Aventures, Drame, Roman noir

Marchands de mort subite

Chronique de Marchands de mort subite, de Max Izambard.

« – Monsieur le consul, entendez-vous ce que je suis en train de vous dire ?

– Parfaitement, madame l’ambassadrice, je… je dois dire que je suis surpris, effaré même, oui c’est le mot juste, de constater que cette disparition a déjà fuité dans la presse. J’attendais votre retour pour vous en informer. C’est que, vous étiez en déplacement… cette conférence à Nairobi… vraiment compliqué de vous joindre…

– Arrêtez vos inepties. Vous avez entendu parler du téléphone ? Graham Bell, 1876. Très pratique. Vous devriez essayer. »

Max Izambard, Marchands de mort subite, Éditions du Rouergue, 2021, p. 86.

Motivations initiales

Quand vous êtes fan de Peter May, de Dan Waddell, que vous venez de lire Colin Niel, le jour où les Éditions du Rouergue vous proposent de découvrir l’un de leurs derniers livres parus chez Rouergue Noir, il n’y a même pas à se poser de question : c’est évidemment oui !

Synopsis

Anne Marlot, journaliste indépendante a disparu, quelque part entre l’Ouganda et l’est de la République démocratique du Congo. Son père, Pierre Marlot, lui-même ancien journaliste, alerté par le consul de France, prend aussitôt le chemin de Kampala, pour tenter de la retrouver.

Mais ce qu’il découvre n’est pas pour le rassurer : les services consulaires ne semblent pas mettre beaucoup d’énergie à retrouver Anne. Le voilà donc obligé de mener sa propre enquête : sur quoi Anne travaillait-elle ? Où voulait-elle se rendre et pour rencontrer qui, lorsqu’elle a disparu ?

Sur les traces de sa fille, Pierre va rencontre Juliet, une journaliste ougandaise, Grace, la petite amie d’Anne… Où tout cela va-t-il le mener ?

Avis

Il y a des hasards… ou pas. Voilà quelques jours, je finissais la saison 2 d’une série dont l’intrigue tourne autour des diamants de sang, et voilà que me tombe entre les mains ce roman, dans lequel les minerais de sang tiennent une place centrale. Concordance du temps ?

Dans ce premier roman de Max Izambard – dont on n’est pas surpris d’apprendre qu’il a vécu plusieurs années en Ouganda -, on suit plusieurs personnages emblématiques : Pierre Marlot, naturellement, venu à la recherche de sa fille ; Juliet Ochola, journaliste ougandaise, et Ibrahim Kibedi, un médecin qui, depuis leurs études, est secrètement amoureux de Juliet ; Grace Nyanzi ; Alexandre d’Aboville, rattaché à l’ambassade de France, et qui grenouille dans les milieux du renseignement ; Ruedi Müller, un suisse qui a mis la main sur une partie du trafic d’or de la région.

C’est en réalité à une plongée dans la realpolitik à la sauce Françafrique que nous convie Max Izambard. On ne sait plus très bien de quel côté se trouvent réellement les uns et les autres ; les frontières s’estompent entre le bien et le mal, entre l’opportunisme et le courage. L’argent va à l’argent. Celui qui baisse la garde en paye le prix.

Et face à ces intrigues, quelques citoyens essayent encore de croire à la justice. À la droiture. Quitte à en payer le prix. Et quel prix ! Torture, passages à tabac, viols, quand on ne vous abandonne pas, tout simplement, dans un fossé. Bon, ce serait presque rassurant de voir que, finalement, les méchants eux aussi finissent par payer le prix… mais non, décidément, ce sont bien les plus pauvres et les plus faibles qui payent le tribut le plus lourd.

S’il y avait un petit bémol à exprimer, vis-à-vis de ce premier roman, ce serait peut-être, justement, son côté tentaculaire, qui fait que l’on n’est pas forcément certain que toutes les portes aient été fermées, à la fin. Ainsi, qui a commandité le meurtre commis par Dora ? Que devient le pilote de la MINSCONG ?

En revanche, ce qui est très réussi, c’est la façon dont l’ambiance est rendue. Moite, poisseuse. Les regards des hommes – blancs – sur les femmes, souvent considérées comme une marchandise comme une autre, glauques. Les milieux expatriés, hautains.

Et puis, il y a Pierre Marlot. Venu chercher sa fille après avoir perdu sa femme. Et qui se retrouve obligé de se confronter à ce qu’il a préféré enfouir sous le tapis. Car la ténacité, la volonté insatiable de sa fille le renvoie à ses propres choix, quand il n’a pas voulu renoncer au confort, quitte à lâcher sur ses idéaux. Lui, il a accepté de se taire, quand le journal pour lequel il travaillait  a été racheté, et que son métier s’est réduit à une peau de chagrin. Il a plié le genou. Il a courbé l’échine. Et c’est à cela qu’il doit faire face, au moment où sa fille paye, elle, la facture de sa volonté inextinguible de vérité.

Ce personnage, il est vraiment intéressant. Avec ses blessures, avec ses imperfections, avec ses renoncements. Il est humain. Et il porte son fardeau.

Alors, et vous, êtes-vous prêts à vous lancer sur la piste des minerais de sang ?

Pour en savoir plus

Retrouvez la présentation de ce livre sur le site de l’éditeur.

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