Aventures, Fantastiques, Science-fiction, Sciences & techniques

Le cœur perdu des automates

Chronique de Le cœur perdu des automates, de Daniel H. Wilson.

« Qui a bien pu construire Pierre ? En examinant son visage entaillé comme une planche d’anatomie, je constate avec surprise que ses pommettes sont bordées de minuscules rivets de bronze, soulignées d’une mince bande de bois – des matériaux anciens, chargés du poids des siècles. Les couches de sa peau sont plus récentes. Fibres synthétiques et plastiques, ondulation de servomoteurs en polymère. La structure générale semble à la fois nouvelle et ancienne, tout en étant hors de portée de la technologie actuelle. »

Daniel H. Wilson, Le cœur perdu des automates, Pocket – Univers Poche, 2019, p. 151.

Motivations initiales

Une balade qui mène de Moscou dans les années 1700 aux États-Unis de nos jours ? « Voilà qui devrait plaire à Ô Grimoire », s’est dit un beau jour Ô Grimoire (l’autre élément du duo, vous l’aurez compris), devant les étagères d’un libraire… Et encore, le voyage ne s’arrête pas là ! Alors le livre à rejoint l’une des nos PAL…

Synopsis

À Moscou, en 1709, un automate nait sous les mains habiles de Giacomo Giuseppe Favorini, un artisan mécanicien au service du Tsar Pierre Ier (Piotr Alexeievitch Romanov). Naît, ou, plutôt renaît, en même temps qu’Helena, sa sœur. Lui est très grand, presque trop pour passer pour un humain, et il est taillé comme un guerrier ; elle est enfermée dans le corps d’une enfant, piètre réceptacle pour une intelligence vive et pénétrante. Bien qu’il s’agisse d’une renaissance, ils ont tous les deux oubliés d’où ils viennent, et ce qu’ils étaient avant.

En parallèle, on suit June Stefanov, qui porte au cou une relique métallique que son grand-père lui a légué, après l’avoir lui-même trouvé sur le champ de bataille de Stalingrad, parcourt le monde à la recherche d’automates anciens. Elle est peut-être la plus grande spécialiste au monde de ces objets, et a obtenu un financement d’une fondation, pour le compte d’une riche mécène chinoise. Alors qu’elle étudie un spécimen conservé par une secte chrétienne qui, après bien des périples, s’est installée dans l’Oregon, elle se retrouve prise en chasse par un automate…

Mais quels sont les véritables enjeux autour de ces automates anciens ?

Avis

Des automates qui traversent les siècles et les continents, des luttes de pouvoir entre factions, et, au milieu de tout cela, June Stefanov, une humaine que rien n’avait préparée à affronter une telle situation. Tout cela aurait pu – et dû – m’emporter, mais j’ai regardé le bateau s’éloigner depuis le quai. Et je vais essayer de vous dire pourquoi.

L’idée et l’histoire sont séduisantes. Les automates anciens sont, déjà, des objets fascinants en soi. On pense naturellement à Vaucanson, et à la naissance de l’ingénierie en France. L’idée additionnelle que ces êtres mécaniques soient plus anciens, qu’ils aient traversé le temps, de la Chine antique à nos jours en passant par toutes les grandes périodes de l’histoire du monde, c’est vraiment quelque chose qui me plait.

L’idée de groupes opposés qui s’opposent, si c’est assez classique, cela peut tout à fait fonctionner. On n’imagine pas quelque société que ce soit sans lutte de pouvoir, et, de ce point de vue, cela tient parfaitement la route.

En revanche, je n’ai pas du tout accroché à la dimension psychologique de l’histoire, entre Pierre et sa « sœur » Helena. D’abord parce qu’il m’a semblé que cela faisait très anthropocentrique de plaquer ce type de problématique sur ces automates, qui, justement, se distinguent de l’Homme sur de nombreux points, du simple fait qu’ils « vivent » bien plus longtemps.

Et le personnage d’Helena m’a semblé particulièrement bizarre : certes, je peux comprendre la difficulté d’une intelligence vive qui serait « bloquée » dans un corps d’enfant. Mais outre le fait qu’elle parvient à régler cette difficulté avec tout le monde, son attitude vis-à-vis de Pierre me semble singulièrement incompréhensible. Bref, je ne vais même pas essayer de justifier ma lecture par des arguments rationnels : cette dimension de l’histoire, qui prend tout de même une bonne place dans le livre, m’a parue peu crédible. Et, comme toujours, lorsque vous commencez à buter sur quelque chose, cela vous sort de l’histoire.

Je regrette également que certaines pistes, qui auraient pu donner de l’épaisseur à l’ensemble, ne soient pas exploitées. Ainsi, lorsque l’on découvre June au début du livre, elle parvient à faire fonctionner un automate qui avait été conçu pour délivrer un message. En effet, il s’agit d’un personnage qui écrit. Ce message aurait pu être une pièce d’un puzzle, d’une énigme. Mais, non, pas de mystère. Ou, plutôt, du mystère, mais qui est oublié aussitôt et ne revient pas dans l’histoire. Occasion manquée…

La lecture reste plutôt agréable ; il y a de très belles scènes et même quelques morceaux de bravoure. Mais cela ne va pas jusqu’au coup de cœur, pour moi…

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