Policiers, Roman noir, Thrillers

Un samedi soir entre amis

Chronique de Un samedi soir entre amis, d’Anthony Bussonnais.

« Son doberman, en revanche, couché dans l’herbe fraîchement tondue, a remarqué le visiteur. Le chien lève la tête, fixe David deux secondes avant de se ruer sur lui. Élancé, musclé, d’un noir luisant contrastant avec les touches de feu : il est magnifique. David s’accroupit pour qu’il se jette dans ses bras, et manque de peu de se faire renverser. Ils s’adorent. Le jeune homme a contribué à son éducation, à son dressage. »

Anthony Bussonnais, Un samedi soir entre amis, Librairie générale française, 2020, p. 105.

Motivations initiales

Lecture qui nous a été proposée par Préludes, occasion de découvrir un auteur que nous ne connaissions pas – et pour cause, il s’agit de son premier roman, lauréat d’un concours organisé par Préludes, Babélio et Kobo !

Synopsis

Quelque part en région Centre, pas loin de Saumur, un vendredi soir. Claire attend Mehdi, son petit ami. Depuis six mois qu’ils sont ensemble, il a toujours été très ponctuel. Alors quand, alors qu’il doit passer la chercher, il est en retard, qu’il n’appelle pas, et qu’elle tombe sur sa messagerie sans cesse, Claire s’inquiète. Elle contacte ses amis, son collègue, sa famille, mais eux non plus n’ont aucune nouvelle. Et, peu à peu, l’angoisse s’installe. Le lendemain, elle se rend à la gendarmerie, mais il est majeur, alors…

Pendant ce temps, François, avec sa femme et un groupe d’amis, s’apprête à passer une drôle de soirée…

Avis

> L’avis de T

C’est typiquement le genre de livre que j’aimerais aimer. Premier roman d’un auteur, qui l’autoédite en 2016, finalement désigné lauréat du concours organisé par Préludes, Babélio et kobo, en 2019, il porte l’idée qu’il est possible d’être remarqué. Cela ne peut évidemment laisser personne qui écrit un peu indifférent.

L’idée est bonne. Je ne révèle rien – on le sait très vite – en indiquant que l’on a ici une sorte d’adaptation des chasses du comte Zaroff dans la campagne française, avec des motivations bien différentes, mais, justement, cela aurait pu ajouter de l’intérêt.

Pourtant, la construction de ce livre ne m’a pas parue adaptée, justement parce qu’elle enlève tout suspense, ou pratiquement. Oh, certes, il reste quelques questions dont la réponse arrive plus tard dans le livre, mais, dès les 20 premières pages, pratiquement, on sait tout ce qui va se passer, en tout cas la ligne directrice. Et, pour moi, c’est vraiment lié à la construction du roman, fait de passages permanents entre le passé et le présent. Et ce gimmick m’a semblé à la fois trop répétitif, parce que trop systématique, et trop explicite, faisant retomber une partie de la tension.

Résultat, là où cela aurait pu être une lecture coup de poing, on a une honnête lecture, avec des personnages assez clichés, un peu trop appuyés. Et, pour l’avoir vu signalé dans d’autres critiques, j’ai également trouvé le choix lexical curieux, parfois très relâché, y compris en dehors des dialogues, dans lesquels cela pouvait s’expliquer, alors qu’à l’inverse j’ai tiqué sur l’apparition à plusieurs reprises du terme « pourchasseur », que je n’avais jamais vu employer. Alors j’ai vérifié, dans le Trésor de la langue française, et ce substantif apparait comme rare, avec quelques exemples, chez Baudelaire par exemple. Un grand écart pas si évident… C’est idiot, mais, dans le même ordre d’idée, quand on me parle d’un objet contondant en parlant d’une flèche (p. 194), cela me fait sortir de ma lecture.

Enfin, j’ai par moment eu un petit peu de mal avec la vraisemblance de certains éléments. Je n’ai jamais essayé de fuir en forêt devant un chien, mais l’idée que le molosse perde, à 20 mètres, la piste de celui que son maître à contraint à manger dans sa gamelle, j’ai un doute. Qu’en forêt, on puisse marcher sur un tesson de bouteille, certes, mais la description qui nous est faite (p. 95) de Mehdi s’empalant le pied sur un « pic d’une dizaine de centimètres » me pose question. Que le gendarme, après avoir fait son discours de bon petit soldat – « … je ne peux pas engager de procédure judiciaire. Toute personne majeure est libre d’aller et venir comme elle veut. Et même de disparaître si elle le souhaite. » -, décide tout d’un coup, pour les beaux yeux de la sœur du disparu, qu’il peut quand même essayer de leur donner un coup de main… bon… Et puis, surtout, que Claire, toute seule, parvienne à mettre la main sur la preuve ultime, ou presque… c’est presque trop facile !

Bref, je suis d’autant plus critique que je trouve que l’idée de départ méritait un traitement encore plus emballant. Connaissant sa prédilection pour les ambiances glauques, je me dis que Sandrine Collette, par exemple, à l’image de Des noeuds d’acier, nous en aurais sans doute fait un truc étouffant à souhait, à lire en apnée, et qui m’empêcherait de dormir ensuite pendant un moment…

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