Drame, Policiers, Roman noir

Le douzième chapitre

Chronique de Le douzième chapitre, de Jérôme Loubry.

« Crois-tu que je sois le seul assassin dans toute cette histoire ? L’assassin n’est pas obligatoirement celui qui tue. C’est aussi celui qui l’y encourage. Par sa présence. Par son silence. Ils étaient tous des assassins. Julie n’avait aucune chance ! »

Jérôme Loubry, Le douzième chapitre, Le Livre de Poche, 2019, p. 331.

Motivations initiales

L’une des lectures du mois d’avril, dans le cadre du Prix des lecteurs du Livre de Poche 2020, section Polar, et découverte d’un auteur… ça, c’est un vrai privilège, que j’apprécie à sa juste valeur !

Synopsis

Pendant l’été 1986, David et Samuel, amis d’enfance, se retrouvent, comme chaque année, en Vendée, dans le centre de vacances de l’entreprise de leurs parents, Vermont Sidérurgie. Ils ont douze ans, et ne mesurent pas les implications réelles de la fermeture prochaine de l’usine : leurs parents vont perdre leur emploi, probablement avoir bien du mal à en trouver un autre. Et puis, c’est la fin de ses vacances prises en charge par leur employeur…

Ils rencontrent Julie, fillette de leur âge, et le duo devient un trio, pour le temps des vacances, pour une semaine. Mais, avant même la fin de la semaine, Julie disparait, alors que, du côté des parents, la tension monte.

Trente ans plus tard, David est devenu écrivain, Samuel est éditeur. Ils ont oublié… en tout cas, soigneusement mis sous le tapis. Mais soudain, prenant la forme de deux enveloppes déposées chez eux, leur passé commun resurgit, sous la forme d’un manuscrit qui raconte la même histoire… La même ? Pas tout à fait. Le douzième chapitre diffère dans les deux, puis les trois versions : celle du sourd, de l’aveugle et du muet, trois protagonistes de l’affaire… Et il n’y a qu’en rassemblant et en comprenant les trois versions que l’affaire pourra s’éclaircir…

Avis

L’intérêt de ce livre est qu’il est à la fois extrêmement classique, et totalement inclassable. S’agit-il d’un roman policier sur le thème de l’enfance ? S’agit-il plutôt d’un roman sur l’enfance dans lequel se greffe une affaire policière ?

En réalité, cela n’a que peu d’importance. Il suffit sans doute de dire que c’est un de ces livres qui, lorsqu’il vous parle, touche droit au cœur. Qu’il vous renvoie à votre propre enfance, à votre vision de ce qu’est l’amitié, à un « amour de vacances », à la mise en abîme de l’écrivain devenant personnage…

Et puis comment ne pas être sensible au contexte ? Un groupe humain, composé du personnel d’une usine sur le point de fermer, découvre le risque de la précarité. Ils ont longtemps cru que le patron de cette entreprise familiale pourrait sauver l’entreprise, mais les réalités économiques s’imposent. Face à cette situation, il y a les résignés, et ceux qui se rebellent. Mais contre qui ?

Enfin, il y a l’histoire de ce patron qui, acculé, se résout finalement à céder. Il ne lui reste plus qu’à sauver les meubles. Comme il peut. En s’appuyant sur les quelques atouts dont il dispose encore.

Cette première partie de l’histoire, on la découvre au fur et à mesure. Et on mesure la progression inéluctable vers la fin.

Et puis, elle se double de la deuxième partie, trente ans plus tard. On découvre quelques protagonistes de l’histoire de l’époque, qui ont suivi leurs chemins respectifs. Ils ont essayé d’avancer, chacun à leur façon. En essayant d’oublier, de laisser de côté. Mais le passé, quand on le nie, joue souvent à se rappeler à nous. Alors il leur explose à la figure.

Le plus fascinant, peut-être, dans ce livre, c’est que chaque personnage a sa vérité intime. Et que les peurs de l’enfance ne s’effacent pas d’un revers de main…

L’intrigue est joliment construite. On peut deviner une partie de la fin, mais cela ne gâche rien, parce que, ce qui compte, ce n’est pas le but final, mais le chemin…

Enfin, un élément qui a peut-être joué dans ma propre perception du livre. Voilà deux ans, en 2018, le festival Quais du Polar, le salon lyonnais, avait lancé un concours de nouvelle dont le sujet était une photo, à partir de laquelle il fallait construire une histoire. Et ce livre m’a, tout du long, fait penser à ce concours : il aurait pu être écrit à partir de cette photo, qui représentait trois enfants, visiblement l’été. Deux garçons et une fille, sans doute, avec leurs vélos respectifs. Des amis, très probablement. Avec, comme interrogations sous-jacentes, ce que peut être l’amitié, et ce qu’elle devient – ou pas !

Pendant toute ma lecture, j’ai eu cette photo en tête, comme la personnalisation de ces personnages. Avec leur insouciance enfantine, mais aussi la profondeur de leurs sentiments, ancrés dans le présent et une certaine immédiateté. Avec leurs rêves et leurs peurs, avec, aussi, leur exigence et l’absence de nuance de leurs perceptions. Car, finalement, n’est-ce pas cela, devenir adulte : accepter de voir des nuances là où l’on ne percevait qu’une dimension unique ?

Alors, est-ce que je recommande ce livre ? Oui ! Trois fois oui. Peut-être ne vous fera-t-il pas le même effet qu’à moi. Mais j’espère néanmoins que ce sera le cas, et que, vous aussi, vous serez émus en suivant le parcours de David, Samuel, Julie, Henri, Olivier, Franck…

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