Jeunesses, Livres jeunesses, Roman

Tous nos jours parfaits

« Finch est juste derrière moi. Si près que je sens son souffle. Il se penche et ajoute : Avant de mourir, je veux un jour parfait. »

Jennifer Niven, Tous nos jours parfaits, Gallimard, p.141, 2016.

Motivations initiales

On l’a énormément vu sur les réseaux sociaux, l’histoire me paraissait alléchante alors j’ai craqué !

Synopsis

Violet et Finch se rencontrent dans un lieu insolite, en haut du clocher du lycée. Ils sont au bord du vide, Violet est là parce qu’elle veut mettre fin à ses jours, mais Finch parvient à la rassurer.

Deux adolescents écorchés, deux adolescents mal dans leur peau, deux adolescents en souffrance, deux adolescents que tout oppose mais que la vie a décidé de réunir. Finch est le type « bizarre » du lycée, la « bête curieuse » que tout le monde observe, décortique et dont il est de bon ton de se moquer. Il oscille en permanence entre des périodes dominées par des idées morbides et des phases « d’éveil », pendant lesquelles il déborde d’énergie… Violet, elle, est une de ces filles dont tout le monde pense qu’elle a tout pour elle, mais ce n’est que l’apparence. En effet, neuf mois plus tôt, sa sœur, sa moitié, sa meilleure amie, son équilibre est morte dans un accident de voiture. Depuis, Violet est rongée par la culpabilité…

Pour Violet et Finch, c’est le début d’une histoire d’amour bouleversante : l’histoire d’une fille qui réapprend à vivre avec un garçon qui veut mourir.

Avis

> L’avis de C

Dès les premières pages, j’ai pensé que je n’allais pas aimer ce roman à deux voix. En général, ce principe de l’alternance entre les personnages est assez répétitif, et un peu artificiel. Cela me donne l’affreuse impression de deviner où l’auteur veut nous emmener ! Mais finalement je vous rassure, cela ne m’a pas semblé gênant ici !

Dans un premier temps, j’ai été très sensible au rapprochement de Finch et Violet, leur douleur est tellement forte qu’ils ne sont bien que lorsqu’ils sont ensemble, le reste du temps ils sont comme en apnée… L’auteur réussit brillamment à réunir ces deux personnages que tout oppose a priori.

Au sujet des personnages, j’ai l’impression que l’auteur n’a pas travaillé le personnage de Violet autant que celui de Finch, bref, que Finch est le cœur, le centre du roman… Mais comment trouver les mots justes pour décrire Finch ? Il joue en permanence avec les mots et les métaphores – moi, cela me rappelle une personne qui est très chère à mon cœur ! Finch, c’est un poète maudit : douloureusement doué, et mortellement impressionnant !

Cela fait plusieurs jours que j’essaye d’écrire cette chronique, et je me rend compte que je n’arriverai pas à faire quelque chose qui soit à la hauteur de ce livre, car rien que d’y penser, j’en ai encore des frissons. Ce livre, pour moi, est bouleversant, renversant, tellement intense. J’ai beaucoup pleuré, j’ai pris une immense claque en le lisant…

Certes, c’est un roman young-adult mais franchement, prenez-le temps de le lire, j’espère que, comme moi, vous serez conquis.

> L’avis de T

Mais que peut-on bien dire d’un livre comme celui-là ? Qu’il y aurait plein de remarques à faire sur la façon dont il est écrit, construit ? Que le début est un peu mou ? Qu’il a des côtés agaçants ?

Certes, tout cela est vrai. Mais, en fait, on s’en fout. On s’en fout parce que, en réalité, ce livre, soit on passe totalement à côté, soit on se prend un gigantesque coup de poing dans la figure. Et c’est tout. Tout, parce que les questions de ce livre (la mort, la « violence » des enfants et adolescents entre eux, pendant cette phase d’apprentissage de la socialisation qu’est l’école, la culpabilité, l’incommunicabilité, l’exclusion, la difficulté des relations parents/enfants…) sont tellement centrales, essentielles, en un mot vitales, vont bien au-delà de la forme.

La famille de Violet est déjà déchirée par la question insoluble de « comment continuer à vivre après la mort d’Eleanor » (dans un accident de voiture dont Violet se sent responsable). Les parents sont équilibrés, ils sont le prototype de « bons parents », mais comment vivre avec ça ? Violet, elle, déborde de colère, mais ne sait pas comment la gérer. Invitée à « passer à autre chose », elle bloque – et comment ne pas le comprendre ? Survient Finch, sorte d’OVNI, dont on ne sait finalement pratiquement rien, si ce n’est qu’il semble avoir tout compris, très tôt. Trop tôt ? Lui aussi est cassé, fracturé, fissuré.

Dans un roman classique, le happy end voudrait qu’ils se reconstruisent l’un l’autre. Mais cela ne fonctionne pas ainsi dans la vraie vie – du moins, pas systématiquement. Et il le sait, lui, et il le dit.

On n’a aucune explication, on ne sait pas pourquoi il finit par franchir le dernier pas. Et c’est peut être le point (qui n’est pas de détail) le plus fort de ce livre. Parce qu’évidemment, on se demande « pourquoi ». Mais, dans la vraie vie, on a justement très rarement la réponse à ce genre de pourquoi. C’est vrai dans le cas des suicides (et la note finale de l’auteure, qui connait malheureusement bien la question, insiste sur ce point), c’est souvent vrai également dans le cas d’une rupture amoureuse. Et continuer à vivre, c’est accepter de ne jamais savoir « pourquoi » cela s’est produit… Et donc, pour le dire autrement, accepter de renoncer au « pourquoi » et passer à une phase d’élaboration sur le mode « maintenant, qu’est-ce que je fais de ce fait qui s’est produit » ?

Bref, un livre qui formellement ne correspond pas à mes critères habituels, mais qu’il faut prendre comme il est… comme la vie !

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