Conte, Fantastiques, Roman

Malpertuis

Chronique de Malpertuis, de Jean Ray.

« Je suis entré dans Malpertuis, je lui appartiens, elle ne fait aucun mystère de son intérieur. Aucune porte ne s’y obstine à rester close, aucune salle ne se refuse à ma curiosité, il n’y a ni chambre interdite, ni passage secret, et pourtant…

Pourtant elle restera mystère à chaque pas, et elle entourera chaque pas d’une prison mouvante de ténèbres. »

Jean Ray, Malpertuis, Communauté française de Belgique, Collection Espace Nord, 2020, p. 60.

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Historiques, Roman

Never Mind

Chronique de Never Mind, de Gwenaële Robert.

« Mais on n’invoque pas ainsi la mort sans finir par la rencontrer. Elle se prépare à frapper à l’angle de la rue Saint-Nicaise où Limoëlan a vu enfin surgir l’escorte. Il est huit heures et trois minutes. On entend des cris, les fouets qui cinglent l’air ; Joséphine sursaute, que se passe-t-il ?

– Rien, Madame, répond le brigadier à cheval en s’approchant de la portière. Rien, c’est une gamine avec sa carriole qui barrait la route. On a dégagé la voie. Vous pouvez être tranquille. »

Gwenaële Robert, Never Mind, Robert Laffont, 2020, p. 79.

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Roman

Quand Dieu boxait en amateur

Chronique de Quand Dieu boxait en amateur, de Guy Boley.

« Une locomotive siffle et ils comprennent tous deux, dans la langoureuse monotonie de ses trilles, que le vent a tourné et que le temps va se mettre au flocon. Déjà, par la fenêtre, la brume se violace et les bruits du dépôt, au loin, doucement cotonnent. La nuit porte dans ses nuages de petits bonshommes de neige qui ne demandent qu’à choir. »

Guy Boley, Quand Dieu boxait en amateur, Collection Folio, 2020, p. 88.

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Historiques, Roman

Le Dernier Bain

Chronique de Le Dernier Bain, de Gwenaële Robert.

« Par ici, citoyens, par ici ! Ne perdez pas de temps avec cette agonie de caniveau alors qu’au premier étage se joue la grande tragédie de la révolution ! Levez les yeux ! La mort, la vraie, dans sa pourpre fumante, est entrée au 30, rue des Cordeliers. Elle a frappé Marat : vous êtes orphelins. »

Gwenaële Robert, Le Dernier Bain, Éditions Pocket, 2020, p. 171.

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Biographies & autobiographies, Humour, Roman

Crénom, Baudelaire !

Chronique de Crénom, Baudelaire !, de Jean Teulé.

« – Faites-moi voir ce que vous avez écrit, Charles Baudelaire !

– Non. On ne me lira que quand ça me prendra.

L’insolent, aux lèvres étirées et serrées sous des narines toujours prêtes à se gonfler, a répondu cela d’une voix métallique et coupante. On pourrait croire que son professeur, aux rouflaquettes le long des tempes, va en tomber d’apoplexie :

– Comment ? À dix-huit ans, on ne s’adresse pas ainsi à un enseignant ! Je vous somme de me remettre ce billet !

– Jamais.

– J’exige une dernière fois que…

Charles chiffonne son poème, en fait une boulette qu’il avale. »

Jean Teulé, Crénom, Baudelaire !, Mialet-Barrault Éditeurs, 2020, p. 25-26.

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Drame, Psychologique, Roman

Presque génial

Chronique de Presque génial, de Benedict Wells.

« Nous les mères ne savions pas en principe de qui venait le sperme. Tous les donneurs, nous disait-on, étaient beaux, en bonne santé et athlétiques. Ils avaient des pseudonymes tels que Donor Brian ou Donor Michael, et nous disposions de vagues informations sur leur profession, leur QI et leurs centres d’intérêt. On n’en savait pas davantage. […] Mais Monroe avait un assistant, un type falot appelé Andy, qui était amoureux de moi. Il a dérobé le dossier de ton père dans le bureau de Monroe. Ton père était diplômé de Harvard, il jouait du violon et avait un QI de 170. »

Benedict Wells, Presque génial, Slatkine & Cie, 2020, p. 102.

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Aventures, Roman, Westerns

Maktaaq

Chronique de Maktaaq, de Gildas Guyot.

« Trois ânes paisibles… si paisibles. Deux sont debout et veillent le troisième. Celui-ci est couché sur le flanc, en charpie. Il brille sous les rayons du soleil. Il n’en peut plus de déborder. Les ânes ne sont pas comme les tartines, ils ne tombent jamais côté confiture. De la croupe jusqu’à l’encolure tout est rouge et gluant, arraché. Dans la panique, il a traîné ses tripes sur trois pattes jusqu’à ce qu’il n’en ait plus la force. »

Gildas Guyot, Maktaaq, Éditions In8, 2020, p. 163.

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Psychologique, Roman, Romance

Radical

Chronique de Radical, de Tom Connan. 

« Personne va venir t’assassiner, hein, et puis il faut avoir un peu d’honneur, merde, je ne sais pas, tu détestes quand même pas ton pays au point de fermer ta gueule, alors qu’il devient un trou remplis de vomi ! On t’a déjà mis la tête dans les chiottes ? Non ? Moi oui, des chiottes publics, dans lesquels des gens avaient chié juste avant, et qui à ton avis ? Hein ? Qui ? Regarde-moi au lieu de faire le fier ! Pas Madame Michu ! Non non non ! Pas Monsieur Dupont, libraire à la retraite à Menton, ni Mademoiselle Laporte, étudiante en bio à Nantes ! Des bougnoules ! Voilà ! C’était des putains de crouilles qui m’ont fait ça ! »

Tom Connan, Radical, Éditions Albin Michel, 2020, p. 233.
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Drame, Psychologique, Roman

Château charbon

Chronique de Château charbon, de Yasha Breen.

« Disséminés çà et là, de grands lampadaires drapaient l’ambiance d’une teinte lugubre, un chouïa orangée, et assombrissaient la Nationale 3 durant la nuit. Pour être aussi sordides aujourd’hui, ces lampadaires avaient probablement été de splendides toucans chantant sous des cieux ensoleillés, des centaines d’années auparavant. C’est ce que nous nous disions au Château. »

Yasha Breen, Château charbon, Slatkine & Cie, 2020, p. 43.

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Historiques, Roman

Une année folle

Chronique de Une année folle, de Sylvie Yvert.

« Qui a tort ? Qui a raison ? Où est la fidélité ? Auprès du roi qui prétend n’avoir jamais cessé de l’être depuis la mort de Louis XVII ou auprès de l’Empereur qui a abdiqué ? Chaque camp s’arroge l’incarnation du peuple, le monopole du patriotisme, de la liberté, et surtout de la discutable légitimité. Un partisan de Napoléon rappelle que les Français ont, depuis la Révolution, soutenu successivement la royauté, la Convention, la République, le Directoire, le Consulat, l’Empire, la Restauration : seule la volonté nationale compte ! Comment trancher ? »

Sylvie Yvert, Une année folle, Éditions Heloïse d’Ormesson, 2020, p. 125-126.

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