mots semblaient vides de sens. Li ne s’expliquait pas ce qu’on lui reprochait, les autres n’étaient rien que des tas de viande qui grouillaient sous ses yeux et qui se donnaient le droit de le juger, de l’insulter, de le malmener. Ne pas leur répondre revenait à lur accorder du crédit et Hugo préférait se battre contre plus grand, quitte à perdre, plutôt que de baisser pavillon. »

Wendall Utroi, Le paradis des vauriens, Slatkine & Cie, 2021, p. 97.

Motivations initiales

Chez Slatkine & Cie, ils nous connaissent bien ; et, lorsque certains de leurs auteurs sortent un nouveau livre, ils nous les font parvenir. De Wendall Utroi, nous avions beaucoup aimé La loi des hommes. C’est donc avec un grand plaisir que nous avons reçu ce nouveau livre de l’auteur. Merci aux éditions Slatkine & Cie !

Synopsis

Fin des années 30. Lucia la douce, après avoir suivi un séduisant chanteur, se retrouve contrainte à la prostitution, à Anvers. Mais les temps sont durs, et, enceinte, elle retourne dans le Nord, près de Valenciennes, dans sa famille. C’est la que naît Hugo, son fils, qu’elle emmène avec elle à Paris, au début de la guerre… mais elle doit à nouveau fuir après avoir tiré sur un amant allemand.

C’est donc dans le Nord qu’Hugo grandit. D’une grande intelligence, mais peu sociable, il oublie de grandir, et endurci par les violences auxquelles il a assisté, il ne se lie à personne, jusqu’à rencontrer Kalya, jeune fille d’origine tsigane, adoptée par un ferrailleur. Entre les deux, c’est comme un coup de foudre. Ils se reniflent, ils se comprennent, ils se reconnaissent, ils s’apprivoisent.

Mais qui a dit que la vie est douce ?

Avis

Dans La loi des hommes, Wendall Utroi nous proposait d’effectuer des allers-retours entre deux époques, et terminait son livre sur un twist assez retentissant. Le dispositif pour ce nouveau livre est assez proche, avec deux trames narratives qui s’intercalent un chapitre sur deux. D’un côté, on suit Lucia et, surtout, l’enfance d’Hugo et de Kalya, de 1936 au début des années 50. Et, de l’autre, on accompagne un vagabond, du côté du Vercors, à partir de 1962.

On sait bien que ces deux trames vont converger, on se doute rapidement que le vagabond que nous suivons dans son errance – assez violente – pourrait être Hugo. Mais quelle est l’articulation entre les deux ?

Hugo est froid, déterminé, assez indifférent aux autres, emporté, capable de brutalité. Bref, typiquement un personnage que l’on n’a pas envie d’apprécier, avec qui on n’a pas envie de se trouver de points communs. Et pourtant, on perçoit chez lui des fêlures, des blessures si profondes qu’il en devient émouvant. Pas sympathique, mais émouvant.

Et ce qui est peut-être le plus marquant, dans ce livre, c’est la façon dont Wendall Utroi nous décrit le lent cheminement qui a amené Hugo à devenir cet être froid et dur. On sent que Kalya aurait pu lui apporter l’apaisement auquel il aspire. Mais, si on ne sait pas pourquoi, la seule certitude que l’on ait, c’est que cela ne s’est pas fait.

Ce livre, c’est un livre de ruptures, de séparations, de brisures. Et, surtout – et on retrouve là le Wendall Utroi de La loi des hommes, qui profitait de nous avoir pris dans sa toile pour nous mettre des faits sous les yeux -, c’est une histoire dans laquelle on voit comment notre société rend compliquée la rédemption. Car le passé peut toujours nous rattraper, nos actes peuvent parler pour – ou contre – nous, le corps social n’est pas tendre pour ceux qui ont trébuché. Et il se trouve souvent quelqu’un pour tenter de profiter de la faiblesse, exploiter les failles…

Mais il peut toujours subsister un espoir que les engagements et les idéaux de l’enfance ne soient pas vains.

Hugo, je le disais précédemment, n’est pas le prototype du personnage sympathique dont on se sentirait proche intuitivement. Mais on sent que Wendall Utroi l’aime, et, petit à petit, il sait nous faire partager ce sentiment profond qu’il ne mérite pas tout ce qui lui arrive. Ce livre explore toute l’ironie du destin qui aurait pu, plusieurs fois, basculer du bon côté, mais qui s’est obstiné, encore et toujours, à faire déraper Hugo.

Merci Wendall Utroi de nous avoir donné l’occasion de rencontrer Hugo et Kalya, qui nous font réfléchir sur l’importance qu’il y a, parfois, à accepter l’autre comme il est, à ouvrir sa porte, ses bras ou son cœur, à laisser parfois de côté la norme au profit de l’humain…

3 réflexions au sujet de “Le paradis des vauriens”

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