Biographies & autobiographies, Drame, Prix littéraires, Roman

Bakhita

« Il y a des corps démembrés, brûlés, agonissant et gémissant dans de grandes flaques de sang. Il y a des chèvres errantes, des chiens qui pleurent et des oiseaux muets. Il y a des cases défoncées et des fourches à esclaves brisées, qui signent le passage des razzieurs. Le feu court encore de point en point. Il est la signature des négriers. »

Véronique Olmi, Bakhita, Albin Michel, 2017, p. 21.

Motivations initiales

Un livre qui a fait et qui fait du bruit, un résumé convaincant, beaucoup de personnes autour de moi dans les transports en commun le lisaient, alors pourquoi ne pas se laisser tenter ?

Synopsis

Olgossa, 1869. Celle qui deviendra, bien plus tard, Madre Gioseffa Margherita Fortunata Maria Bakhita nait au Soudan, dans la province du Darfour. Une première alerte survient lorsque sa grande sœur est enlevée par des esclavagistes, alors qu’elle a cinq ans. Mais son monde vole en éclats alors qu’elle en a sept, lorsqu’elle est elle-même capturée.

Elle ne se souvient plus de son nom. Elle apprivoise celui que ses ravisseurs lui donnent, Bakhita, « la chanceuse ». Vendue, revendue, battue, abusée, maltraitée, elle grandit sans repères, dans la culpabilité. Elle est finalement rachetée, adolescente, par le Consul d’Italie, elle découvre Venise, la pauvreté, l’exclusion, les inégalités. Affranchie, elle trouve dans la foi chrétienne la force de se dévouer aux enfants pauvres.

Après avoir traversé les deux guerres mondiales, Bakhita s’éteint en 1949. Elle sera finalement béatifiée et canonisée par Jean-Paul II. C’est ce parcours exceptionnel que raconte ici Véronique Olmi…

Avis

> L’avis de C

Il n’y avait jusque là qu’un seul livre qui m’ait fait connaître des sensations multiples et plus déstabilisantes les unes que les autres – le genre de sensations qui te font quitter la terre ferme, qui te transportent littéralement à côté du personnage principal de l’histoire – : de la haine, de la violence, de la colère, de la rage, de la joie, de la peine, des envies de vengeance, de la tolérance, de l’espoir, de l’audace. Un livre qui oblige à admettre que l’Homme est un monstre et non un saint. Ce livre c’est Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline. Mon premier et, jusque là, unique éblouissement. Eh bien Bakhita réussit le tour de force de me faire ressentir des sensations encore plus intenses, plus profondes que mon livre fétiche.

Avant de commencer ce livre, je connaissais un peu l’histoire qu’il racontait, dans les grandes lignes de sa vie. Mais j’ignorais l’essentiel, j’ignorais que derrière ce prénom signifiant  » la chanceuse  » se cachait l’histoire hors du commun d’une esclave.

Veronique Olmi a, pour moi, l’immense mérite de mettre en lumière l’histoire de celle qui pensait qu’ « elle ne pourrait que les décevoir, parce que sa vie est simple, et ses souffrances passées n’ont pas de mots ». L’auteure ici, nous livre un portrait plus personnel de l’histoire de Bakhita, on rentre véritablement dans la vie de cette esclave bafouée, meurtrie, humiliée, dont la vie paisible dans sa tribu du Darfour a volé en éclats à l’âge de sept ans.

La plume de Véronique Olmi est d’une justesse incroyable. Violente et chirurgicale à souhait quand il le faut – lorsque Bakhita tente de creuser un trou pour s’évader de la case dans laquelle elle est enfermée par ses ravisseurs ; lorsqu’un garde, énervé par les pleurs d’un bébé, lui fracasse le crâne contre une pierre pour le faire taire à jamais -. Mais également une plume pleine de tendresse, d’amour et d’espoir lorsque l’on partage les instants de bonheur volés entre Bakhita et Mimmina. On est emporté dans cette histoire tragique, on ressent presque physiquement les douleurs et la torture mentale endurées par la jeune Bakhita lorsqu’elle s’occupe de la femme du général turc, on sent aussi les odeurs d’urine et les piqures des divers insectes dans la bergerie miteuse où sont séquestrées Bakhita et Binah.

S’il faut mettre un bémol – non, pas un bémol, juste une nuance ! -, ce serait lié au style. Il n’y a pratiquement pas de dialogues, pratiquement que des descriptions, qui, parfois, peuvent donner une impression de longueur. Mais la poésie de l’ensemble emporte tout !

Bakhita, ce n’est pas seulement une histoire, c’est une profonde réflexion sur l’esclavage, sur la valeur de la vie humaine… Comme le dit si bien Véronique Olmi lors d’un interview à la radio « il y a encore plein de petites Bakhita dans notre monde ». Ce livre est un cri de détresse, de révolte face aux bourreaux qui jouent à déshumaniser leurs semblables…

C’est bouleversant, parfois même insoutenable tellement la violence et la douleur sont présentes, mais qu’est ce que c’est beau – littérairement parlant j’entends ! C’est également un appel à la tolérance à notre rapport à « l’autre », j’ai énormément apprécié l’arrivée de Bakhita à Venise, les réactions de frayeurs et d’interrogations que sa peau noire suscitent pour au final devenir la « Madre Moretta », tellement appréciée que les foules se déplacent lors de ses obsèques, et qu’elle sera béatifiée, puis canonisée durant le pontificat de Jean-Paul II.

Ce livre a eu sur moi l’effet d’un obus reçu en pleine figure. Il fait partie de ces livres qui vous touchent, vous bouleversent, vous anéantissent. Mais, surtout, il vous fait réfléchir et il vous transforme. Comme tout le monde, je voudrais qu’il n’y ait plus jamais de Bakhita sur notre planète. L’objectif n’est sans doute pas réaliste, mais ce n’est pas une raison de renoncer à ses rêves…

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5 réflexions au sujet de “Bakhita”

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