Policiers, Roman noir

Coups de vieux

Chronique de Coups de vieux, de Dominique Forma.

« Milke est persuadé d’être plus intelligent que Clovis et habité d’une fibre morale supérieure. Forcément, il est de gauche.

Qui voudrait avoir raison avec Clovis, quand il est si agréable de se tromper avec André ? »

Dominique Forma, Coups de vieux, Éditions Points, 2020, p. 256.

Motivations initiales

Nouvelle lecture dans le cadre du Prix du meilleur polar Points, et nouvelle occasion de découvrir un auteur qui nous avait échappé, Dominique Forma, donc, avec ce Coups de vieux

Synopsis

André Milke, ancien du service d’ordre de la Gauche prolétarienne – il en était même considéré comme le stratège militaire -, mouvement maoïste du début des années 70, a participé avec d’autres camarades à l’aventure de la création de Libération, avec Serge July. Journaliste, puis documentariste, il s’est progressivement écarté du militantisme, tout en gardant ses convictions.

Invité par son vieil ami Luc Dallier à passer un peu de temps au château de Garens – un château pinardier -, près de Béziers, André Milke profite également du Cap d’Agde et de la Baie des cochons, plage libertine où tout est permis. Mais ce soir-là, André va déchanter : au détour d’une dune, c’est le cadavre d’une femme qu’il découvre, et pas n’importe laquelle. En effet, c’est Emma Paretto, la nouvelle petite amie de Luc.

Et quand, le même soir, un incendie détruit le chantier de construction du club sur lequel Luc comptait pour se sauver de la ruine, le doute n’est plus permis : c’est bien lui qui est visé. Mais quelle machination tout cela dissimule-t-il ?

Luc anéanti par la disparition brutale de son amie et de ses espoirs, André n’a guère d’autre allié de circonstance possible que Clovis Martinez. Ce dernier, pied-noir né à Oran en 1944, sympathisant de l’OAS, ne déteste rien autant que les journalistes, après les petits dealers, les homos, les étrangers… bref, tous les dégénérés.

Parviendront-ils, ensemble, malgré leurs anciennes inimitiés, à remonter la piste qui mène jusqu’au château de Garens ?

Avis

Voilà un roman policier atypique, dans lequel l’enquête compte en réalité moins que de savoir comment chaque personnage va – ou non – parvenir à tirer son épingle du jeu. Et il n’y en a pas vraiment un pour rattraper l’autre : l’ex-mao qui arpente les dunes à la recherche de femmes qui s’offrent au premier venu, le vieux raciste aigri, la jeune femme qui, chaque été, offre aux inconnus son corps pour faire le plein de sensations pour l’année, le rejeton de bonne famille qui espère juste pouvoir continuer à se fournir en cocaïne, l’agent immobilier prêt à fermer les yeux pour un bon paquet de billets… D’ailleurs, à la fin, l’enquête est davantage dissoute que résolue, mais ce n’est pas l’essentiel

Dominique Forma semble prendre un malin plaisir à explorer les zones d’ombre de chacun d’entre eux, à mettre en évidence les lignes de faille, à souligner les cassures intimes. Le tout dans un monde désenchanté, individualiste, gouverné par l’argent et le sexe. Il n’y a plus de place pour les convictions ou les idéaux, semble-t-il nous dire.

On sent d’ailleurs comme une nostalgie de ces années 70 où les manifestations pouvaient être violentes. Ainsi, lorsqu’il écrit, pages 139 et 140 :

« Milke se considère comme un homme qui ne plie pas. Pas souvent. Et s’il n’en reste qu’un, il voudrait être celui-là. Loin de ces jeunes manifestants qui pleurnichent, vidéos en HD sur leur smartphone à l’appui, parce qu’ils ont reçu un coup de matraque dans les pattes ou une lacrymo. Ces soutiens de la révolution viendront bientôt manifester accompagnés de l’avocat de papa. »

Et c’est d’ailleurs autour de cette droiture, de ce « sens de l’honneur » que les deux retraités vont se retrouver, eux qui peinent à comprendre ces nouvelles générations qui leur paraissent si creuses, si superficielles, et, au final, assez peu compréhensibles. Mieux un bon ennemi qu’un ami fade, en quelque sorte… « Nous étions faits pour nous détester, et nous l’avons bien fait », semblent-ils se dire avec une certaine fierté.

Ce livre se lit très bien : c’est fluide, on sourit autant qu’on grince des dents avec ces personnages tellement faillibles, faillis, faibles. Si je devais émettre un bémol, ce serait effectivement sur le choix – que je crois délibéré – de faire vraiment passer l’intrigue policière au deuxième plan – : certes, les pièces du puzzle se mettent en place progressivement, mais simplement parce qu’elles nous sont racontées par les différents personnages, pas tant sous l’effet de leurs « investigations ».

Il faut préciser que l’ensemble est assez trash, depuis la scène d’entrée, exploration de la Baie des cochons, puis autour du personnage d’Alexe, dont Clovis, son voisin, nous dit au sujet de la première fois qu’il l’a vue : « … elle sortait d’une voiture quasiment nue cette fois-là, hilare et souillée. Truie, profanée et superbe à la fois ».

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