Policiers, Roman noir

L’été froid

Chronique de L’été froid, de Gianrico Carofiglio.

« À la réflexion, le problème était peut-être plus grave encore, et c’était plus que l’impossibilité d’avoir des enfants. D’ailleurs, elle venait de le dire : il ne faut jamais rien tenir pour acquis. Ce qu’elle voulait dire par là, c’était : il ne faut pas tenir les émotions et les sentiments pour acquis, il faut les partager, les décrire et les rendre tangibles. Il ne faut pas tenir l’amour pour acquis. »

Gianrico Carofiglio, L’été froid, Slatkine & Cie, 2021, p. 33.

Motivations initiales

Slatkine & Cie fait partie des maisons d’édition que nous suivons, et qui nous font le plaisir de nous accompagner, l’une des principales raisons étant que l’on est rarement déçus par la qualité des auteurs qui repèrent et par les livres qu’ils publient. Marc Voltenauer, Nicolas Feuz, Luca di Fulvio, Benedict Wells, Charles Aubert, Mélanie Chappuis ont été signalés ici, et souvent à plusieurs reprises ; plus récemment Yoann Iacono. Alors, quand ils publient un auteur italien qui nous avait échappé – bien que sept de ses livres aient déjà été publiés en français – et qu’ils nous proposent de le découvrir, eh bien, forcément, nous ne nous faisons pas prier !

Synopsis

Bari, dans les Pouilles, été 1992.

Alors que l’Italie s’apprête à perdre, pratiquement coup sur coup, deux juges anti-terroristes – le juge Falcone et le juge Borsellino -, la ville de Bari est le théâtre d’une série de meurtres, d’attentats, de kidnapping, à l’occasion de ce qui ressemble furieusement à une guerre interne au sein d’un clan mafieux. Et le point culminant de cette lutte est sans conteste l’enlèvement du fils du parrain : désormais, il n’y a plus de retour en arrière possible…

L’enquête est confiée à un carabinier, le maréchal Pietro Fenoglio. Celui-ci vient de subir ce qui ressemble furieusement à une rupture : Serena, la femme qui partage sa vie, vient de lui annoncer qu’elle a besoin de « réfléchir »…

Et c’est le moment que choisit Lopez Vito, considéré comme le chef des factieux, pour se rendre à la police et dénoncer ses anciens amis. Il est également le suspect le plus évident de l’enlèvement d’enfant. Mais les méandres de cette affaire pourraient être bien plus tortueux qu’il n’y parait de prime abord…

Avis

Précisons tout d’abord que Gianrico Carofiglio connait bien son sujet. S’il a publié une quinzaine de romans, il est d’abord magistrat, et il a notamment été en charge des affaires touchant à la mafia à Bari – mais cet Été froid, l’un de ses derniers, est le premier qu’il consacre véritablement à ce sujet -. Il a également été homme politique, occupant un poste de sénateur de 2008 à 2013.

Autre précision avant de plonger dans le vif du sujet : le titre de ce livre. L’été 1992 a, nous raconte l’auteur, été froid – selon les critères de la région ! -.

Le livre est construit en trois parties. La première permet à l’auteur de poser le décor. Et quel décor… Les chiens sont souffreteux, les caissières se font agresser par des jeunes qui les menacent de seringues infectées par le VIH, personne ne semble étonné lorsque l’on annonce qu’une fusillade est en cours dans la rue… Tout sauf une carte-postale estivale !

La deuxième partie est consacrée aux interrogatoires de Lopez Vito. D’un strict point de vue formel, cette partie est assez lente, un peu « rigide », présentée sous forme de questions / réponses. Mais, sous son aspect strict, elle permet une montée en pression finalement assez efficace. Bon, disons-le, il ne faudrait pas qu’elle soit beaucoup plus longue – elle fait environ 140 pages -. Mais elle illustre assez clairement la dimension répétitive, un peu frustrante, et fortement structurée, de la vie de policier.

Enfin, la troisième partie permet d’aller vers la résolution de l’enquête. Elle est l’occasion d’une réflexion sur les règles, le danger qu’il y a à les briser – parce que l’on risque d’en prendre l’habitude, et de se retrouver emmené loin, très loin… -, mais aussi la nécessité, parfois, de les transgresser.

On retrouve ici une Italie taraudée par la corruption, minée par les petites compromissions, gangrénée par la mafia, dans laquelle les juges, sous protection, doivent jouer au chat et à la souris pour échapper à leurs assassins. Alors, indéniablement, cet Été froid fait froid dans le dos…

3 réflexions au sujet de “L’été froid”

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