Drame, Psychologique, Roman, Roman noir

Cadres noirs

« J’étais sans doute intervenu prématurément, mais il était trop tard pour regretter. J’avais offert une brèche à M. Delambre et il s’y était engouffré.

– Alors le gros bras ! m’a-t-il dit. Elle est où, ta belle organisation ? Hein, ducon, elle est où ?

Je ne peux pas vous dire quelle a été la réaction des autres, parce que je gardais les yeux fermés.

– C’était pourtant bien au point, quel dommage ! Ta petite équipe, tes caméras, tes écrans, tes mitraillettes à la mords-moi-le-nœud. »

Pierre Lemaitre, Cadres Noirs, Le Livre de Poche, 2010, p 231.

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Classique, Roman

Le ventre de Paris

Chronique de Le ventre de Paris, d’Émile Zola.

« C’était un monde de bonnes choses, de choses fondantes, de choses grasses. D’abord tout en bas contre la glace, il y avait une rangée de pots de rillettes, entremêlés de pots de moutarde. Les jambonneaux désossés venaient au-dessus, avec leur bonne figure ronde, jaune de chapelure, leur manche terminé par un pompon vert. Ensuite arrivaient les grands plats : les langues fourrées de Strasbourg, rouges et vernies, saignantes à côté de la pâleur des saucisses et des pieds de cochon ; les boudins, noirs, roulés comme des couleuvres bonnes filles ; les andouilles, empilées deux à deux, crevant de santé ; les saucissons pareils à des échines de chantre, dans leurs chapes d’argent ; les pâtés, tout chauds, portant les petits drapeaux de leurs étiquettes ; les gros jambons, les grosses pièces de veau et de porc, glacées, et dont la gelée avait des limpidités de sucre candi. »

Émile Zola, Le Ventre de Paris, Folio classique, 2018, p. 82.

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Historiques, Prix littéraires, Roman

Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants

«Il faisait beau, Ysabel et Fernando, vos rudes souverains catholiques, ont dormi dans l’Alhambra ; Fernando a ôté son armure pour monter sa royale femelle, dans la plus belle chambre du palais, après avoir fait donner une messe victorieuse où tous ses chevaliers entrés dans la citadelle pour se battre, priaient avec ferveur. Trois mois après, alors que nous avions vu les nobles Espagnols s’installer dans la médina, on nous chassa. Le départ, la conversion, ou la mort. Nous respections les chrétiens. Il y avait des pactes, des accords. Disparus en une nuit.»

Mathias Enard, Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants, Babel, 2013, p. 31.

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Drame, Roman, Roman noir

Né d’aucune femme

« Les mots, ils me font sentir autrement, même enfermée dans cette chambre. Ils représentent la seule liberté à laquelle j’ai droit, une liberté qu’on peut pas me retirer, puisque personne, à part Génie, sait qu’ils existent. »

Franck Bouysse, Né d’aucune femme, La manufacture de livres, 2019, p. 233.

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Drame, Roman

Quatre lettres d’amour

« … il l’expliqua plus tard aux lévriers quand il fut allongé près d’eux sur la couverture de leur cabane et qu’il prit conscience, non sans surprise, du mystère révoltant de son propre cœur : d’une certaine façon, dès qu’Isabel s’était éprise de lui, il s’était dépris d’elle. »

Niall Williams, Quatre lettres d’amour, Éditions Points, 2019, p. 196.

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Roman

Les parents d’élèves et MOI !

« Pour nous, les parents, au fil du temps, le rectorat est devenu une sorte d’institution Potemkine, à l’instar des villages de carton du ministre du même nom érigés pour faire croire à la Grande Catherine en visite à travers la Russie que son peuple vivait heureux. Attirant et brillant, quand il sature notre fil twitter de ses messages enthousiastes, mais incroyablement exaspérant dans son entêtement invisible à ne répondre à aucune de nos demandes, on a même fini par se demander s’il ne serait pas plutôt une sorte de Keyser Söze inventé pour justifier tous les refus. Bref, le rectorat a réussi, comble de la ruse, à nous faire croire qu’il n’existait pas. »

Catherine Berthon, Les parents d’élèves et MOI !, Les Éditions Chum, 2019, p. 167-168.

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Roman

Tristan

« Un sentier de terre serpente entre les petites parcelles et les massifs de plantes grasses. Du linge ondule, gonflé par le vent, ombrageant par intermittence le blanc cru des façades et les murets de basalte qui ceinturent les maisons. Au fur et à mesure que je marche, j’ai l’impression d’entrer dans un conte, de parcourir un dessin, comme si tout ce qui m’entourait était à la fois bien réel et complètement illusoire. »

Clarence Boulay, Tristan, Éditions Points, 2019, p. 38.

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Aventures, Roman

Les buveurs de lumière

« C’est un désir idiot et, en dehors de ça, son esprit est toujours à demi tourné vers une femme qui cire la lune. Il a envie de l’embrasser. C’est également une idée stupide mais elle est plus réelle que ces déchets de matière noire que le chagrin remonte dans des seaux de cuivre. À un certain stade il doit y avoir, ce serait juste, un point final. »

Jenni Fagan, Les buveurs de lumière, Éditions Points, 2019, p. 109.

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Drame, Psychologique, Roman

Ariane

« Nivelles avait l’attractivité d’un sanatorium mais exerçait sur ses habitants un étrange pouvoir de séquestration : les enfants qui y avaient poussé y revenaient tous un jour. »

Myriam Leroy, Ariane, Don Quichotte éditions, 2018, p. 23.

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Aventures, Roman

La chanson d’Arbonne

« Et, un soir venteux, alors que le tonnerre grondait au loin dans les collines au nord de Mignano, il y avait eu la chevelure couleur de nuit de Lucianna Delonghi au bout de la table du banquet, le scintillement de ses bijoux et l’éclat de son esprit, ses propos semés de pièges et de doubles sens, son rire moqueur puis, de façon stupéfiante, ce qu’elle devenait ensuite, ailleurs, sous le baldaquin rehaussé de peintures de son lit, vêtue seulement de ses bijoux étincelants… ce qui se produisait lorsque le rire cessait d’être moqueur, mais rire demeurait. »

Guy Gavriel Kay, La chanson d’Arbonne, Librairie l’Atalante, 2019, p. 212.

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