« Et, un soir venteux, alors que le tonnerre grondait au loin dans les collines au nord de Mignano, il y avait eu la chevelure couleur de nuit de Lucianna Delonghi au bout de la table du banquet, le scintillement de ses bijoux et l’éclat de son esprit, ses propos semés de pièges et de doubles sens, son rire moqueur puis, de façon stupéfiante, ce qu’elle devenait ensuite, ailleurs, sous le baldaquin rehaussé de peintures de son lit, vêtue seulement de ses bijoux étincelants… ce qui se produisait lorsque le rire cessait d’être moqueur, mais rire demeurait. »
Guy Gavriel Kay, La chanson d’Arbonne, Librairie l’Atalante, 2019, p. 212.
Étiquette : amour
La nuit des temps
« Je suis entré et je t’ai vue. Et j’ai été saisi aussitôt par l’envie furieuse, mortelle, de chasser, de détruire tous ceux qui, là, derrière moi […] attendaient de savoir et de voir. Et qui allaient TE voir, comme je te voyais. Et pourtant je voulais aussi qu’ils te voient. Je voulais que le monde entier sût combien tu étais, merveilleusement, incroyablement belle. Te montrer à l’univers, le temps d’un éclair, puis m’enfermer avec toi, seul, et te regarder pendant l’éternité. »
René Barjavel, La nuit des temps, Éditions Pocket, 1999, p. 87.
La femme qui ne vieillissait pas
« Mais d’abord et avec un indicible plaisir, je vais jeter tout ce qui encombre le rebord du lavabo ; les crèmes anti-âge, antirides, liftantes, reliftantes, repulpantes, gainantes, les sérums contour des yeux, contour des lèvres, je vais tout jeter, sauf mes crèmes hydratantes et solaire, la base, dit Odette, la base, sans quoi tu es morte. »
Grégoire Delacourt, La femme qui ne vieillissait pas, Le Livre de Poche, 2019, p. 107.
L’or du chemin
« Tu sais, moi aussi, il m’arrive de parler à ma petite femme morte. Et tu sais ce qu’elle me dit ? « Sois heureux comme j’aimerais que tu sois heureux si j’étais là. Aime la vie, ton travail et le bon vin comme j’aimerais les aimer avec toi et donne-les à aimer autour de toi. » Ta Léonora aurait sans doute des mots plus raffinés, mais je suis sûr qu’elle pense pareil. »
Pauline de Préval, L’or du chemin, Éditions Albin Michel, 2019, p. 122.
Le triomphe de Thomas Zins
« … il n’envisage pas de vivre plus longtemps sans posséder la fameuse pièce d’identité qui autorise un adulte à s’asseoir au volant d’un véhicule automobile, puis à tourner la clé de contact pour démarrer le moteur avant de desserrer le frein à main, d’appuyer sur la pédale de débrayage, d’enclencher la première vitesse, puis d’exercer une légère pression du pied droit sur l’accélérateur tandis que du gauche on embraye, série d’opérations grâce à quoi l’on conduit sur la route une voiture d’un point à un autre… »
Matthieu Jung, Le triomphe de Thomas Zins, Éditions Points, 2018, p. 807.
Charlotte
« Merci pour tes dessins. Ils sont naïfs, approximatifs, inaboutis. Mais je les aime pour la puissance de leur promesse. Je les aime car j’ai entendu ta voix en les regardant. J’ai ressenti une forme de perte et une incertitude aussi. Peut-être même l’esquisse d’une folie. Une folie douce et docile, sage et polie, mais réelle. Voilà. Ce que je voulais te dire. Nous sommes un très beau début. »
David Foenkinos, Charlotte, Folio, 2018, p. 104.
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Songe à la douceur
« Il va falloir tout expliquer, il va falloir revenir en arrière à nouveau avant de pouvoir continuer, c’est ça parfois la vie, … »
Clémentine Beauvais, Songe à la douceur, Éditions Points, 2018, p. 199.
L’avancée de la nuit
« Il avait coupé les ponts, ou croyait avoir coupé les ponts, ou essayait de couper les ponts avec son milieu, auquel il ne pensait pas comme à un milieu, mais comme à un incident, plus que cela même, un accident. »
Jakuta Alikavazovic, L’avancée de la nuit, Éditions Points, 2018, p. 18.
Je suis Jeanne Hébuterne
« – Tête ovale, nez droit et épaté à la base, lèvre supérieure en forme de cœur… Un visage encore poupin… Tu ressembles à mes divas italiennes. Montre-moi tes mains ! Puissantes, grosses, des mains de fermière. Mais les mots ne suffisent pas à dire qui tu es. Les mots ne suffisent pas… »
Olivia Elkaim, Je suis Jeanne Hébuterne, Éditions Points, 2018, p. 29.
Danser au bord de l’abîme
« Je transcris ici l’enchaînement des faits tel qu’il s’est déroulé. Je ne commenterai pas l’irresponsabilité de mon désir – elle est sans doute à chercher du côté du sacré.
Je veux juste essayer de démonter la mécanique du désastre. De comprendre pourquoi, plus tard, j’ai incisé à jamais le cœur de ceux que j’aimais. »
Grégoire Delacourt, Danser au bord de l’abîme, Le Livre de Poche, p. 24.
