Aventures, Drame, Roman

Golden Hill

Chronique de Golden Hill, de Francis Spufford.

« Le feu à présent, passé le stade du déchaînement sauvage, s’allait réduisant à une forme plus mélancolique de colline tout orange écarlate, à l’orageux éclat. Il composait maintenant un fort estimable portrait d’un paysage de l’enfer, d’autant plus que par moments, à travers son éblouissement de four infernal, apparaissaient les contours noirs, dansants, hésitants, chancelants, des serviteurs du feu. »

Francis Spufford, Golden Hill, Slatkine & Cie, 2019, p. 83.

Motivations initiales

Manhattan en 1746 ? Voilà déjà un cadre prometteur. « Sur fond de malentendus et de secrets trop bien gardés, l’intrigue bascule dans une série de quiproquos… » : moi, quand une quatrième de couverture m’annonce cela, je ne tergiverse pas très longtemps. Autant dire que, quand ils nous ont proposé de découvrir ce livre, chez Slatkine, nous n’avons pas hésité longtemps !

Synopsis

En 1746, l’arrivée de Richard Smith, un jeune anglais, à Mannahatta – l’île aux nombreuses collines, en Munsee, une langue algonquine, désormais Manhattan -, provoque dans cette petite cité et chez ses sept mille habitants environ, un mouvement de curiosité. Qui est-il ? D’où vient-il exactement ? Et, surtout, pourquoi vient-il ? En effet, il présente dès son arrivée une lettre de change d’un montant de 1000 livres sterling, une véritable fortune.

C’est un véritable cataclysme, d’autant plus que très peu d’argent en numéraire circule en réalité dans la petite enclave hollando-anglaise. On lui remet, après bien des discussions, une toute petite partie de la somme le jour même, et on lui demande de bien vouloir patienter que la validité de la lettre de change ait pu être confirmée… une affaire de mois, quand il faut traverser l’Atlantique en bateau ! De plus, sans réellement le vouloir, il se retrouve au cœur de l’affrontement, à fleurets mouchetés, entre le clan du Gouverneur et celui du Juge Lancey…

Et, en effet, qu’est-il donc venu faire ici, ce jeune homme dont on découvre rapidement le talent d’acteur ? Que veut-il réellement, en dehors de plaire à Tabitha, la fille de Lovell, le « banquier » qui doit lui payer sa lettre de change ? Et où tout cela l’emmènera-t-il ?

Avis

> L’avis de T

Bon, bon, bon… Parfois, un livre vous fait furieusement de l’oeil, vous en attendez monts et merveilles. Alors vous vous en saisissez, vous vous installez confortablement dans l’anticipation du bon moment de lecture que vous allez passer et puis… rien. Vous passez superbement à côté. Dans ces cas là, à la fin de votre lecture, vous restez un instant silencieux, en essayant de déterminer si le problème est lié à l’attente trop importante que vous aviez vis-à-vis du livre, ou si, plus simplement, il n’était pas fait pour vous. Ici, je suis précisément dans ce deuxième cas.

Pourtant, tout partait bien. Les 15 premières pages, j’étais dans l’histoire, ce jeune Richard Smith était un peu mystérieux mais pas trop, juste ce qu’il fallait pour que l’on ait envie de le suivre dans ses pérégrinations. Il arrive rapidement dans ce « bureau de comptabilité » auprès duquel il compte faire valoir sa lettre de change. Les premiers échanges sont vifs, le jeune homme un peu hâbleur, de premières trames se dessinent. Il croise Tabitha, et déjà l’on sent que l’on reverra ce personnage dans l’histoire. Bref, les attentes initiales semblent légitimes.

Et puis, à partir de la page 15, plus rien. Enfin, non, ce n’est pas exactement cela. De très belles descriptions, comme la citation en tête de cette chronique, avec une très belle langue. On apprécie – au début du moins – le fait que l’auteur, Francis Spufford, enseigne la création littéraire : il déploie un style indéniable.

