Policiers, Roman noir, Thrillers

Haine pour haine

Chronique de Haine pour haine, d’Eva Dolan.

« Les images haute résolution sur papier brillant montraient le cadavre en gros plan. Ça n’avait déjà pas été agréable à voir sur la scène de crime, dans l’obscurité, mais les flashs faisaient ressortir tous les détails, révélant la férocité absolue de l’attaque. Les traces de semelles sur la peau hâlée de l’homme, une paupière déchirée, une éclaboussure de cervelle, la vision abominable de sa colonne vertébrale qui faisait saillie d’un côté de la nuque. »

Eva Dolan, Haine pour haine, Éditions Points, 2020, p. 185.

Motivations initiales

Encore une belle aventure : participer au jury du Prix du meilleur polar des Éditions Points. Occasion de découvrir des auteurs que l’on ne connait pas encore, de se frotter, parfois, à des lectures que l’on n’aurait pas choisies. Et d’en discuter avec les autres membres du jury, ce qui oblige toujours à remettre en question un avis qui nous semble évidemment indiscutable… mais s’avère toujours extrêmement discuté ! Bref, un moment intéressant et instructif ! Ici, il s’agit de découvrir Eva Dolan, écrivain britannique dont le premier roman, Les chemins de la haine, traduit en français en 2018, a été couronné du Grand Prix des lectrices de ELLE, . C’est ici son deuxième roman, alors que le troisième, Les oubliés de Londres, a également été traduit en français cette année.

Synopsis

Deux affaires sont confiées à l’inspecteur Dushan Zigic et à sa coéquipière, le sergent Melinda Ferreira : d’un côté, une voiture a fauché trois personnes qui attendaient à un arrêt de bus, provoquant la mort de deux d’entre elles ; d’autre part, trois hommes ont été piétinés à mort par un agresseur qui, une fois son forfait perpétré, s’est placé, visage masqué, devant une caméra de vidéo-surveillance, pour effectuer un salut nazi.

Le point commun entre les deux affaires : les victimes sont systématiquement des étrangers. Il parait donc logique de les confier à la section spécialisée dans les crimes de haine. Pourtant la consigne est de ne pas ébruiter la piste raciste : la ville de Peterborough est déjà au bord de l’explosion…

Avis

« Toute ressemblance avec une situation existant ou ayant existé ne serait que pure coïncidence »… Eva Dolan nous décrit, avec une grande précision, la façon dont une société se dissout.

La ville de Peterborough a été choisie par Richard Shotton, qui dirige un parti d’extrême-droite, pour avancer ses pions. Il a fait le choix de jouer la carte de la respectabilité. Pour cela, il a dépensé beaucoup d’argent pour obtenir que les groupuscules néo-nazis se tiennent calmes : il lui faut à tout prix éviter les débordements. Voilà qui nous rappelle vaguement quelque chose… Mais avec ces deux affaires dans lesquelles des étrangers qui semblent être visés directement, il a bien du souci à maintenir sa ligne de conduite…

De leur côté, les différentes communautés sont elles-mêmes partagées par des lignes de faille. Musulmans, polonais, serbes, portugais… la question même de ce que signifie être étranger n’épargne personne, pas même nos deux enquêteurs, eux-mêmes directement concernés.

Ce qui est particulièrement intéressant dans ce roman, c’est la façon dont Eva Dolan met en scène la quasi-impossibilité qu’il y a à éviter les préjugés. Le sergent Ferreira voudrait tant que les réponses soient simples et univoques ! Au fur et à mesure que les suspects potentiels se présentent, elle veut se convaincre de leur culpabilité. Mais peut-être la vraie vie est-elle un peu plus complexe que cela…

Ainsi, chacun porte son petit secret, plus ou moins lourd, plus ou moins coupable, et s’obstine à le masquer. Et c’est au travers de tous ces faux-semblants que Zigic et Ferreira vont devoir trier entre fausses pistes et vrais mensonges.

Un roman noir, très noir, qui laisse peu d’espace à l’espoir. La haine, qui est – au moins dans ses titres – au centre des préoccupations d’Eva Dolan, est ici largement présente, transpirant à chaque page. Une écriture au rasoir, qui laisse sa marque sur les chairs mises à nu…

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