Aventures, Drame, Historiques, Roman

Les enfants de Venise

« Une barque noire, longue et agile, apparut, comme surgie d’entre les roseaux. À bord, un homme dans la trentaine. Grand, maigre, vêtu de noir. Tiré à quatre épingles. Mais ce qui sautait d’abord aux yeux, c’étaient ses longs cheveux lisses, peignés avec soin, noués en chignon sur le côté droit avec un ruban rouge ».

Luca di Fulvio, Les enfants de Venise, Slatkine & Cie, 2017, p. 155.

Motivations initiales

En contactant Slatkine & Cie, nous ne savions pas s’ils allaient nous accorder leur confiance. Mais Le gang des rêves, dont tout le monde parlait, avait retenu notre attention. Et puis, ils ont accepté de nous envoyer le nouveau Luca di Fulvio…

Synopsis

Rome, à l’automne 1515. Quatre gamins des rues, Mercurio, Benedetta, Zolfo et Ercole, détroussent Shimon Baruch, un marchand juif. Ce dernier les retrouve, les poursuit et dans la bagarre qui s’ensuit, Mercurio croit tuer le marchand, alors qu’Ercole est transpercé par l’épée du marchand, et meurt. Les trois enfants doivent s’enfuir, et prennent la direction de Venise.

Shimon Baruch, après quelques mois de convalescence, prend lui aussi la route pour les retrouver : il s’est juré de tuer Mercurio.

Pendant ce temps, Isacco, fils d’un médecin juif mais dont la principale lettre de gloire est d’avoir inventé le Qalonimus, sorte de d’amulette censée protéger les marins du typhus, apprend à vivre avec sa fille, Giuditta. Eux aussi sont en chemin, eux aussi se dirigent vers Venise.

Ils se rencontrent une première fois, juste avant d’arriver, puis se séparent à nouveau. Mercurio, pour qui Benedetta a un faible, n’est pour sa part pas indifférent au charme de Guiditta. Et c’est ainsi que se met en place un triangle amoureux qui va entraîner les personnages dans une ronde infernale…

Avis

> L’avis de T

Tout est réuni dans ce magnifique roman. 800 pages d’aventure, de suspense, de nombreux rebondissements, la vie, quoi !

Tous les personnages sont creusés, et même les « méchants » ont des côtés attachants. Même Scarabello, le brigand cruel et sans pitié, dur et inflexible, qui n’hésite pas à punir et à tuer, qui à la haute main sur tous les trafics de Venise, qui mène à la baguette les prostituées regroupées dans le Castelletto, révèle petit à petit une personnalité complexe. Ce que l’auteur nous livre, sans excuser son attitude, donne une profondeur au personnage, qui s’avère être humain… trop humain !

La vie à Venise au XVIe siècle est décrite dans toute sa dureté : les enfants perdus, abandonnés à leur sort, doivent apprendre à survivre, en volant, en chapardant ou en se vendant. Les prostituées, réprouvées par une société qui préfère fermer les yeux, sont à la merci d’hommes sans scrupules, et des maladies. Le « mal français », la petite vérole, est ainsi l’un des personnages du roman : alors que les médecins sont impuissants, les prostituées subissent de plein fouet l’épidémie et ses conséquences. Privées de leur moyen de subsistance, elles sont menacées d’expulsion. Seul Isacco, malgré l’opposition de la communauté juive, essaye de les sauver : c’est pour lui le chemin de la rédemption, la façon de se pardonner de ne pas avoir su sauver sa propre femme, morte en couches.

On suit également la montée de l’intolérance. Sous l’impulsion d’un prédicateur, le frère Amadeo, Venise, qui était plutôt une terre d’accueil pour les juifs, les exclut progressivement. Obligés de porter le bonnet jaune, ils sont bientôt rassemblés dans un ghetto, fermé la nuit. Guiditta, qui a eu l’idée de développer une collection de prêt-à-porter – des robes précousues, qui peuvent être modifiées et adaptées à la physionomie de la cliente en quelques heures après que celle-ci ait choisi son modèle – se retrouve prise dans la tourmente. Elle est accusée de sorcellerie, résultat d’un complot monté par Benedetta, qui y voit un moyen de se débarrasser de sa rivale.

Pauvreté et violence n’empêchent cependant pas la grandeur d’âme. Mais chacun – et c’est ce qui donne tout son intérêt à ce roman – devra trouver sa voie. Mercurio (le mercure, le vif-argent, son prénom n’a évidemment pas été choisi au hasard !), voleur habile, va devoir déployer des trésors d’imagination et d’intelligence pour trouver son chemin vers la liberté. Il devra surmonter les coups du sort, se débarrasser du poids des traditions pour pouvoir enfin prendre son envol. Isacco, pour sa part, va devoir également dépasser ses habitudes et ses croyances. Shimon Baruch, en contrepoint, va également opérer sa mue, renoncer à sa religion, se débarrasser de ses peurs, pour accomplir son destin. Zolfo (le soufre !), inconsolable de la mort d’Ercole, va d’abord passer par une phase de haine et de rejet, avant de comprendre que ce n’est pas par ce chemin qu’il pourra trouver l’apaisement : il va devoir faire ses propres choix, et en accepter le prix, pour accéder à sa vie.

Le premier exploit de ce livre, c’est que l’on ne s’ennuie pas une seule seconde de ces 800 pages qui pourraient faire peur à certains. Mais, surtout, il nous oblige à regarder en face des destins qui ne sont pas manichéens. Ainsi, la Cardinale, l’une des prostituées, une femme dure et qui nous est d’abord présentée comme agressive, voire brutale, nous donne une leçon lorsqu’elle prend la tête du combat comme Scarabello : alors que République, une autre prostituée qui lutte contre la petite vérole, menacée d’expulsion, croit ne plus avoir d’autre choix que de livrer sa fille au trottoir, la Cardinale organise la solidarité entre toutes ces réprouvées, pour sauver la fillette de ce destin…

Le second exploit, c’est que l’on s’attache à ces personnages : lorsque l’on referme le livre, on se prend à espérer les retrouver, un jour… Pourquoi pas une suite ?

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6 réflexions au sujet de “Les enfants de Venise”

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