Aventures, Biographies & autobiographies, Espionnage, Historiques

Le saboteur

Chronique de Le saboteur, de Paul Kix.

« Le fondateur de la société L’Oréal s’engagea activement dans la collaboration. Ce fut aussi le cas du directeur de l’Opéra-Comique, du conservateur du musée Rodin et même du recteur de l’université catholique de Paris. Fin 1940, d’ailleurs, l’assemblée des cardinaux et des archevêques de France exigea dans une lettre que la laïcité fasse preuve d’une « loyauté complète et sincère (…) à l’égard de l’ordre établi ». Un prêtre catholique concluait même ses messes dominicales d’un tonitruant « Heil Hitler ! » »

Paul Kix, Le saboteur, le cherche midi, 2019, p. 49.

Motivations initiales

Lecture proposée par Benoît, notre calife de la TeamThriller du cherche midi… Et puis le temps a filé, filé, filé… À l’occasion du confinement, en remettant de l’ordre dans nos PAL, il est remonté à la surface : il était largement temps de le lire !

Synopsis

Ce livre n’est pas un roman. C’est l’histoire vraie de Robert de La Rochefoucauld, descendant de la grande famille française qui, depuis le haut Moyen Âge, a participé d’innombrables manières à la construction de notre pays. En juin 1940, il a 16 ans. Avec la conscience aigüe de ce que la France se déshonore en suivant le Maréchal Pétain et l’exigence familial, il est d’abord outré de voir les Nazis s’installer dans le manoir familial, au nord de Paris. Très vite, sa décision est prise : dès que possible, il rejoindra celui qu’il écoute à la radio, à Londres : le général de Gaulle.

Après un voyage qui le fait passer par le sud-ouest, puis l’Espagne, il parvient en effet à Londres, rencontre de Gaulle, et s’engage auprès du SOE, service secret anglais atypique. En effet, il ne compte que des étrangers, choisis pour leur capacité à se fondre dans la masse, dans leurs pays d’origine. C’est l’occasion pour lui d’incroyables aventures dans une France occupée…

Paul Kix, l’auteur, a ici fait œuvre d’historien. Il a consulté les sources militaires, pour compléter et rectifier les mémoires de son sujet d’étude, contacté et travaillé avec les descendants de celui-ci, mort en 2012…

Avis

Ce livre est un paradoxe : extrêmement intéressant, pas totalement facile à lire – ce n’est pas un page turner -, agaçant par moments, passionnant, instructif. Est-ce que j’ai apprécié ma lecture ? Oui ! J’ai appris énormément de choses, à commencer par le fait que, probablement, Maurice Papon, dont on a fait un odieux criminel, a été condamné pour l’exemple, mais n’était peut-être pas le coupable qu’on en a fait. Or ce procès est assez emblématique pour ma génération… alors j’avoue, c’était déstabilisant.

On suit, avec beaucoup d’intérêt, le parcours de Robert de La Rochefoucauld. Sans pouvoir s’empêcher de se demander si, avec le même parcours, un Robert Dupond ou Duval aurait droit à un tel traitement. Et la réponse n’est pas évidente. On se demande, à plusieurs reprises, si l’intérêt est d’abord dû au courage incroyable de cet homme, ou si c’est d’abord son arbre généalogique qui donne son sens à ce récit.

Le travail de Paul Kix sur les archives est impressionnant. Il a repris, comparé, évalué, chacun des descriptions des mémoires de Robert de La Rochefoucauld, avec les archives militaires, les écrits, toutes les sources disponibles. Pour étayer, quand c’était possible ; pour trouver la version la plus plausible, lorsqu’il y avait des différences.

Ce n’est pas aussi fluide qu’un roman, mais cela ne choque pas. Cela permet même de se rappeler, justement, que ce n’est pas une histoire inventée, et de se rappeler que, oui, l’homme est capable de tout, et y compris de commettre des actes qui, si un auteur affirmait les avoir inventés, nous, lecteurs, trouverions qu’il a été trop loin…

Ce livre est dérangeant parce qu’il nous amène à reconsidérer nos a priori. Ne serait-ce qu’en s’appuyant sur l’un d’entre eux, concernant ces grandes familles qui se connaissent toutes, formant un cercle tellement fermé… exclusif, dans le sens de « excluant »… Robert de La Rochefoucauld, en effet, nous décrit ce milieu dans lequel rares sont ceux qui sont acceptés…

Et puis il y a cette sorte d’insouciance. D’inconscience ? Oui, on est insouciant quand on est jeune, mais on l’est aussi d’autant plus que la vie se résume à des questions d’honneur, et non de survie. Bref, je ne sais pas totalement quoi penser…

Est-ce une lecture intéressante ? Oui, évidemment oui. Est-ce déstabilisant ? Également, et, très honnêtement, davantage que je ne m’y attendais. Mais je recommande ce livre à toutes celles et ceux qui s’intéressent à l’histoire, quelle que soit l’époque, et à la façon dont les hommes réagissent face à l’adversité !

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