« Mikael et Eloisa allèrent à l’arrière de la maison, posèrent un long morceau de hêtre sur le tréteau et, chacun de son côté, empoignèrent la scie à bois.
« Un jour, ma mère et le vieux Raphael parlaient des rebelles, fit Eloisa, et ils ont dit que c’était des hommes… des hommes… qui trouvaient le soleil la nuit. »
Mikael fronça les sourcils. « Qu’est-ce que ça veut dire ?
– J’en sais rien… », répondit Eloisa en haussant les épaules.
Ils scièrent le tronc, en soufflant de fatigue. »
Luca Di Fulvio, Le soleil des rebelles, Slatkine & Cie, 2018, p. 188.
Catégorie : Roman
Je me suis tue
« Je l’ai vue défiler devant moi, cette vie, et je l’ai refusée. Pierre était dans mes bras et déjà je ne le supportais plus. J’avais perdu tout espoir, l’humanité m’avait quittée, j’étais dans une impasse, je me débattais et il fallait que j’en sorte. À toute force. À tout prix. Il fallait que cela cesse. »
Mathieu Menegaux, Je me suis tue, Éditions Points, 2017, p. 98.
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Les pleureuses
« Au final, qu’est-ce qu’une relation, sinon deux personnes, et entre ces deux personnes un espace de surprises, de malentendus, de choses inexpliquées. Une autre façon de le formuler serait peut-être de dire qu’il y aura toujours de la place entre deux personnes pour un imaginaire voué à l’échec. »
Katie Kitamura, Les pleureuses, Éditions Points, 2018, p. 59.
Les enfants frapperont-ils encore ?
« Camille haussa les épaules, prit son ton de youtubeur. Le livre illustrait la peur des parents d’être dépassés par leurs enfants, d’une part, et de les voir se retourner contre eux, d’autre part, par lassitude d’avoir été considérés uniquement comme des objets, voire des extensions d’eux-mêmes. »
Laure Catherine, Les enfants frapperont-ils encore ?, Éditions de l’Observatoire / Humensis, 2018, p. 132.
Nos richesses
« Ils racontent que nous croyons à toutes sortes de superstitions, que nous sommes pittoresques, que nous vivons en tribus et qu’il faut se méfier de nous. On s’agace de la nuée de petits enfants qui se collent aux passagers des bateaux pour tenter de porter les valises et de gagner quelques pièces. On prend en photo les premières promotions indigènes des élèves-maîtres de l’École normale. »
Kaouther Adimi, Nos richesses, Éditions Points, 2018, p. 27.
La fraternité
« Depuis toujours, je rêvais d’avoir des amis, de faire partie d’un cercle, et ce rêve était devenu réalité par le biais d’une imposture. Alex m’avait dit que je devais élucider un crime au Pitt Club. Certains membres de ce club étaient bizarres quand ils parlaient de femmes, comme s’ils n’avaient pour elles que du mépris, mais le plus bizarre, pour moi, c’était les femmes qui le savaient et venaient quand même aux soirées. »
Takis Würger, La fraternité, Slatkine & Cie, 2018, p. 97.
Le malheur du bas
« J’ai été violée. Tu n’as rien vu. Prise par tous les trous, du sexe au cul, du cul à la bouche, sur le siège d’une voiture pendant que tu mangeais et que tu buvais tranquillement avec ton patron au restaurant. […] Tu as continué à détruire mon corps, à le fourrer avec ton gros sexe et tes doigts. Thomas n’est pas ton fils. Il n’est que le fruit de mon agression. »
Inès Bayard, Le malheur du bas, Éditions Albin Michel, 2018, p.164.
Charlotte
« Merci pour tes dessins. Ils sont naïfs, approximatifs, inaboutis. Mais je les aime pour la puissance de leur promesse. Je les aime car j’ai entendu ta voix en les regardant. J’ai ressenti une forme de perte et une incertitude aussi. Peut-être même l’esquisse d’une folie. Une folie douce et docile, sage et polie, mais réelle. Voilà. Ce que je voulais te dire. Nous sommes un très beau début. »
David Foenkinos, Charlotte, Folio, 2018, p. 104.
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Prodiges et miracles
« En général, la place demeurait déserte, hormis les oiseaux gris et mauves, une petite volée agglutinée sur l’unique banc, une espèce dont le chant évoquait tout à fait la mélodie qu’un vétéran de la guerre de Sécession pourrait fredonner machinalement. Les boutiques donnant sur la place observaient le même air endeuillé, leurs vitrines sombres masqués par des stores crasseux, les commerces vidés de toute vie ; il y avait un troquet où trois clients s’étaient fait descendre près d’une décennie plus tôt, les taches de sang et les silhouettes des corps tracés à la craie étaient devenues indélébiles et marquaient à jamais la gargote du sceau de ce drame sordide digne d’un polar au rabais… »
Joe Meno, Prodiges et miracles, Agullo Éditions, 2018, p. 45.
Un fils parfait
« Il m’a prise dans ses bras et nous avons fait l’amour ce soir-là. J’en suis encore poisseuse et j’ai chaque jour honte d’avoir cédé à ses avances quoi, deux heures après que ma fille m’avait prévenue que son père était un malade, un pervers, un détraqué. Je ne l’ai pas crue, et j’ai couché avec le diable. Le pacte germano-soviétique, juste après Munich. Je ne me le pardonnerai jamais. »
Mathieu Menegaux, Le fils parfait, Éditions Points, 2018, p.54.
