Sciences & techniques, Témoignages

Mémoires vives

Chronique de Mémoires vives, d’Edward Snowden.

« Je me sentais loin de chez moi, mais sous surveillance. Je me sentais plus adulte et responsable que jamais, mais ça m’affligeait de me dire que nous avions tous été infantilisés et que nous devrions désormais passer notre vie entière soumise à une autorité omnisciente. J’avais l’impression d’être un imposteur qui se cherchait des excuses. »

Edward Snowden, Mémoires vives, Éditions du Seuil, 2019, p. 239.

Motivations initiales

En tête des ventes depuis plusieurs années dans de nombreux pays, cet ouvrage autobiographique a marqué son temps, mais aussi les consciences. Le fait qu’il soit écrit par l’homme le plus recherché de la planète en 2013, mérite d’y porter attention. C’est ce qu’à fait G., qui a déjà eu l’occasion d’intervenir sur ce blog précédemment.

Synopsis

Mémoires vives est l’histoire d’une découverte portée par des valeurs humaines, mêlant adroitement éléments biographiques, analyses, rappels historiques et révélations. Il décrit le parcours et le cheminement progressif d’Edward Snowden transformé, malgré lui, en lanceur d’alerte mondialement célèbre, à la suite de la découverte d’informations qui l’atteignent profondément, au point de l’amener à rompre le secret professionnel.

On y découvre que toute sa vie a convergé vers ce choix ultime, comment ses fonctions, mais également son histoire familiale l’ont amené à cet état de fait. Il décrit notamment le fonctionnement des agences de renseignement, les programmes secrets, les dispositifs d’impunités législatifs mis en place pour soutenir le plan global de surveillance de masse, basé sur la collecte et le stockage indéfini de l’intégralité des informations digitales planétaires pour servir des intérêts politico-économiques.

Avis

Ce livre est tout simplement d’intérêt public, ou d’intérêt général. Il est bien difficile d’en résumer la richesse du contenu. Il faut le lire, le relire et le partager au maximum. Il témoigne de manière passionnante sur notre rapport au monde via le prisme numérique qui, aujourd’hui, participe de – contrôle ? – tous les aspects de nos activités humaines. En cela, l’auteur nous invite à réfléchir sur les données que nous manipulons, générons ou rendons publiques, parfois à notre insu, et sur leur utilisation par des entités publiques ou privées. Et lorsque ces dernières les emploient pour s’ingérer et influencer nos vies à l’aide d’algorithmes, on est naturellement en droit de considérer que ces usages sont inappropriés !

Le constat est simple : les technologies, notamment numériques, si elles sont mal employées, peuvent aujourd’hui faire craindre le basculement de notre monde occidental, créateur et défenseur de liberté, vers une société qui imposerait ses schémas, discriminerait les individus, et détruirait ces mêmes libertés, si chèrement acquises au fil de l’histoire. Pour le dire autrement, le risque est que nous devenions les cibles d’un autoritarisme structurel intransigeant annihilant toute forme de vie privée et donc de liberté. Cette puissance potentiellement écrasante rend indispensable le fait que les gouvernements rendent des comptes sur la façon dont ils emploient ces moyens techniques.

L’auteur décrit avec précision les modes opératoires de ceux qui veulent faire de ces technologies des moyens de pression ; il montre comment de nombreuses règles sont fixées par ceux-là même qui ont un bénéfice à en tirer – et dont on peut légitimement craindre qu’ils se laissent guider par leur intérêt individuel plutôt que par le bien commun – ; il souligne aussi comment, par méconnaissance, par ignorance, par incompréhension, par aveuglement, le grand public accepte ces coups de couteau dans le « pacte civil ».

Ainsi, Edward Snowden insiste sur l’idée, encore communément répandue, que « lorsque l’on n’a rien à cacher, ce n’est pas grave qu’il y ait des dérives ». Sauf que ce renoncement au droit à la vie privée valide la posture qui veut alors que personne n’a le droit de cacher quoi que ce soit. Et on voit alors que c’est d’une dictature de la transparence qu’il devient question. Personne alors n’aurait la possibilité de s’opposer à ce que l’on rende publiques ses croyances religieuses, ses choix politiques ou sa vie sexuelle aussi simplement que ses goûts en matière de cinéma, de musique ou de lecture.

Ce livre illustre enfin le courage qu’il faut à un individu pour accepter de sacrifier sa carrière, sa famille, sa nationalité et sa liberté au nom de la vérité. Ce livre rappelle ainsi l’importance et l’engagement des lanceurs d’alerte qui ne cessent de se battre pour que les états et les institutions soient au service des citoyens et non l’inverse. Finalement, la vraie et seule question à se poser à l’issue de cette lecture est : dans quelle société voulons-nous vivre ?

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