« Tu sais, moi aussi, il m’arrive de parler à ma petite femme morte. Et tu sais ce qu’elle me dit ? « Sois heureux comme j’aimerais que tu sois heureux si j’étais là. Aime la vie, ton travail et le bon vin comme j’aimerais les aimer avec toi et donne-les à aimer autour de toi. » Ta Léonora aurait sans doute des mots plus raffinés, mais je suis sûr qu’elle pense pareil. »
Pauline de Préval, L’or du chemin, Éditions Albin Michel, 2019, p. 122.
Catégorie : Roman
Le triomphe de Thomas Zins
« … il n’envisage pas de vivre plus longtemps sans posséder la fameuse pièce d’identité qui autorise un adulte à s’asseoir au volant d’un véhicule automobile, puis à tourner la clé de contact pour démarrer le moteur avant de desserrer le frein à main, d’appuyer sur la pédale de débrayage, d’enclencher la première vitesse, puis d’exercer une légère pression du pied droit sur l’accélérateur tandis que du gauche on embraye, série d’opérations grâce à quoi l’on conduit sur la route une voiture d’un point à un autre… »
Matthieu Jung, Le triomphe de Thomas Zins, Éditions Points, 2018, p. 807.
Le soleil des rebelles
« Mikael et Eloisa allèrent à l’arrière de la maison, posèrent un long morceau de hêtre sur le tréteau et, chacun de son côté, empoignèrent la scie à bois.
« Un jour, ma mère et le vieux Raphael parlaient des rebelles, fit Eloisa, et ils ont dit que c’était des hommes… des hommes… qui trouvaient le soleil la nuit. »
Mikael fronça les sourcils. « Qu’est-ce que ça veut dire ?
– J’en sais rien… », répondit Eloisa en haussant les épaules.
Ils scièrent le tronc, en soufflant de fatigue. »
Luca Di Fulvio, Le soleil des rebelles, Slatkine & Cie, 2018, p. 188.
Je me suis tue
« Je l’ai vue défiler devant moi, cette vie, et je l’ai refusée. Pierre était dans mes bras et déjà je ne le supportais plus. J’avais perdu tout espoir, l’humanité m’avait quittée, j’étais dans une impasse, je me débattais et il fallait que j’en sorte. À toute force. À tout prix. Il fallait que cela cesse. »
Mathieu Menegaux, Je me suis tue, Éditions Points, 2017, p. 98.
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Les pleureuses
« Au final, qu’est-ce qu’une relation, sinon deux personnes, et entre ces deux personnes un espace de surprises, de malentendus, de choses inexpliquées. Une autre façon de le formuler serait peut-être de dire qu’il y aura toujours de la place entre deux personnes pour un imaginaire voué à l’échec. »
Katie Kitamura, Les pleureuses, Éditions Points, 2018, p. 59.
Les enfants frapperont-ils encore ?
« Camille haussa les épaules, prit son ton de youtubeur. Le livre illustrait la peur des parents d’être dépassés par leurs enfants, d’une part, et de les voir se retourner contre eux, d’autre part, par lassitude d’avoir été considérés uniquement comme des objets, voire des extensions d’eux-mêmes. »
Laure Catherine, Les enfants frapperont-ils encore ?, Éditions de l’Observatoire / Humensis, 2018, p. 132.
Nos richesses
« Ils racontent que nous croyons à toutes sortes de superstitions, que nous sommes pittoresques, que nous vivons en tribus et qu’il faut se méfier de nous. On s’agace de la nuée de petits enfants qui se collent aux passagers des bateaux pour tenter de porter les valises et de gagner quelques pièces. On prend en photo les premières promotions indigènes des élèves-maîtres de l’École normale. »
Kaouther Adimi, Nos richesses, Éditions Points, 2018, p. 27.
La fraternité
« Depuis toujours, je rêvais d’avoir des amis, de faire partie d’un cercle, et ce rêve était devenu réalité par le biais d’une imposture. Alex m’avait dit que je devais élucider un crime au Pitt Club. Certains membres de ce club étaient bizarres quand ils parlaient de femmes, comme s’ils n’avaient pour elles que du mépris, mais le plus bizarre, pour moi, c’était les femmes qui le savaient et venaient quand même aux soirées. »
Takis Würger, La fraternité, Slatkine & Cie, 2018, p. 97.
Le malheur du bas
« J’ai été violée. Tu n’as rien vu. Prise par tous les trous, du sexe au cul, du cul à la bouche, sur le siège d’une voiture pendant que tu mangeais et que tu buvais tranquillement avec ton patron au restaurant. […] Tu as continué à détruire mon corps, à le fourrer avec ton gros sexe et tes doigts. Thomas n’est pas ton fils. Il n’est que le fruit de mon agression. »
Inès Bayard, Le malheur du bas, Éditions Albin Michel, 2018, p.164.
Charlotte
« Merci pour tes dessins. Ils sont naïfs, approximatifs, inaboutis. Mais je les aime pour la puissance de leur promesse. Je les aime car j’ai entendu ta voix en les regardant. J’ai ressenti une forme de perte et une incertitude aussi. Peut-être même l’esquisse d’une folie. Une folie douce et docile, sage et polie, mais réelle. Voilà. Ce que je voulais te dire. Nous sommes un très beau début. »
David Foenkinos, Charlotte, Folio, 2018, p. 104.
