Drame, Historiques, Policiers, Prix littéraires

La serpe

Chronique de La serpe, de Philippe Jeanada.

« Une drôle de vie, avec le recul. Ce que j’en sais, je l’ai appris dans les livres. Sale gosse, sale type, des claques, insupportable, il ne mue, instantanément, qu’en anéantissant la fortune familiale, et se transforme en nomade combatif qui ne possède rien et vient en aide à ceux qui en ont besoin. Un bon gars, finalement. »

Philippe Jeanada, La serpe, Éditions Points, 2020, p. 142.

Motivations initiales

Retenus pour participer à une rencontre avec l’auteur pendant Quais du polar (un retour sur cette rencontre vous sera proposé demain !), les organisateurs (les éditions Points et Page des libraires) nous ont fait parvenir, voici une quinzaine de jours, ce roman de l’auteur. Bien que nous ayons, dans nos bibliothèques mais pas encore lu, La petite femelle du même Philippe Jeanada, c’est l’occasion de découvrir cet auteur…

Synopsis

1941. La France est occupée, le Maréchal Pétain est à Vichy. Pourtant, chez les Girard, la vie semble se poursuivre comme à l’ordinaire : Georges, le père, qui travaille à Vichy, fait face aux dépenses de son fils, Henri, non sans que cela ne déclenche quelques disputes ou tensions. La tante Amélie, pour sa part, déteste ouvertement Annie, la femme d’Henri, qu’elle considère comme une jeune gourgandine qui aurait dévoyé son neveu ; il faut attendre qu’Henri décide de divorcer pour qu’Amélie revienne à de meilleurs sentiments. Henri, enfin, terriblement marqué par la mort de sa mère, cherche encore sa place dans la longue lignée d’hommes politiques, de grands commis de l’État, d’intellectuels dont il est l’héritier.

Tout ce petit monde, quand il quitte Paris (ou Vichy, désormais) se retrouve en Dordogne, dans la propriété familiale, le château d’Escoire. Mais, un matin pas comme les autres, Henri appelle à l’aide. À son réveil, il a trouvé son père, sa tante et la vieille bonne massacrés, à coups de serpe. Mais l’enquête établit rapidement qu’il était impossible d’entrer dans le château : l’unique survivant, qui est également l’unique héritier, fait alors figure d’unique coupable possible. Et son attitude hautaine, son détachement, ne lui attire guère de sympathie. Tout le monde semble alors attendre le procès qui le condamnera, c’est couru d’avance, à la peine capitale.

Pourtant, coup de théâtre, alors que le verdict était donné comme joué d’avance, Henri Girard est acquitté, grâce à l’intervention d’un ténor du barreau, Maître Maurice Garçon. Stupeur ? En fait, pas tant que cela…

Avis

S’il y avait bien une chose de sûre, au moment où j’attaquais ce livre, c’est que je ne savais pas à quoi m’attendre. Je ne connaissais l’auteur que de nom, je fais en général en sorte de ne pas lire les critiques des livres que je n’ai pas encore lus, précisément pour garder le mystère de la découverte.

La structure du livre, si elle semble assez simple au démarrage, s’avère en réalité bien plus complexe qu’il n’y parait initialement. En effet, on suit simultanément plusieurs fils narratifs : celui de la famille Girard et de l’affaire, en 1941, celui de ce qu’il advient d’Henri Girard après le procès, et celui de l’enquête menée par Philippe Jaenada. Mais, contrairement à certains livres dans lesquels on aurait une structure simple d’alternance, avec un changement de fil narratif à chaque passage de chapitre, ici, chaque chapitre s’ouvre par « un passage dont Philippe Jaenada – et une Meriva – est le héros », pour le dire ainsi. Puis on retourne, parfois insensiblement, au détour d’une formulation, dans le passé : le glissement se fait parfois de façon franche et tranchée, parfois non.

On entre dans ce pavé – même si on peut faire « pire », un livre de poche de plus de 600 pages, cela commence tout de même à mériter une telle appellation ! – par une sorte d’historique de l’affaire. On a, en particulier, une relation assez détaillée de l’historique familial. Pour être totalement honnête, cette première partie est aussi la plus compliquée à suivre pour moi qui me perd dès que l’on évoque les liens familiaux. On va ici se promener dans l’arbre généalogique…

Puis on a une deuxième partie dans laquelle nous est présenté tout le dossier « à charge ». On suit l’instruction menée par Joseph Marigny, avec une montée en puissance qui fait que, lorsque le procès commence, on voit difficilement comment l’accusé pourrait s’en tirer. Ainsi, on bénéficie également de l’effet de surprise du verdict d’acquittement !

Et puis le livre bascule. Ce passage est d’ailleurs marqué, volontairement ou non (c’est en revenant dessus que j’ai fait ce constat, sans pouvoir affirmer qu’il fasse partie du plan de l’auteur) : le chapitre 9 est entièrement consacré à l’enquête menée par l’auteur, qui arrive à Périgueux pour consulter les archives. Et ce chapitre se déroule presque entièrement de nos jours. Comme s’il s’agissait d’une transition, d’une respiration entre deux phases.

Enfin, dans la troisième partie, on assiste à la déconstruction, pièce par pièce, ou quasiment, du dossier d’instruction… et un petit peu plus – mais je ne veux pas tout dire -. Avec une évolution assez sensible : là où l’humour, dans la première partie, permettait de prendre de la distance avec la dureté des propos, dans cette partie, il devient plus tendre, plus mélancolique, dirais-je. Et cela adoucit aussi la colère, la rage même, que l’on ressent par moment devant ce que l’on a fait subir à un homme…

Et, à bien y réfléchir, l’impression d’ensemble que laisse ce livre, c’est d’avoir assisté au procès. Avec, dans une première phase, la présentation du dossier, impartiale, comme issue des questions du président du tribunal et des réponses de l’accusé. Puis, dans un deuxième temps, le réquisitoire du ministère public, qui s’applique à établir la culpabilité de l’accusé. Et, enfin, dans un troisième temps, la plaidoirie de la défense. Et cela ne me surprendrai pas que ce soit précisément la structure choisie par l’auteur…

Mention spéciale, et clin d’œil : il n’est pas possible de ne pas noter l’usage que Philippe Jaenada fait des parenthèses, allant parfois jusqu’à les imbriquer (et, parfois, à devoir en fermer deux séries à la suite !). Évidemment, chacun pourra en trouver certaines fluides, d’autres moins. Mais c’est le choix de l’auteur, le rythme sur lequel il nous conte l’histoire… et c’est très bien ainsi !

Pour en savoir plus

Retrouvez la présentation de ce livre sur le site de l’éditeur.

3 réflexions au sujet de “La serpe”

    1. Peut-être parce que, vu le pavé… Et puis, des fois, on voit un livre, on l’achète, mais le « bon moment » tarde… Pour la poussière, il risque éventuellement de la prendre, de là à tomber, normalement, il doit rester un peu de marge, quand même 🙂 Mais – teasing -, peut-être que, demain, il y aura d’autres bonnes raisons de sauter le pas…

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