Aventures, Heroic fantasy

L’enfant de poussière

« Si les dieux existent et qu’ils sont ce que les hommes en disent, j’aurais dû mourir aujourd’hui. Alors, soit les dieux ne sont pas ce que les hommes en disent, soit ils n’existent pas du tout. La seule sagesse qui peut exister ici, c’est de dire que nous ne savons pas. Les premiers-penseurs dont je te parlais plus tôt l’avaient compris. Nous appelons leur philosophie la Pradekke, et c’est le ciment du pays var tel qu’il existe aujourd’hui. La Pradekke, c’est la différence entre le savoir et la croyance. Croire que l’on sait est ignorant. Savoir que l’on croit ne l’est pas. L’homme sage est capable de discerner les nuances entre ce qu’il sait et ce qu’il croit, parce que la croyance est la plus dangereuse des ignorances. »

Patrick K. Dewdney, L’enfant de poussière, Éditions Au diable vauvert, 2018, p. 371.

Motivations initiales

On m’avait vanté ce livre, et j’avais du coup très envie de le lire. Alors mon camarade de crime chez Ô Grimoire me l’a acheté. Découverte !

Synopsis

Syffe est un orphelin, placé avec trois autres enfants – Brindille, Cardou et Merle – chez la veuve Tarron. Ils courent la ville et la campagne, et font leurs premières expériences des « frontières » : frontières de la race – Syffe est ainsi nommé parce qu’il appartient visiblement au peuple des Syffes, qui tiennent lieu d’étrangers à Corne-Brune, frontières sociales, frontières politiques… Ils ont entre 8 et 10 ans, jeunes adolescents déjà contraints de grandir trop vite. Et Syffe, pour que Brindille le regarde, vole pour elle. Et se fait, évidemment, attraper. Il risque d’y laisser une main, mais le maître-lame Hesse, à la réputation sulfureuse, lui « impose » un échange : pour conserver sa main, Syffe doit devenir ses yeux et ses oreilles. Marché avantageux ? Peut-être. Ou pas, car Syffe se retrouve isolé de ses amis… et de Brindille, notamment ! Au passage, Syffe s’attire la haine des Misolle, l’une des familles influentes de la ville.

Installé au château, il est placé sous la responsabilité de Nahirsipal, chirurgien d’origine étrangère, qui lui fait découvrir la médecine. Mais le fils Misolle a la rancune tenace… Alors que des événements mystérieux se produisent, qui donnent à penser que la magie pourrait être à l’oeuvre, la vie de Syffe bascule à nouveau : il doit, pour sauver sa vie, s’enfuir avec Huldrick, un mercenaire dont il a sauvé la jambe. Ce dernier le prend alors sous son aile – pas forcément compatissante – et va le former à devenir un combattant…

Avis

> L’avis de T

Ce livre a tout pour me plaire. A priori. Mais… il y a un mais. Et, plus compliqué, un « mais » assez difficile à expliquer, mais qui doit l’être parce que ce livre a été largement plébiscité, fêté, couronné de prix. On ne peut donc pas se contenter de dire qu’il ne s’agit pas d’un bon livre, bien au contraire. Et, cela se voit dans les critiques, tous ceux qui n’ont pas accroché se sentent obligés de s’expliquer, presque de se justifier.

Commençons par le positif, parce qu’il y en a. Des histoires de ce type, romans d’apprentissage comme certains les qualifient, me plaisent en général. J’apprécie plutôt l’idée d’un héros qui s’ignore, mais qui, placé devant des événements qui semblent le dépasser, n’ont d’autre choix que de plier ou de se battre. Et, à ce titre, L’enfant de poussière se place dans une tradition qui remonte loin : je ne peux pas m’empêcher de repenser aux légendes arthuriennes, et, par exemple, à la version qu’en donne Mary Stewart dans Le roi de lumière, évoqué précédemment. Mais on peut également avoir en tête, dans un autre style, la quête initiatique d’Amin Maalouf dans Le périple de Baldassare, ou encore celle de Mikael dans Le soleil des rebelles, de Luca di Fulvio. On pourrait poursuivre la liste, sans oublier, naturellement, les immenses Bilbo le Hobbit et Le seigneur des anneaux, de Tolkien !

