Nouvelle, Témoignages

Ô vous, sœurs humaines

« Elle aime son papa. Il est si beau, si fort. Si elle pouvait, elle l’épouserait. Lui aussi, il l’épouserait, elle le sait. Il l’appelle tout le temps ma petite femme. Avec elle il rit, il a l’air heureux. Avec maman, il est comme recroquevillé. »

Mélanie Chappuis, Ô vous, sœurs humaines, Slatkine & Cie, 2017, p. 62.

Motivations initiales

Voilà quelques semaines, nous avons reçu ce livre, avec un très gentil petit mot. Merci Méryl pour cette belle découverte !

Synopsis

40 histoires brèves, qui pourraient paraître émiettées, mais qui, en réalité, tracent surtout le contour d’une seule grande, d’une immense histoire. Celle des femmes et, encore plus largement, des êtres humains.

Comment vivre, grandir, avancer, continuer, quand on est une fille, une femme, une mère, une amie, une collègue ? Comment aimer sans tomber dans la jalousie, la rivalité, les conflits de loyauté ? Comment surmonter les déceptions, les trahisons, les manipulations, les mensonges, les moqueries, les agressions ?

Certains de ces portraits sont doux, d’autres sont tendres ou acides. Certains sont violents, brutaux.

Tous disent la difficulté qu’il y a à vivre avec, mais aussi sans. Avec les autres, parfois, avec soi-même, également. Comment les mots, les attitudes, les jeux de rôle nous coupent parfois de la vérité…

Avis

> L’avis de T

Ce livre est, vous l’aurez compris, difficile à décrire. En revanche, il est très facile de dire ce que j’en ai pensé, parce que c’est un très beau livre. Très facile à lire, mais de ces livres qui ne vous laissent pas exactement comme vous étiez avant.

Et c’est, en réalité, la seule chose qui compte, non ? Quelles qu’en soient les raisons, si un livre vous change, c’est qu’il est réussi.

Je n’ai pas lu ö vous, frères humains, d’Albert Cohen, dont, probablement, le titre est inspiré. Je ne vais donc pas en faire une critique littéraire. Cela tombe bien, cela n’est de toute façon pas notre ambition, sur ce blog. Par contre, ce que nous voulons partager, ce sont les livres qui nous touchent.

Et celui-ci est du nombre ! À chaque page, pratiquement – ce qui, dans un livre qui compte 40 portraits, n’est pas si évident que cela -, j’ai retrouvé la vie. La colère, qui en général est surtout de la colère contre soi-même, mais que l’on tourne contre les autres pour essayer de s’en débarrasser… et qui éclate parce que, sans le savoir, quelqu’un à touché un point sensible. L’amour et son possible corollaire, sa fin. L’incompréhension, lorsque, dans une conversation, les rôles des uns et des autres empêchent de se dire, permettant aux quiproquos de s’amonceler. La jalousie, d’autant plus forte que l’on s’aime – la mère et sa fille, les amies d’enfance -… Et puis des histoires plus graves – le vol d’enfants en Argentine sous la junte, l’excision, les attentats, le viol… -, plus violentes, qui interrogent sur l’humanité.

Tous les personnages principaux sont féminins, et les hommes n’ont pas toujours le beau rôle (violeurs, voleurs, traîtres, adultères, pour l’essentiel). Pourtant, je ne dirais pas qu’il s’agit d’un livre sur les femmes, parce qu’il me semble être plus universel que cela.

Un des portraits les plus violents, pour moi, c’est celui où cette future maman, débordante d’amour pour sa fille à naître, se retrouve, après l’accouchement, vide. Le lien ne se fait pas, et ce qu’elle attendait comme quelque chose de merveilleux tourne à la souffrance. Elle aimait cette vie en elle, elle ne parvient pas à aimer cette vie hors d’elle. Et l’amour tourne à la haine. En 22 lignes, c’est toute la complexité de cette relation qui nous explose à la figure. Complexité encore accrue par le diktat social qui fait de l’amour maternel une norme, un incontournable. Et si… ?

Alors, faut-il lire ce livre ? Oui. Et pourquoi ? Parce que tout est juste dans ce livre. Il dit simplement, mais d’une très belle plume, la vie, sa beauté et sa dureté.

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