Drame, Roman

Le malheur du bas

« J’ai été violée. Tu n’as rien vu. Prise par tous les trous, du sexe au cul, du cul à la bouche, sur le siège d’une voiture pendant que tu mangeais et que tu buvais tranquillement avec ton patron au restaurant. […] Tu as continué à détruire mon corps, à le fourrer avec ton gros sexe et tes doigts. Thomas n’est pas ton fils. Il n’est que le fruit de mon agression. »

Inès Bayard, Le malheur du bas, Éditions Albin Michel, 2018, p.164.

Motivations initiales

À peine le livre annoncé par Albin Michel pour la rentrée littéraire, j’ai su qu’il me le fallait, j’ai su qu’il allait me déstabiliser, alors il fallait que je confirme mes sensations donc j’ai fini par l’acheter…

Synopsis

Marie et Laurent forment un couple parfait. Ils sont amoureux, ils sont beaux, ils ont une vie professionnelle bien remplie. Lui est un brillant avocat qui défend des gens célèbres, quant à elle, elle travaille dans une banque et gère le patrimoine de clients aisés. Leurs familles attendent avec impatience que le jeune couple ait un enfant, il est temps, ils ont passé la trentaine !

Un soir, Marie annonce à Laurent qu’elle est prête, qu’elle veut être maman. Laurent est fou de joie, visiblement il n’attendait que cela même s’il ne s’en est jamais ouvert ouvertement à son épouse.

Mais tout bascule lorsque Marie se fait violer dans une voiture par son patron. Elle se sent sale, meurtrie, humiliée, trahie, abusée mais elle n’ose pas parler de ce viol… Marie se tait parce qu’elle sait ce que les autres vont dire : que c’est elle la fautive, qu’elle a aguiché son patron, que c’est une « pute ».

Elle se force à reprendre une vie « normale », à reprendre sa vie de femme parfaite. Mais comment faire lorsque l’on a été abusé et que l’on porte l’enfant de son violeur ? Comment continuer à tenir son rôle et à mentir aux gens que l’on aime ?

Avis

> L’avis de C

J’ai mis deux petites heures à lire ce roman, deux petites heures de tgv plus tard et j’arrive sur le quai de la gare complétement sonnée par ma lecture. J’ai eu l’impression de sortir d’un terrible combat de boxe où j’avais reçu un terrible uppercut…

Avant de commencer cet avis, je tiens à souligner que je n’ai pas lu le livre de Mathieu Ménégaux et que je suis donc incapable de dire s’il y a des similitudes ou si le livre d’Inès Bayard ressemble comme deux gouttes d’eau à Je me suis tue. Ayant beaucoup aimé Un fils parfait, je lirai Je me suis tue, mais l’occasion ne s’est pas encore présentée.

Dès la première page, on connait la fin de ce roman – comme celui de Leïla Slimani d’ailleurs – mais ça ne m’a pas perturbé même si l’on se doute de la fin de l’histoire -, ce ne sont pas des points négatifs, pour ma part du moins !

Ce roman est écrit dans un style assez nerveux, il est écrit avec les tripes, c’est cru, c’est dérangeant, c’est désagréable et c’est extrême. Mais en même temps lorsqu’un être humain prend le droit de dégrader le corps d’une autre personne n’est-ce-pas un acte terriblement écœurant et révoltant ? L’écriture d’Inès Bayard arrive à nous faire ressentir les différents maux qui envahissent Marie et permettent également de nous faire comprendre quel terrible poids pèse sur ses épaules en préférant taire le fait qu’elle se soit fait violer plutôt que de parler.

L’histoire prend également aux tripes. J’avoue que par moment, mon estomac se tordait – je suis trop empathique et même si « ce n’est qu’un livre » je projette et vis pleinement l’histoire…- J’ai trouvé – tout comme Marie – écœurant que Laurent ose la toucher et qu’il soit pressant envers elle pour avoir une relation sexuelle, oui mais le pauvre il ne sait pas…

J’ai tellement peur de spoiler ce livre que je ne sais que dire finalement… Je sais qu’il est émouvant, qu’il retourne les tripes, qu’il nous montre qu’on a le droit d’être une victime et de ne pas se réfugier dans le silence, qu’il nous illustre la longue descente aux enfers d’une femme violée – si certaines se réfugient dans la drogue ou dans l’alcool, Marie, elle, choisit de faire du mal à son enfant en le négligeant ou en essayant de le tuer… Il y a également une profonde réflexion sur le corps de la femme qui n’est pas un objet, qui n’est pas juste là pour répondre favorablement aux envies de son partenaire, qui montre qu’au sein de notre société, personne n’est à l’abri de voir son quotidien et sa vie basculer à cause d’un acte barbare…

Alors oui, c’est cru, parfois choquant – la citation choisie montre totalement la dureté des phrases que l’on peut trouver dans le roman -, parfois on se sent désarçonné par cette femme qui refuse les mains tendues, parfois on a envie de hurler contre Laurent parce qu’il ne voit rien, parfois on veut fermer ce livre parce que ça ressemble à du voyeurisme MAIS… Il faut le lire, parce qu’il cache un cri, un cri qui dit qu’on ne doit pas se taire et que nous ne sommes pas un objet…

Pour moi, ce livre est une pépite – une bombe – un diamant brut – un uppercut. Je le conseille aux personnes qui ont le coeur solidement accroché… Ce qui est sûr, c’est que l’on en ressort pas indemne.

1 réflexion au sujet de “Le malheur du bas”

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