Roman

10 minutes et 38 secondes dans ce monde étrange

Chronique de 10 minutes et 38 secondes dans ce monde étrange, de Elif Shafak.

« Elle ne le leur avait jamais dit, pas explicitement, mais ils étaient son filet de sécurité. Chaque fois qu’elle trébuchait ou basculait, ils étaient là pour elle, la soutenant ou adoucissant l’impact de la chute. Les nuits où un client la maltraitait, elle trouvait la force de rester debout, sachant que ses amis, par leur seule présence, viendraient mettre du baume sur ses bleus et ses écorchures […]. »

Elif Shafak, 10 minutes et 38 secondes dans ce monde étrange, Flammarion, 2020, p. 231.

Motivations initiales

J’ai reçu ce livre dans le cadre du Grand Prix des Lectrices Elle. Sa couverture très attirante avait déjà capté mon attention lors de mes virées en librairie mais en l’ayant feuilleté, je me suis dit que ce n’était pas pour moi… Mais là, j’ai bien dû le lire !

Synopsis

Secrets de famille et inceste, voilà ce que Leila a laissé derrière elle en quittant la petite bourgade de Van pour aller à Istanbul, la ville aux milles lumières où tout est possible.

Travailler pour survivre dans cette ville est obligatoire, alors Leila vend son corps aux hommes. Elle travaille dans le bordel de l’Amer Ma. Elle enchaine les heures avec ses clients, elle se prend le bec avec la gérante de la maison close mais au moins elle ne subit plus la pression familiale…

Sa vie bascule lorsqu’elle rencontre par hasard le révolutionnaire D/Ali. Il est entré dans le bordel pour échapper à la police d’Istanbul. Cet heureux hasard va voir naître une relation amoureuse qui s’achèvera par un mariage heureux.

Mais la vie n’est pas un long fleuve tranquille et l’amour de la vie de Leila trouve la mort dans une manifestation. Leila est inconsolable et sombre petit à petit… Ce qui la maintient à flot ? ses amis, ceux qui sont toujours là, ceux qui donneraient leur vie pour elle, ceux qui lui font croire en des lendemains meilleurs.

Malheureusement l’amitié ne protège pas des mauvaises rencontres ou des drames… Et l’amitié fait parfois faire des choses que l’on peut regretter amèrement.

Avis

> L’avis de C

Ce livre est une invitation aux voyages. Dans un premier temps, on voyage entre le passé et le présent à travers la vie de Leila mais également à travers celle de ses amis qui sont tous brisés par le destin. Tout au long de ce livre, l’auteure décortique la vie particulière de Leila depuis sa petite enfance jusqu’à son dernier souffle dans une benne à ordures. On assiste, médusés, au choix du père de famille de ne jamais révéler qui est la mère biologique de Leila ; on sent la colère monter lorsqu’un oncle fait passer Leila pour une vile tentatrice le poussant à se glisser dans son lit durant de nombreuses nuits…

Le second voyage que l’on effectue en lisant ce livre est une immersion totale dans la ville d’Istanbul, dans une ville à la toute-puissance, à la beauté trompeuse et cette société qui soumet les femmes à de dures épreuves, les laissant à la merci d’un père, d’un mari, d’un oncle ou bien encore de la religion.

Mais le sujet de fond de ce livre, c’est l’amitié, l’amitié contre vents et marrées. L’auteure démontre de façon magistrale que les liens du coeur sont parfois plus solides et plus sains que les liens du sang. Ici, c’est une ode au soutien, à l’entraide que nous livre Elif Shafak, Leila et ses amis sont toujours unis et présents les uns pour les autres même s’ils ne sont pas forcément d’accord sur la vision que peut avoir l’un ou l’autre sur la vie, l’amour, les liens familiaux…

Bref, ce roman a tout pour plaire. Une histoire captivante, dure par moment et qui montre que la religion et le progrès ne sont souvent pas compatibles ; des personnages torturés, qu’on a tenté de déshumaniser ; une très belle écriture qui rend vivants chaque histoire de vie et chaque environnement décrit.

Mais… il y a un gros mais pour ma part, je suis incapable de vous dire si j’ai aimé ou au contraire si j’ai détesté ce livre. En vérité, je n’ai ressenti aucune émotion particulière. Je ne sais pas dire pourquoi mais pour moi il manquait quelque chose. Serait-ce car je ne suis pas fan des allers-retours permanents entre passé et présent ? Ou bien encore parce que je ne connais pas la ville grisante d’Istanbul ? Bref, c’est un loupé pour moi…

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