« Amandine garde la pause verticale, le dos et la nuque droits. Elle parle. Elle a rien raconté à son compagnon. Impossible à dire pour elle, impossible à entendre pour lui. La honte a dépassé la gêne. La honte en dedans, si crasse et si vacharde qu’elle s’est tue, et couchée seule, tôt, sans dormir, sans rêver à rien. Elle me serre le bras. Tout me revient de ses confidences de la veille. Son récit de l’entrevue, précis, détaillé, entier. »
Gilles Verdet, L’Arrangement, Éditions In8, 2023, p. 19.
Chronique de La détresse des roses, de Jack Jakoli.
« La peur s’amusait à faire des allers-retours le long de la colonne de Mimi. Elle l’obnubilait, accaparant toutes ses pensées. Les conversations, les conneries, les invectives, les piaillements, les rires qui résonnaient dans la salle du Comté ne formaient plus qu’un bourdonnement indistinct en toile de fond. »
Jack Jakoli, La détresse des roses, Hugo Publishing, 2023, p. 197.
Une nouvelle fois, Ô Grimoire est à Quais du Polar. Et, cette année, le climat est changeant, du soleil à la pluie, sans intermédiaires.
Pas mal de monde dès vendredi matin, mais, comme d’habitude, les auteurs sont sympas, ouverts, prêts à discuter, ce qui est extrêmement agréable. Évidemment, les plus connus sont attendus avec impatience, et les files d’attente peuvent être longues. Mais, dans l’ensemble, ils sont très abordables !
Nous avons effectué une bonne moisson de nouveaux livres, qui ont donc rejoint nos PAL respectives. Nous repartons avec le dernier livre de Nicolas Feuz, Les larmes du lagon, deux livres de Claire Favan, Le tueur intime et La chair de sa chair, de Peter Farris, Le diable en personne, d’Abir Mukherjee, L’attaque du Calcutta-Darjeeling, de Pauline Guéna, Jean-Michel Decugis et Marc Leplongeon, La poudrière.
Et puis, au coin d’une table, un auteur que nous ne connaissons pas, mais qui nous intéresse à son livre, L’affaire de l’île Barbe, consacré à Lacassagne, le fondateur de la médecine légale. Un ancien thanatopracteur devenu écrivain. Une découverte dont nous vous reparlerons, naturellement.
Nous avons également profité de notre passage à Lyon pour faire un petit tour au Bal des Ardents, à la librairie Passages, mais également chez Gibert. Des fois que nous aurions manqué de livres…
Bref, comme chaque année, une petite escapade, occasion de se vider la tête… Merci, Quais du Polar !
Chronique que Des meurtres pour lâcher prise, de Karsten Dusse.
« Je mis mon portable dans la boîte à gants et descendis de voiture. J’allais courir de façon très rétrograde. Sans porter de montre. Sans pulsomètre. Ni bracelet mesurant et enregistrant mes fonctions vitales. Je ne manquais pas pour autant d’informations. Bien au contraire. Quand je courais, la dernière chose dont j’avais besoin, c’était d’un apport de données supplémentaire. Je portais ma tête. Qui contenait déjà un nombre d’informations plus que suffisant. »
Karsten Dusse, Des meurtres pour lâcher prise, le cherche midi, 2023, p. 359.
Chronique de Comme un diamant dans ma mémoire, de Guy Gavriel Kay.
« Elle avait tué Uberto de Mylasie d’un baiser, se rappela Jelena une fois seule. Elle éteignit le feu de la salle de soin. Toute sa vie, elle s’était définie comme une rebelle. Elle avait décidé de trouver une autre voie que pourrait emprunter une femme dans le monde. Celle qui venait de s’en aller avait opéré le même choix. »
Guy Gavriel Kay, Comme un diamant dans ma mémoire, Librairie l’Atalante, 2023, p. 133.
Chronique de L’île des souvenirs, de Chrystel Duchamp.
« Si son heure était venue, sa dernière volonté serait de mourir contre cette peau de velours, les poumons gorgés de ce parfum sucré, le nez enfoui dans cette chevelure brune. »
Chrystel Duchamp, L’île des souvenirs, Éditions Archipel, 2023, p. 66
« Oh, n’allez pas croire que je me livrai sans scrupule à cet acte d’espionnage perfide à l’encontre de ma bien-aimée. Plus d’une fois je décidai fermement de les abandonner à leur colloque. Cependant ces bonnes résolutions se heurtaient aux obligations que j’ai contractées, envers vous monsieur Landor, comme envers l’Académie. C’est donc en votre nom que je persévérai. Pour cette raison aussi – et non sous l’emprise d’une inconvenante curiosité -, j’aurais sans doute regretté que mon arbre ne fût planté plus près d’eux. »
Louis Bayard, Un œil bleu pâle, le cherche midi, 2023, p. 381.
« Odin et ses deux frères Vili et Vé tuèrent le colossal géant de glace nommé Ymir. Puis, à partir de son gigantesque corps, ils façonnèrent les mondes, dont Midgard, le nôtre.
Le problème, c’est que personne n’en profitait. Alors Odin et ses frères ramassèrent deux troncs d’arbres morts échoués sur une plage.
L’un était en bois de frêne, et l’autre en bois d’orme.
Ensemble, ils les redressèrent… Puis Odin leur insuffla la vie… »
Jean Cremers, Vague de froid, Éditions du Lombard, 2023, p. 55-56.