Historiques, Roman

Le soleil sous la soie

« Nicolas lui proposa de passer le lendemain à la boutique afin de lui remettre un baume et une tisane qu’il aurait confectionnés. Il savait que, ce faisant, il venait d’enfreindre les règles en vigueur dans sa corporation de ne pas remettre en cause le diagnostic des médecins et de ne pas délivrer de potions médicinales. Mais il était persuadé d’avoir fait le meilleur choix pour son patient. »

Eric Marchal, Le soleil sous la soie, Editions Pocket, p. 80, 2013.

Motivations initiales

J’avais déjà lu – et aimé – La part de l’aube, roman historique se déroulant à Lyon et mettant en scène, en 1777, un avocat confronté à des découvertes sur les Gaulois qui remettent en cause les théories royales sur l’histoire du royaume de France. Dès lors, Le soleil sous la soie ne pouvait pas ne pas rejoindre ma PAL…

Synopsis

En 1694, à Nancy, Nicolas Déruet, chirurgien de son état, est de retour chez son ancien maître, François Delvaux, surnommé pour son caractère « le hérisson blanc ». Celui-ci l’accueille à bras ouverts, ravis de retrouver son élève parti perfectionner son art sur les routes trois ans plus tôt. Sur le chemin du retour, Nicolas a croisé une accoucheuse, Marianne Pajot, et la marquise de Cornelli, Rosa. Tout est donc en place pour l’histoire que nous raconte Le soleil sous la soie.

A cette époque, médecins et chirurgiens s’opposent, les premiers tenant le haut du pavé mais s’accrochant à un académisme jargonnant mais dont l’efficacité laissait à désirer, les seconds n’étant pas mieux considérés que des arracheurs de dents. Alors que Nicolas et Marianne apprennent à s’apprivoiser, une querelle avec un médecin autour de la mort d’un patient contraint Nicolas à fuir. Il devient alors chirurgien militaire auprès des troupes du Duc de Lorraine, qui se battent dans les steppes hongroises.

Ce n’est qu’en 1698 qu’il revient à Nancy, alors que Louis XIV vient de rendre le duché à Léopold. Mais Marianne a disparu, sans laisser d’adresse. Nicolas revient avec Azlan, un jeune tsigane qu’il a sauvé et dont il a obtenu la liberté. Il retrouve la marquise de Cornelli, qui a déjà, sans qu’il le sache, succombé à son charme…

Avis

> L’avis de T

Encore un sacré pavé (l’édition de poche compte 922 pages), mais lorsque vous arrivez à la dernière page, vous regrettez qu’il ne soit pas encore bien plus long, voire qu’il n’y ait pas de deuxième tome, tellement vous avez envie d’en prendre encore plein les yeux !

Le personnage de Nicolas Déruet, excellent chirurgien aux valeurs humanistes, est l’un de ces hommes dont la droiture en font des exemples. Le seul domaine de la vie qu’il semble avoir du mal à dominer, c’est son coeur, partagé entre Marianne et Rosa, qui campent les deux principaux personnages féminin de l’ouvrage, avec Jeanne Delvaux, la femme du « hérisson blanc », dont on découvre au fil des pages qu’elle a joué un rôle important pour Nicolas, mère de substitution, tutrice, mais également initiatrice quant aux choses de l’amour et du sexe. L’auteur nous les rend d’autant plus proches qu’ils ne sont jamais caricaturaux, chacun porte ses faiblesses et ses blessures, ils ont tous en eux des ambigüités et des failles.

Mais l’art d’Eric Marchal consiste à nous montrer Nicolas balloté par les événements du temps. Dans les campagnes de Léopold en Hongrie, dans le retour du duc dans son duché, alors que la France intrigue pour en garder le contrôle, dans l’opposition farouche entre médecins et chirurgiens, partout on retrouve Nicolas droit dans ses bottes. Lorsqu’il faut prendre le risque de s’opposer au pouvoir royal pour tenter de secourir l’homme sauvage retenu dans une cage de la ménagerie royale, Nicolas est là, fidèle ses convictions. Lorsqu’il faut protéger Azlan, que ses origines tsiganes mettent en danger dans un duché de Lorraine où l’étranger fait peur, Nicolas est encore là.

Bref, il s’agit d’un très beau roman que je recommande fortement, ne serait-ce que pour découvrir ce que Marianne appelle, magnifique métaphore, le « soleil sous la soie »…

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