Aventures, Historiques, Policiers

Les pièges de l’exil

« Elle me laissa lui en allumer une. Elle fumait comme une collégienne, aspirant à peine, et cela me fit sourire, mais pas trop, de crainte qu’elle ne pense que je me moquais d’elle, ce qui aurait été grossier et stupide. La plupart des femmes aiment à penser qu’elles sont raffinées, même quand vous êtes ravi qu’elles ne le soient pas. »

Philip Kerr, Les pièges de l’exil, Éditions du Seuil, 2017, p. 147.

Motivations initiales

Comment vous dire ? Parmi les héros récurrents, Bernie Gunther, le flic allemand neurasthénique ayant réussi – miraculeusement – à traverser la période nazie et celle qui s’en est suivie, pendant laquelle il ne faisait pas bon être allemand, est un de mes incontournables. Non seulement on apprend/découvre/redécouvre des choses sur le plan historique, mais, en plus, ce type me parle… Alors, cette 11e aventure, 0 chances que je la rate !

Synopsis

1956. Muni d’un passeport au nom de Walter Wolf, Bernie Gunther est concierge au Grand Hôtel, à Saint-Jean-Cap-Ferrat. Et il est désespéré. Il vient d’essayer de se suicider, mais n’a pas été jusqu’au bout. En dehors de son travail à l’hôtel, son unique occupation est de participer à quelques parties de bridge avec son partenaire, un italien, Antimo Spinola, contre le couple Rose, des anglais ayant acheté une villa dans les environs.

Elisabeth, sa femme, l’a quitté. Elle ne s’était habituée ni au soleil de la Côte d’Azur, ni à la langue française. Elle est rentrée à Berlin.

Et puis… Son partenaire de bridge est assassiné. Il rencontre Anna French, qui veut apprendre à jouer à ce même jeu, pour rencontrer Somerset Maugham, le célèbre écrivain, qui vit à la villa Mauresque. Et, surtout, son passé le rattrape, le jour où l’occupant de l’une des suites du Grand Hôtel, Harold Heinz Hebel, se révèle en fait être Harold Heinz Hennig, que Bernie a – malheureusement – déjà eu l’occasion de croiser à plusieurs reprises…

Avis

> L’avis de T

Il s’agit, je l’ai précisé au démarrage, de la 11eme aventure de Bernie Gunther, et je suis toujours là. Alors, autant le dire d’entrée : je suis fan, et, à ce titre, mon objectivité est probablement discutable. Voire, totalement discutable. Mais je vais néanmoins vous donner mon avis sur ce livre, charge à vous de le prendre pour ce qu’il est !

Je ne sais pas comment fait Philip Kerr, mais il parvient à nous livrer à chaque fois des histoires très variées, mais avec un fil conducteur très net. Et, soit il est lui-même, comme son héros, un redoutable joueur d’échecs – malgré ce qu’en dit Somerset Maugham à la fin du livre -, et capable de prévoir ses coups très à l’avance ; soit il a une capacité d’adaptation remarquable.

Dans cet opus, c’est dans l’entourage de l’immense écrivain – mais également membre, un temps, des services secrets britanniques – qu’est Somerset Maugham que se déploie l’intrigue. Et quelle intrigue !

Alors que les services secrets anglais (MI5, MI6) sont profondément atteints par la trahison de Guy Burgess et Donald Mclean, passés à l’est après avoir transmis des informations aux services secrets de l’Union Soviétique pendant près de 20 ans, Harold Heinz Hebel tente de faire chanter Somerset Maugham, d’abord avec une photo illustrant les frasques homosexuelles de l’auteur, en présence de plusieurs agents soupçonnés d’être des traîtres, puis avec des enregistrements des confessions de Guy Burgess. Mais derrière, c’est Roger Hollis, directeur du MI5, qui semble visé…

Bernie Gunther, au milieu de ce panier de crabes, se prend d’amitié pour l’auteur vieillissant, redécouvre l’amour avec Anna French, mais, surtout, se retrouve plongé dans un temps de son passé que nous ne connaissions pas encore… Une fois encore, on retrouve son humour acide, pétri d’un désespoir profond et d’une lassitude extrême nourri de ce qu’il a traversé. Je ne résiste pas à une autre citation qui illustre assez bien, me semble-t-il, son état d’esprit défaitiste, mais d’un profond romantisme tout germanique :

« À mes yeux, la perfection absolue de la villa Mauresque était imparfaite. Jamais je n’aurais pu appartenir à un endroit comme celui-là, parmi des hommes sans femmes. Les femmes sont des créatures à risque, mais c’est ça, la vie – prendre des risques. »

Une aventure bien ficelée, efficace comme Kerr sait nous les concocter. Un excellent moment de lecture qui amène, en plus, à réviser ses connaissances de l’histoire encore récente. Bref, tout ce que j’aime.

Si vous aimez les aventures de Bernie Gunther, précipitez-vous ! Et si vous ne connaissez pas, réjouissez vous : vous avez 11 aventures qui n’attendent plus que vous, alors mettez-vous en quête de la Trilogie berlinoise, point de départ de cette saga…

IMG_0496

4 réflexions au sujet de “Les pièges de l’exil”

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s