Historiques, Policiers, Roman noir

Metropolis

Chronique de Metropolis, de Philip Kerr.

« Ce qu’il ressortait de cet entretien de la Wilhelmstrasse, c’était que tout le monde, ou presque, au sein du gouvernement se fichait pas mal du sort de quelques prostituées alors que sévissait un meurtrier jugé beaucoup plus nocif au niveau politique. Nos dirigeants estimaient que les agissements du Dr Gnadenschuss faisaient honte à la République et que son arrestation était désormais une priorité absolue. Parallèlement, le colonel Magnus Heimannsberg, qui avait assisté lui aussi à cette réunion, chargea ses agents en uniforme de la Schupo de conseiller aux prostituées de Berlin de ne pas traîner dans les rues, sinon à leurs risques et périls. »

Philip Kerr, Metropolis, Éditions du Seuil, 2020, p. 141.

Motivations initiales

Lorsque Babelio a proposé une opération Masse critique permettant de gagner le dernier (et, malheureusement, véritablement le dernier) livre de Philip Kerr, et la dernière enquête de Bernie Gunther, en fervents lecteurs de cette série, il était inimaginable de ne pas participer. Et nous avons eu la joie de gagner le droit de recevoir ce livre. Merci à Babelio, merci aux Éditions du Seuil.

Synopsis

Cette dernière enquête de Bernie Gunther est en réalité, chronologiquement, sa toute première. En effet, nous sommes à Berlin, en 1928. Jeune policier, rattaché à la brigade des mœurs, Bernie se voit proposer d’intégrer la police criminelle (Kripo), alors qu’une nouvelle enquête s’annonce : les corps de quatre prostituées ont été retrouvées, scalpées.

Pourtant, la série s’interrompt tout aussi rapidement, alors qu’une autre commence : ce sont désormais des invalides de la Première Guerre mondiale, réduits à mendier dans les rues de Berlin, qui sont tués d’une balle en pleine tête.

Mais, alors que plus personne ne semble se préoccuper de retrouver celui qui tuait les prostituées, Bernie Gunther est sollicité par le père d’une des quatre victimes, qui est aussi un influent membre de la pègre.

Bernie parviendra-t-il à mener à bien ces enquêtes, dans un environnement compliqué par le fait que la Kripo est dirigée par Bernhard Weiss, un juif, alors que parti nazi est en pleine ascension… ?

Avis

Cette dernière enquête de Bernie Gunther, publiée après la disparition de Philip Kerr, est aussi, chronologiquement, la toute première. En effet, on découvre ici Berlin en 1928, alors que la République de Weimar ne s’est pas encore effondrée, mais alors que les nazis commencent déjà à prendre une place centrale dans la société allemande.

Le Berlin que Philip Kerr nous décrit est une incroyable mosaïque, dans laquelle les tensions sont incroyables. Prostitués, hommes et femmes, se comptent par milliers ; les cabarets proposant des spectacles d’une grande liberté attirent non seulement de nombreux allemands, mais également des anglais, très nombreux à franchir la Manche pour profiter de ces spectacles, inimaginables chez eux… Le luxe côtoie la misère la plus crasse. De nombreux invalides de guerre, culs-de-jatte, unijambistes, aveugles… n’ont d’autre choix que de mendier, ce que certains voient d’un mauvais œil… non seulement ils « défigurent » les rues, mais, en plus, rappellent à tous la honte de la défaite.

C’est cru, c’est brutal, c’est froid, c’est noir. Mais c’est également tellement réaliste. Et, face à la poussée des extrêmes – les nazis sont en train de s’implanter, mais les mouvements communistes n’ont pas encore dit leur dernier mot, donnant lieu à de fréquents affrontements -, chacun est sommé de prendre position.

Dans cet environnement, Bernie Gunther est – déjà – pris dans tous les conflits de loyauté qu’on lui a découvert dans les livres précédents de Philip Kerr. Son honnêteté naturelle se heurte déjà à la difficulté qu’il y a à suivre les lignes lorsque tous les autres s’en affranchissent.

Le fait que ce soit le dernier livre de Philip Kerr n’est peut-être pas pour rien dans le fait que ce soit aussi l’un des plus sombres de la série. Là où, dans les opus précédents, l’humour parvenait toujours à prendre le dessus, même mâtinée de cynisme, ici, le conflit de loyauté est plus clair, plus brutal, plus désespéré peut-être. Du moins est-ce ainsi que je l’ai lu et reçu.

Bon, de toute façon, j’étais, je suis, je serai éternellement fan de Bernie Gunther. Inconditionnellement. Mais ce Metropolis nous offre l’occasion de découvrir encore de nouvelles facettes de la vie de notre héros, tout en croisant George Grosz, Thea von Harbou – la scénariste et épouse de Fritz Lang -. Rien que cela mérite de prendre rapidement contact avec votre libraire favori (click & collect), ou pour préparer vos cadeaux de Noël…

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