Drame, Roman

Opus 77

Chronique de Opus 77, d’Alexis Ragougneau.

« Le violon, vaincu, épuisé, est laissé seul à macérer. D’abotd il bouge à peine. Il ne peut que reprendre timidement le thème intimé par les basses. Cette fois c’est bien fini pour lui, c’est du moins ce qu’il laisse à penser. Or la vie revient progressivement, sans que l’on sache quel fol espoir la lui a insufflée. Le violon solo finit par se relever, dégoulinant, hagard, et fixe l’orchestre faisant office de bourreau bien en face. Et pendant les cinq interminables minutes que dure la Cadence, il va se ruer à l’assaut, percutant la glace froide et transparente du silence, la couvrant de son sang, choc après choc, tentative après tentative, jusqu’à sombrer dans la folie de celui qui n’a pas d’autre porte de sortie. »

Alexis Ragougneau, Opus 77, Éditions Viviane Hamy, 2019, p. 103-104.

Motivations initiales

Ce livre nous a été proposé à la lecture par Babelio. Et Alexis Ragougneau, nous avions eu l’occasion de le découvrir – et d’apprécier ce qu’il faisait – avec Niels, dans le cadre du Prix des lecteurs Points. Alors aucune raison d’hésiter. Et nous avons donc reçu Opus 77

Synopsis

La narratrice de cette histoire est Ariane Claessens, fille du célèbre chef d’orchestre et lui-même ancien pianiste. D’origine belge, celui-ci a parcouru le monde, avant de prendre la tête de l’Orchestre de la Suisse Romande (OSR), à Genève.

Issue d’une famille de musiciens et d’artistes – son père, on l’a vu ; sa mère, Yael, était cantatrice -, elle a suivi la voie paternelle, et est elle-même devenue une pianiste renommée. Son frère, David, a lui choisi – ou bien a-t-il été choisi ? – de faire du violon.

Mais, dans la famille, on peine à s’épanouir sous l’ombre de la figure tutellaire. La mère s’étiole, David gère comme il le peut la pression. Ariane, elle, devient, nous dit-elle, une femme dure au mal, carapacée de fer.

Et, surtout, au centre de ce livre, il y a la musique. Peut-être le plus indicible des arts…

Avis

> L’avis de T

Ce livre… comment le décrire ? Dès la couverture, on est interpelé. Ce visage, à moitié dissimulé par un violon, est-il celui de David, d’Ariane ? D’aucun des deux, sans doute. Mais est-il homme ou femme ? Est-il joie ou tristesse ?

Ensuite, ce livre est un rythme. Rythme du récit, rythme de la vie, rythme de la musique, rythme des mots, rythme… Il est également boucle, comme une partition qui, régulièrement, revient à une même phrase musicale. Il est d’autant plus boucle que, commençant pendant l’enterrement de Claessens, il se termine au même moment. Ariane, pendant l’enterrement, pendant qu’elle joue à l’enterrement de son père, refait le chemin qui l’a amenée là, devant ce piano.

Écrire un livre, c’est essayer de décrire l’indicible. La douleur, l’amour, la colère, la haine… Ici, Alexis Ragougneau s’attaque peut-être à ce qu’il y a de plus difficile au monde : écrire ce que la musique essaye elle-même d’exprimer. Et, pour cela, il ne choisit pas l’œuvre la plus simple, la plus lisse. Il s’attaque à l’opus 77 de Chostakovitch. Ne faisant pas partie de ces « connaisseurs » dont il décrit l’immense pouvoir sur la vie des solistes, j’ignorais tout de l’histoire éminemment romanesque de ce compositeur. Et rien que cela – les démêlés incroyables de cet homme avec Staline et ses sbires – fait de ce livre un moment passionnant de lecture.

Cette Ariane, on ne parvient pas à la suivre totalement. Elle est froide, elle est dure, mais elle est aussi éminemment brisée. Du coup, même sans adhérer totalement, on ne peut s’empêcher d’être emportés.

Pendant toute ma lecture, j’ai pensé au film Trois couleurs – Bleu, de Kieslowski. Les histoires n’ont rien à voir, mais les thèmes sont proches… Et, comme pour Bleu, j’ai trouvé l’expérience, l’immersion, fascinante… À un moment, j’ai eu envie de lire en écoutant l’opus 77, qui n’est certes pas le morceau de musique le plus accessible qu’il m’ait été donné d’écouter. En tout cas, j’ai vraiment adhéré à cette histoire. Merci, Monsieur Ragougneau !

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