« Gulbudin hocha la tête. Il avait désormais une dette envers ce commerçant malhonnête, rapiat et vicieux. C’était toujours la même histoire : les vrais malfrats narguaient la police et il fallait leur donner quelque chose en échange des renseignements qui lui permettaient d’avancer dans ses enquêtes. Le marchand le tenait, il le savait. Un jour, il présenterait l’addition et il faudrait bien que Gulbudin lui renvoie l’ascenseurn, même si, à l’instant présent, son désir le plus cher était de lui vider son chargeur de pistolet dans le ventre. »
Cédric Bannel, Baad, Éditions Robert Laffont – Points Policier, 2016, p. 78.
Parfum
Les mots sont parfois éclairants en eux-mêmes. Ainsi, le mot « parfum », qui n’apparaît dans la langue française qu’au XVe siècle, porte pourtant en lui-même une histoire bien plus longue. Per – fume, en effet, fait directement référence à l’utilisation, très tôt, à des fumigations rituelles, religieuses ou purificatrices. La volute de fumée, d’ailleurs, possède un fort pouvoir d’évocation : on imagine bien le parfum s’élevant, tournoyant, pour atteindre et flatter les narines de l’amant – ou des dieux ! Lire la suite « Parfum »
Cygnis
« Toi et moi, nous avons perdu la capacité de croire ces récits à force de traverser le monde. On a entendu tellement d’histoires qu’elles s’accumulent et perdent de leur sens. Nous sommes trop conscients des hommes qui les ont inventées. Mais pour ceux de Méandre, pour les troglodytes qui vivent dans les cavernes de Sinna, pour tous les habitants des villages que nous avons croisés, les croyances permettent de ne pas oublier qu’il s’est produit quelque chose de terrible il y a longtemps. Chacun a gardé au fond de lui les peurs de ses ancêtres et il tente de les conjurer. »
Vincent Gessler, Cygnis, Librairie l’Atalante, 2010, p. 54.
Chanson douce
« Aujourd’hui, elle est rentrée plus tôt. […]
Elle pensait les emmener au manège. Ils iraient ensemble faire les courses pour le dîner. Mila réclamerait un jouet, Adam sucerait un quignon de pain dans sa poussette.
Adam est mort. Mila va succomber. »
Leïla Slimani, Chanson douce, Éditions Gallimard, 2016, p. 15.
L’Embaumeur ou l’odieuse confession de Victor Renard
« Le cabinet Joulia-Renard prend soin de votre tournure pour réussir l’épreuve du passage des portes du Paradis : habillage, fardage, camouflage des plaies, vos défunts sont présentés coquets et gracieux devant l’éternel. »
Isabelle Duquesnoy, L’Embaumeur ou l’odieuse confession de Victor Renard, Éditions de La Martinière, 2017, p. 397.
Lire la suite « L’Embaumeur ou l’odieuse confession de Victor Renard »
B.O.A – T. 1 Loterie funeste
« Quelques mètres de plus, Kael le sait, et le virus contenu dans le diadème se déversera dans la tête de la jeune fille. Il le sait, parce qu’il a scruté les faits et gestes de ses propriétaires et qu’il a tout étudié avant d’agir. »
Magali Laurent, B.O.A – T. 1 Loterie funeste, Les Éditions de Mortagne, 2017, p. 27.
Robe de marié
« Moyennant quoi, avant-hier, Sophie m’a demandé en mariage. J’ai accepté. »
Pierre Lemaitre, Robe de marié, Le Livre de Poche, 2017, p.217.
Lire la suite « Robe de marié »
L’écrivain public
« Voyant Cain approcher, l’un d’eux avertit ses collègues, qui reculèrent, exposant les jambes nues d’une femme, légèrement pliées. Sa culotte noire, satinée, était déchirée à hauteur de la cuisse. Cain avait déjà vu une peau blanche et diaphane comme celle-ci. Une boule dans la gorge, il reconnut bientôt Angela Feinman, dont la tête dessinait un angle improbable, affreux, avec son cou. Il comprit qu’elle avait la nuque brisée. »
Dan Fesperman, L’écrivain public, cherche midi éditeur, 2018, p. 256.
Lire la suite « L’écrivain public »
Adultère
« Tout le monde a un côté obscur. Tous ont envie de faire l’expérience du pouvoir absolu. Je lis des histoires de torture et de guerre et je vois que ceux qui infligent la souffrance, au moment où ils peuvent exercer le pouvoir, sont mus par un monstre inconnu, mais, quand ils rentrent chez eux, se transforment en pères de famille dociles, serviteurs de la patrie et excellents maris. »
Paulo Coelho, Adultère, J’ai lu, 2015, p. 164.
Café
Une fois n’est pas coutume, le thème d’aujourd’hui est assez peu présent dans les livres. Et pourtant. Son absence même est en soi un immense cri d’amour. Car, sincèrement, que serait la littérature sans le café ? Pourtant, trouver des livres dans lesquels le café tient une place véritable – le café-boisson – nécessite un véritable effort. Ce qui rejoint ce que Crystel Pinçonnat disait de la cuisine, dans un article paru en 2010 dans la Revue de littérature comparée, « La cuisine, un lieu et ses pratiques. De la tradition à la transgression », insistant sur le fait que l’espace de la cuisine intéresse peu la littérature.
