Drame, Roman

Effacer les hommes

Chronique de Effacer les hommes, de Jean-Christophe Tixier.

« Elle inspira profondément pour se ressaisir, se dit que se servir de l’ingénieur pour décamper d’ici était la meilleure idée qu’elle ait jamais eue, et que cette pensée-là n’était pas molle. Elle refit le tour de l’auberge, rumina inlassablement ce qu’elle ressassait depuis le jour où elle avait compris que sa tante mourrait bientôt : trouver le bon moment pour partir, afin de ne pas devenir celle qui sacrifierait sa vie pour s’occuper d’Ange. Non, sa vie ne pouvait pas se résumer à ça. »

Jean-Christophe Tixier, Effacer les hommes, Éditions Albin Michel, 2021, p. 71.

Motivations initiales

Voici la première des cinq lectures pour le prix du livre France Bleu – PAGE des Libraires 2021. Autant vous dire que j’avais hâte de voir ce que nous avaient réservé les libraires ! 

Synopsis

France, Aveyron. Été 1965. Dans une auberge vieillissante sont réunies trois femmes que tout semble opposer. Victoire, la propriétaire de l’auberge est sur le point de mourir. Elle n’est pas encore prête à rendre son dernier souffle car des secrets – des remords ? – la hantent et elle aimerait alléger sa conscience. Sa nièce, Eve, est le genre de fille qui n’a pas sa place dans cet endroit morne. Elle ne supporte plus l’étroitesse d’esprit des gens du village et elle rêve d’ailleurs… Et puis il y a la nonne, celle que l’on surnomme Gloutonna mais dont le nom est en réalité Sœur Marie Clément-Maurice. 

C’est une histoire de femmes et de terre, une histoire où les hommes sont désignés comme coupables, une histoire de lac et de secrets… Un huit clos familial dans une ambiance morose. 

Avis

Voici ma première lecture pour le prix du Livre France Bleu – PAGE des libraires 2021, autant vous dire que j’avais un peu de pression en commençant ma lecture ! Un peu à l’image du jeune poilu qui partait à la guerre en 1914 et qui pensait être de retour chez lui pour Noël, j’ai naïvement pensé que cette lecture, je n’allais en faire qu’une bouchée ! 

Vous commencez à me connaitre, je suis une personne qui se soucie des autres et qui est très sensible. Alors en lisant le résumé en quatrième de couverture, le doute n’était pas permis : cette histoire de femmes brisées, attachées à leur terre, dans une vie sans couleurs, allait me toucher et même m’émouvoir…

Jean-Christophe Tixier nous offre ici un roman noir où il décide de mettre en évidence la complexité de l’âme humaine et des relations entre les hommes et les femmes. C’est dans une ambiance miteuse qui sent limite la poussière et le moisi que l’auteur nous embarque, dans une vie sans couleur et terne où les jours passent lentement et se ressemblent tous. 

Pendant plus d’une centaine de pages, j’ai trouvé ça long, très long et plat, beaucoup trop plat. Certes le cadre du huit-clos est posé et on ressent parfaitement la chape de plomb nous étouffer, nous bloquer dans ce village austère, dans cette auberge qui date d’une autre époque. Mais pour ma part, j’ai trouvé cela trop plat, au fil des pages je savais que l’une de ces trois femmes allait dégainer, allait déverser sa haine, sa rage et sa colère mais j’ai trouvé la montée en tension trop longue pour dévoiler une fin que j’avais très rapidement pressentie. Dommage car cela me laisse l’impression de passer à côté de quelque chose.

En revanche, là où je veux souligner le coup de maître de l’auteur, c’est d’avoir réussi à dépeindre avec brio cette société du milieu du XXème siècle où la femme se trouvait le plus souvent sous le joug de son mari, sans avoir d’existence propre en dehors de celui-ci. Ici, on a affaire à des destins de femmes qui sont des féministes de la première heure qui prouvent que l’on peut faire sa vie sans s’appuyer sur un homme.

J’ai également apprécié la place qu’occupe la nature dans cette histoire, j’avais l’impression de sentir l’air frais de la montagne sur ma peau et d’entendre le bruit de l’eau en tournant les pages de ce roman ! Pour oublier la grisaille et le bruit de la vie parisienne, il n’y a pas mieux !

Je referme ce livre avec un petit sentiment d’amertume. C’est typiquement le livre que j’aurai aimé adorer, mais malgré l’histoire touchante de ces trois femmes, je n’ai pas quitté le bord de la route… Dommage !  

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