Bandes dessinées, Fantastiques, Frissons, Thrillers

La petite souriante

« À quoi pensent les autruches ? À rien sans doute. Ce doit être confortable de ne penser à rien. De l’être jamais la proie de sentiments : l’amour, la jalousie, la colère… la haine ! »

Zidrou, Benoît Springer, La petite souriante, Dupuis, 2018, p. 3.

Motivations initiales

Avec une cover comme celle-là, cette bande dessinée attire forcément l’œil ! Vieillie, comme si vous veniez de la ressortir d’une vieille caisse, au grenier, comme si elle avait pris un peu l’eau, avec l’usure des ans, des lectures et relectures… Bref, comme si elle avait accompagné vos trente dernières années, vous accompagnant partout. Mais, aussitôt, ce côté chaleureux, familier, est contre-balancé par cette autruche, l’air sévère, qui met mal à l’aise, même avant que l’on ait réalisé ce qu’elle tient dans son bec…

Synopsis

Josep Pla – que tous appellent Pep – élève des autruches. Depuis 20 ans. Et, depuis 13 ans, il est marié avec Dora. Et Dora a une fille, Isabela, qui saisit toutes les occasions de rappeler que Pep n’est pas son père. Et, justement, Isabela arrive pour le week-end : elle va avoir 18 ans.

Mais Pep n’en peut plus : il essaye de tuer Dora, qui est aigrie, facilement agressive, un peu castratrice. Il lui fracasse le crâne avec une masse, puis la jette dans un puits. Mais, quand il rentre à la maison, Dora est là, qui l’attend…

Avis

> L’avis de C

Cette bande dessinée, elle est obligée de vous taper à l’œil ! L’effet un peu vieillot et usé de la cover lui donne un charme assez particulier ! Et puis… en ayant lu le pitch et feuilleté un peu l’ouvrage, je me suis dit que « ça allait le faire, ça avait l’air d’être drôle ! »

Quand j’ai commencé à lire les premières pages, ça m’a emballé ! Franchement y’a pas à dire mais qu’un ouvrage commence avec du sang partout sur les mains ou sur les murs, moi, ça me captive !

Finalement plus j’avance dans ma lecture plus ça me semble grotesque et trop farfelu ! Tuer une fois, deux fois sa femme et elle est encore et toujours là. Ça fait un peu un remake des marcheurs blancs dans GoT : là on ne sait pas vraiment comment tuer Dora pour qu’elle ne revienne plus !

Mon esprit est sûrement trop cartésien, car moi, ça ne m’a pas plu, je n’ai pas compris l’intérêt du scénario et surtout la chute ! Là on a l’impression d’être en train de regarder à la porte de notre four le beau soufflé qui monte, qui monte, qui monte et quand on le sort du four, pfiiiiout, il retombe ! Ici c’est idem, on n’a pas de chute, pas de dénouement, on reste sur notre faim et la surprise n’est pas là…

Dernier point négatif : les dessins. Trop épais pour moi, pas assez fins et délicats… Mais là, il faut avouer que ça donne un côté agressif et dynamique à l’histoire donc ça passe – mais pas pour moi !

Vous l’aurez compris : passez votre chemin, votre banquier me remerciera ! 🙂

> L’avis de T

Voilà une bande dessinée qui sort de l’ordinaire. Et qui ne laisse pas indifférent. Maintenant, peut-on dire que c’est une lecture agréable ? Certes non…

Le scénario, d’abord. Telle qu’elle nous est présentée, Dora a tout de la vieille mégère ; elle est pratiquement toujours représentée le visage déformé par la colère – sans doute pas ce qui met le plus en valeur ! Éternelle contrariée, elle parait pourtant attachée à son Pep, qu’elle défend même contre sa fille. Pourtant, Pep a décidé de franchir le pas, et de la tuer. Mais on ne se débarrasse pas comme cela de Dora !

Le questionnement final, « Combien de fois faut-il tuer un amour pour qu’il cesse de vous hanter ? », résume assez bien le thème de l’ouvrage. On ne sait pas pourquoi – mais y a-t-il une raison, ou faut-il simplement se laisser emporter par le fantastique de cette histoire ? – Dora survit à toutes ces morts (après que Pep ait tenté de la défoncer à coups de masse, Pep lui plante un clou dans le cerveau – pour abattre ses autruches, il utilise un pistolet à clous -, avant qu’elle ne soit poignardée).

Bref, ce scénario ne conviendra pas aux cartésiens les plus endurcis, mais pour tous ceux qui n’ont rien contre le fantastique, après tout, pourquoi pas. En revanche, j’ai plus de mal avec la chute : que l’on n’ait pas de cause à toute cette histoire, soit. Mais la scène finale (en 7 bulles) me laisse sur ma faim. Cette conclusion semble tomber un peu du ciel, et, surtout, ne répond à aucune des questions soulevées avant.

Non, ce qui m’a le moins plu, dans cette bande dessinée, ce sont les dessins. Les traits des personnages sont marqués – certes, cela renforce l’idée de colère, de haine latente entre les protagonistes, mais c’est trop à mon goût… et puis je n’aime pas l’idée que l’on doit forcément voir à l’extérieur les tourments de l’intérieur, ce serait trop facile.

En revanche, même si elle est agressive, la colorisation joue, ai-je trouvé, remarquablement son rôle. On passe d’une ambiance à une autre, d’une brutalité gris bleuté à une brutalité jaune et orange ; d’une violence jaune et grise à une violence orangée… Et, pour moi, ça fonctionne. On sent l’outrance des sentiments, ces sentiments que, dans l’une de ses premières interventions, Pep dit qu’il aimerait ne pas ressentir.

Bon, et au total ? Bilan mitigé ! L’idée de départ du scénario me plait – elle me plait même beaucoup, et, c’est drôle, elle résonne un peu avec l’histoire de Amour entre adultes, lu récemment. Les dessins ne sont pas ma tasse de thé, et ont eu tendance à bloquer mon entrée dans l’histoire. Bref, pas mal mais pas inoubliable…

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