Sauf que rien ne se passe. L’histoire n’avance pas d’un pouce. On attend. Qui ? Pas Godot, mais presque. Ça piétine. Ça tourne en rond. Et, par moment, le style de M. Spufford devient carrément agaçant, flirtant avec l’exercice de style. Je ne prendrai qu’un exemple : il nous décrit une partie de piquet, en nous prenant, nous lecteurs, directement à témoin. Sauf qu’après nous avoir dit qu’il allait nous expliquer les règles, il n’en fait rien. Trois pages – de mémoire – consacrées à une partie de piquet qui nous reste totalement étrangère, et qui n’apporte rien à l’histoire.

Vers la page 100, cela reprend. Un peu. L’intrigue générale, autour de la motivation de Richard Smith ne progresse pas très très rapidement – il faut dire qu’elle se règle en 2 pages à la toute fin du livre, alors, naturellement, il n’y a pas grand chose à en dire. L’autre intrigue, sentimentale, entre Tabitha et Richard… comment vous dire ? L’un parait un peu idiot, l’autre est franchement soûlante. Est-il besoin de préciser que je n’ai pas réellement eu d’empathie pour ces deux personnages ?

Si je devais prendre une image, je comparerais ce roman à une randonnée. Certains randonneurs s’intéressent avant toute chose au but à atteindre : s’il n’y a pas, au bout du chemin, une croix, un site, quelque chose à atteindre, ils sont frustrés. D’autres sont davantage préoccupés du chemin à parcourir : un joli sentier les satisfera entièrement. Eh bien, avec ce livre, si vous faites partie du premier groupe, que vous voulez une histoire qui progresse, un fil conducteur et un but à atteindre, vous risquez de ne pas vous y retrouver… En revanche, le chemin est joli, si cela vous suffit.

Enfin, trois lettres émaillent ce livre. Et j’y ai encore trouvé motif à agacement… En effet, il était souvent de mise, à l’époque, de mettre des majuscules à peu près n’importe où. Et l’auteur a conservé cela. Mais ce qui passe avec une écriture manuscrite m’a paru ici assez ridicule, et même franchement pénible – il faut dire que je me bats tous les jours contre l’excès de majuscules dans les expressions développées des sigles si nombreux de notre quotidien. Je vous rappelle en effet qu’en typographie française, il n’y a aucune bonne raison d’écrire, lorsque l’on parle, par exemple, de la SNCF, Société Nationale des Chemins de Fer Français, mais Société nationale des chemins de fer français…

Bon, ce livre n’était pas pour moi. Cela arrive. Pas assez d’histoire, trop exercice de style littéraire pour moi – je vous livre un autre extrait décrivant, page 155, un déplacement effectué sur le fleuve Hudson :

« L’Hudson s’étrécissait et l’on distinguait, de part et d’autre, à travers le brouillard, des falaises beaucoup plus hautes et escarpées, sombres et boisées, teintées aussi d’une mystérieuse tonalité rouge étouffée. La marée les emportait en amont, dans une vallée aussi profonde qu’un canon ; et rapidement, le courant les poussa vers la rive droite jusqu’à ce qu’un flanc de coteau, défilant assez près pour réduire la brume à de simples lambeaux, permît à Smith de voir, les surplombant en une banne ininterrompue, filigrane gris arachnéen contre le ciel, des bosquets d’arbres dénudés, tous festonnés de tresses de lianes mortes, l’étrange couleur du sous-bois s’expliquant comme une sorte de teinte automnale dans l’écorce qui (répétée un million de fois) le faisait tout entier rayonner d’un brun pourpre léger. »

Oui, et donc ? Ok, description d’une forêt teintée de rouge et de roux par l’automne. Si je m’arrête uniquement aux couleurs, je ne sais pas réellement dire ce qu’est une « tonalité rouge étouffée », un « gris arachnéen », ou encore un « brun pourpre léger ». Bref, disons que ces forêt aux teintes indistinctes ont été le lieu de mon égarement…

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