Drame, Policiers

Les protégés de Sainte Kinga

Chronique de Les protégés de Sainte Kinga, de Marc Voltenauer.

« Les croyances et les convictions étaient pour lui les principaux dangers qui guettaient l’humanité. Persuadé de détenir la vérité, chacun s’enlisait dans ses propres certitudes, renforçant ainsi sa propre ignorance. Hugo aimait bien la sentence socratique, « Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien ». Reconnaître son ignorance comme postulat de base était l’attitude nécessaire pour s’ouvrir à une quête du savoir intelligente et demeurer critique à l’égard de soi-même.

Pour Hugo, les membres du Bloc identitaire suisse illustraient à merveille le concept de savants ignorants qui pensaient tout savoir. Plus ils s’enfermaient dans leurs convictions, plus leur ignorance des choses de ce monde se renforçait. »

Marc Voltenauer, Les protégés de Sainte Kinga, Slatkine & Cie, 2020, p. 379.

Motivations initiales

Depuis Le dragon du Muveran, nous sommes fans de Marc Voltenauer, chez Ô Grimoire. Et nous attendons toujours avec impatience la prochaine sortie. Alors, naturellement, même sans connaître les mines de Bex, nous étions impatients de découvrir cette nouvelle intrigue à laquelle l’inspecteur Andreas Auer se retrouve mêlé… Merci à l’équipe de Slatkine & Cie de nous avoir envoyé ce nouvel opus !

Synopsis

Devenu inspecteur principal et désormais chef de la Division homicide et brigandage, Andreas Auer est appelé : une prise d’otages est en cours dans les mines de sel de Bex. Il ne le sait pas encore, mais Adam, son neveu, est l’un des otages.

Celui qui s’exprime au nom des preneurs d’otage est déguisé en Charlot. Enfin, quand on dit qu’il s’exprime… il mime et respecte tous les codes du cinéma muet, ce qui ne facilite pas forcément le travail des négociateurs de la police. Qui sont exactement les personnes impliquées dans cette affaire et que veulent-elles ?

Pour le découvrir, il va falloir remonter les pistes, y compris dans le passé. En effet, l’histoire d’un certain Aaron Salzberg, venu de Pologne pour travailler dans la mine de Bex, en 1826, est un élément de cette affaire. Andreas Auer aura-t-il le temps de démêler les fils de l’intrigue avant qu’il ne soit trop tard ?

Avis

Il me semble qu’il n’est pas exagéré de dire que ce livre pourrait être un tournant dans la « carrière » d’écrivain de Marc Voltenauer. Les trois précédents livres (Le dragon du Muveran, Qui a tué Heidi ? et L’aigle de sang) avaient des points communs évidents : nous étions, nous, les lecteurs, projetés dans l’esprit d’un criminel, sans savoir de qui il s’agissait, et nous suivions en parallèle l’enquête menée par Andreas Auer et la progression psychologique du meurtrier. Les histoires tournaient en général autour d’un dysfonctionnement familial. L’aigle de sang, le dernier en date, ouvrait une petite porte vers le polar historique, mais restait encore très classique.

Ici, la dimension historique, avec l’histoire de la mine de sel de Bex, gagne en profondeur. Ce n’est d’ailleurs pas par hasard qu’un bon tiers du livre (à vue de nez, je n’ai pas compté !) se déroule dans ces années 1820-1830. Et cela ne sert pas uniquement de contexte, ou de cadre. Non, l’imbrication entre les événements qui se déroulent dans le passé et ceux qui prennent place aujourd’hui est tout à fait convaincante !

Et puis… et puis il y a une série de messages très forts glissés dans ce texte par Marc Voltenauer. Je ne peux pas m’empêcher de voir dans le passage utilisé comme citation, au début de cette chronique, un appel à la curiosité, à l’ouverture d’esprit. Et cela entre évidemment en résonance avec les événements récents à l’occasion desquels certains ont choisi de s’attaquer à la transmission de connaissances et à ceux dont c’est la mission. Ne pas s’enfermer dans des croyances, ne pas « s’enliser dans ses certitudes » et son ignorance. Quel terrible constat que celui de notre monde dans lequel on tue des enseignants parce qu’ils ont voulu faire passer ce message aux jeunes dont ils ont – entre autres – la charge de développer l’esprit critique ! Et merci Marc Voltenauer d’avoir écrit noir sur blanc, même si vous l’avez fait bien avant ces récents développements, que l’enfermement sur des croyances, qu’elles soient religieuses ou non, est un véritable danger pour l’humanité.

La tolérance, l’acceptation de l’autre et de la différence, le refus des clichés faciles et du repli sur soi : voila également des thèmes importants. D’autant que l’on voit ici toute la difficulté qu’il y a à se tenir sur la ligne de crête… Hugo et ses complices ont-ils franchi la ligne jaune, le choix qu’ils ont posé, bien qu’il soit motivé par de bons sentiments, ne les fait-ils pas tomber dans le camp de ceux qui n’écoutent plus et qui, forts de leurs certitudes, se croient autorisés à imposer leurs idées ?

Enfin, l’auteur nous gratifie de quelques jolies fausses pistes, qui pimentent agréablement le récit. Ainsi, la lecture est à la fois agréable, rythmée, tout en offrant des éléments qui justifient la réflexion… l’équilibre est quasi-parfait !

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