Nouvelle, Psychologique

La vérité sur le mensonge

Chronique de La vérité sur le mensonge, de Benedict Wells.

« Au commissariat, ils ont été surpris et pas qu’un peu quand ils ont constaté que je n’avais aucun existence officielle. Ma vraie carte d’identité venue du futur leur est apparue comme un faux et ma date de naissance les a fait rire. Mais alors i je n’étais pas moi, j’étais qui, bordel ? »

Benedict Wells, La vérité sur le mensonge, Slatkine & Cie, 2019, p. 124.

Motivations initiales

Nous avions beaucoup aimé La fin de la solitude, de ce même auteur, paru déjà chez Slatkine en 2017, et nous leur avons donc demandé s’ils pouvaient nous envoyer celui-ci. Il nous est parvenu alors que nous avions quelques urgences, il s’est retrouvé dans la PAL… et c’est en faisant un grand ménage de confinement que nous l’avons ressorti…

Synopsis

Il n’y a pas, à proprement parler, de synopsis, puisqu’il s’agit d’un recueil de nouvelles, neuf textes courts qui accompagnent la nouvelle éponyme, La Franchise ou la Vérité sur le mensonge. Ce texte, plus long – une bonne soixantaine de pages -, ne donne pas uniquement son nom au recueil, il en est aussi la colonne vertébrale, en quelque sorte.

Dans La promenade, on rencontre un homme obsédé par son travail. Bien que ce soient les vacances, bien que la fête d’anniversaire de son fils se déroule le soir même, il part se promener. Mais ne risque-t-il pas, en fonctionnant ainsi, de rater les grandes étapes de la vie de famille ?

La pension – Souvenirs, c’est un hommage à ces amitiés de l’enfance dont, quelques années plus tard, on ne sait plus sur quoi elles reposaient. Et, la plupart du temps, elles se sont enfuies, ne laissant que quelques souvenirs…

Dans La muse, une auteure confrontée au syndrome de la page blanche, en retard pour rendre un texte à son éditeur, est réveillée en pleine nuit. Elle vient de sentir comme un baiser… et, oui, un homme est là… chargé d’être sa muse, il a enfreint les règles, quitte à en payer le prix.

Ping-pong est le récit de la séquestration – sans raison particulière – de deux hommes. Ils ne se connaissent pas, ne se sont jamais vus. Seule distraction à leur disposition : une table de ping-pong, des raquettes et une balle. Qui vont devenir l’enjeu de leur existence…

Avec Richard, l’auteur nous fait rencontrer une vieille dame qui, vivant seule avec son chat, se retrouve un jour sur un banc. Elle entame la conversation avec les passants, qui la prennent pour folle… alors que, simplement, elle leur parle !

La nuit des livres est une histoire de Noël. Dans une bibliothèque, chaque année, à Noël, les livres choisissent parmi eux celui dont il sera fait lecture. Et comme chaque livre à le même égo que son auteur, les chamailleries sont nombreuses…

Dans la Franchise, ou la Vérité sur le mensonge, un cinéaste raté qui ne parvenait pas à se faire entendre dans le monde réel se trouve projeté dans un passé proche, ce qui lui ouvre la possibilité de s’emparer des succès des autres. Mais quand le secret pèse, il faut s’en ouvrir à quelqu’un…

Dans La mouche, Benedict Wells met en scène une femme et son mari. Lui a mené sa carrière, et refuse aujourd’hui de la laisser tenter sa chance, alors qu’elle s’est dévouée à son succès. Mais un grain de sable – ici, une mouche – va perturber les choses.

L’émergence de la peur relate la vie dans une de ces familles où l’on ne se parle pas, ou si peu, ou si mal, à coups de poing. Lorsqu’il a bu, le père frappe ses fils, du moins tant qu’ils sont suffisamment petits pour ne pas répliquer… jusqu’au jour où la situation change…

Dans Cent mille, enfin, on suit deux trajets parallèle, au sein d’une même famille. Un père et son fils, restés seuls après le suicide de la mère, parviendront-ils à dire leurs émotions, à partager leurs ressentis, ou le mur de l’incommunicabilité les éloignera-t-ils ?

Avis

Ce qui réunit ces textes, c’est le thème de l’incommunicabilité. Incommunicabilité des sentiments entre des personnages qui ne se parlent pas ; incommunicabilité de l’amour, au sein d’une même famille ; incommunicabilité de la souffrance ; incommunicabilité de la colère, lorsque l’on a déjà plié une fois…

Chaque personnage, dans chacun de ces récits, fait face à la difficulté que nous connaissons tous : oser ou savoir se dire est un exercice à la fois périlleux et souvent voué à l’échec. Et c’est à ce sujet, éminemment compliqué – un écrivain, même s’il est supposé manier les mots mieux que le commun des mortels, se heurte lui aussi, et peut-être, lui surtout, à cette difficulté – que s’attaque ici Benedict Wells. Et avec quel talent !

Sans raconter ces histoires, elles mettent en scène joliment, brutalement, avec douceur ou avec émotion l’une de ces situations dans laquelle nous nous retrouvons parfois empêtrés. Avec, toujours, la même crainte : que la mort finisse par nous empêcher d’exprimer ce que nous avons à dire.

Ces textes sont vraiment de petits bijoux. Subtils, drôles – ce récit fantastique dans lequel un cinéaste raté, ayant eu la chance de se trouver renvoyé dans le passé, vole Star Wars à Georges Lucas, et finit par s’en ouvrir auprès d’un journaliste est un vrai régal ! -, glaçants par moment : on passe par toutes les émotions !

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