Policiers, Roman noir

Il était une fois dans l’Est

Chronique de Il était une fois dans l’Est, d’Arpad Soltész.

« Miko regarde autour de lui, plein de confusion. Il est tout habillé. Dans un lit. Le sien. Çà c’est bien. Mieux que tout nu dans un lit étranger. Il y a beaucoup de lits au monde plus propres que le sien. Moins en vrac. Qui ne grincent pas tant. Mais celui-ci, c’est le sien. »

Arpad Soltész, Il était une fois dans l’Est, Éditions Points, 2020, p. 57.

Motivations initiales

Faire partie du jury d’un prix comme le Prix du Meilleur polar des Éditions Points, c’est avoir l’occasion de découvrir des livres vers lesquels vous n’auriez pas été naturellement, que vous auriez laissé sur la table du libraire, ou oublié dans votre PAL… Mais, là, il y a une bonne raison de les lire, de les découvrir, de vous y confronter. Avec bonheur, parfois, avec difficultés, pour d’autres…

Synopsis

Dans une Slovaquie récemment devenue indépendante, après le démantèlement de la Tchécoslovaquie (en 1992), la corruption bat son plein. Tous les trafics semblent s’être donnés rendez-vous là, dans ce pays dont les frontières occidentales ouvrent sur l’Autriche, alors que, côté oriental, on jouxte l’Ukraine, la Hongrie (au sud) et la Pologne (au nord).

Veronika, 17 ans, est enlevée, séquestrée, violée par deux proxénètes affiliés aux réseaux de pouvoir de la région de Kosice (tout à l’Est du pays). Alors qu’elle est sur le point d’être remise à un réseau de prostitution, elle parvient à s’enfuir : désormais, non seulement elle va devoir se remettre de l’horreur qu’elle a vécu, mais, en plus, elle devient une cible pour ceux qui veulent éviter que les choses s’ébruitent…

La police, les juges, tout le monde a partie liée. Alors quand Veronika décide de porter plainte, c’est presque signer son arrêt de mort. Sa seule chance ? Mettre de son côté Schlesinger, un journaliste qui traque les réseaux mafieux, et Miko et Valent « le Barje », deux flics un peu marginaux…

Avis

Il est difficile d’avoir un avis univoque sur ce livre. Je n’ai pas aimé ma lecture, mais je trouve ce livre important. Je vais essayer d’expliquer cela…

L’organisation, d’abord. On fait des allers-retours dans le temps, entre « Dans l’Est, autrefois » (milieu des années 90) et « Dans l’Est, à présent » (de nos jours, donc). Et, dans chaque partie, les paragraphes sont nommés selon leur personnage principal, mais tels qu’ils ne sont jamais nommés réellement : dans le texte et les dialogues, nous avons leurs noms et leurs surnoms (assez nombreux et pas toujours reconnaissables, ce qui donne parfois un certain flou), mais, dans les titres de chapitre, c’est uniquement leur rôle : « le procédurier », « le Général », « le tueur », « la victime », « le père », « le journaliste », « le passeur », « la procureure », « le mafieux », « le rabatteur », « le passeur », « le juge »… Et, puis, tout d’un coup, « le canari qui a bouffé le chat »…

Certaines scènes m’ont parues en décalage, je ne comprenais plus qui faisait quoi et pourquoi. Forcément, cela n’aide pas à suivre le fil… Donc, du strict point de vue de l’histoire, j’ai eu du mal à me raccrocher à une trame claire.

Pourtant, j’aurais envie que chacun de nous lise ce livre. Parce qu’il nous dit, je crois, des choses importantes sur notre vie, sur notre société. Nous qui trouvons – ou qui nous laissons dire – que notre société est hyper violente, nous vivons sur un nuage. Et il n’y a pas besoin de faire 15 000 kilomètres, ou de changer de galaxie, pour trouver tellement pire… Non, à 1500 kilomètres de chez nous, à 15 heures de route, donc, il existe des sociétés auxquelles nous ne survivrions pas !

De la même façon, ce livre illustre de façon terrifiante l’idée selon laquelle si les animaux tuent, ce n’est jamais par plaisir, alors qu’il se trouve toujours quelqu’un, parmi les hommes, pour torturer, violer, avilir, pour le simple motif qu’il peut le faire. Et on peut toujours trouver pire : plus violent, plus dégradant, plus sale, plus monstrueux. L’imagination humaine n’a aucune limite.

L’arnaque aux allocations, qui nous est présentée, apparait du coup presque gentillette, et ce qui nous semble révoltant n’est pas que des roms viennent de Slovaquie jusqu’en Belgique, par exemple, par taxis entiers pour toucher des allocations, mais plutôt que ce trafic soit organisé par des réseaux mafieux qui en récupèrent finalement l’essentiel… Et la pauvreté est telle qu’il n’est pas possible de condamner ceux qui trafiquent, pratiquent la contrebande, volent pour survivre. Mais, ce faisant, ils participent de tout un système qui ne vit plus que de cela.

C’est noir, c’est glauque, c’est désespérant. Il n’y a donc rien à sauver de l’espèce humaine ? Parce que personne n’est vraiment tout blanc, dans cette histoire. Pour s’en sortir, il faut se blinder, quitte à en écraser de moins forts que vous.

Je n’ai pas envie de recommander ce livre. Mais je le crois pourtant important. Rien à faire, je reste dans cet entre-deux…

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