Les personnages, ensuite. Syffe est tout de même bien mystérieux : il est frêle, on le sent assez démuni – mais quel enfant de 8 huit ans ne le serait pas, plongé dans le monde des adultes aussi brutalement ? -, et franchement, il a un don assez énervant pour faire les mauvais choix. Mais on se doute, sans avoir besoin d’attendre les tomes suivants, que le mystère de ses origines pourrait être un élément de l’histoire, et qu’un destin qui dépasse probablement celui de mercenaire l’attend. Hesse, son premier « père de substitution », est visiblement bien plus complexe qu’il n’y parait au premier abord ; Nahirsipal également, dans sa bienveillance, est un personnage intéressant ; quant à Huldrick, il est juste torturé comme il le faut… Autrement dit – et c’est heureux lorsque vous en êtes au tome 1 d’une saga prévue en 7 volumes -, la galerie de portraits est suffisamment riche pour tenir la distance, du moins on peut l’espérer.

Sur les thèmes abordés, il y a des choses très intéressantes – ce qui marque souvent, d’ailleurs, ces romans d’apprentissage. En effet, il y est question de suivre l’évolution et la découverte de la vie de Syffe : forcément, cela amène l’auteur à proposer une certaine vision de la vie, de la sagesse – ou de son absence -, de ce qui est juste et de ce qui ne l’est pas. La guerre, l’amour, la religion, le pouvoir, l’exclusion sont évidemment présents dans ce livre. Et si certains m’ont parus traités avec finesse, d’autres « prises de position » m’ont semblé plus caricaturales, ou sont présentées de façon un peu forcée, ce qui alourdit la lecture.

Mais parlons maintenant du style de l’auteur. Une immense partie des critiques signalent la jolie plume de Patrick K. Dewdney. Pourtant, je suis moins enthousiaste que beaucoup d’autres, tout en me démarquant des critiques qui sont faites  le plus souvent à ce texte. En effet, il y a de très belles fulgurances : on sent que l’auteur s’est frotté à la poésie, et qu’il a du style. Les passages descriptifs ne m’ont pas semblé trop fréquents, comme certains. En revanche, j’ai eu le sentiment d’une volonté délibérée de rechercher la formule choc, quitte à négliger d’autres passages.

Pour être même totalement honnête, j’ai passé une partie de ma lecture à me demander si les « fautes » que je relevais étaient des problèmes liés à l’écriture, à la relecture, ou à une éventuelle traduction. Il semble, parce que cette question est devenue progressivement si forte que je me suis lancé dans de rapides recherches sur l’auteur, que cette dernière piste soit à écarter, puisque l’auteur, s’il est britannique, habite en France et écrit en français. Mais, sur les 200 dernières pages, j’ai systématiquement noté les erreurs que je repérais (des mots employés pour d’autres, des mots manquants, qui enlèvent tout sens à la phrase ou sont de façon évidente inadéquats), et j’ai relevé 7 fautes grossières. Je ne parle évidemment pas là de petites fautes d’accord, ou d’application erronée de règles de grammaire absconses… Le dernier exemple du livre, page 612 (ligne 9) :

« Je mangeais parfois un peu neige pour pallier la faim et à la fatigue, même si je savais qu’il ne fallait pas. »

J’ai du mal à comprendre qu’une telle phrase, dans laquelle il manque la préposition « de » (à moins qu’il soit ici article indéfini ou partitif, j’hésite) dans « un peu de neige », et où pallier est mal employé – il aurait fallu écrire « … pour pallier la faim et la fatigue… », puisse passer.

Au total, c’est plutôt un bon livre, mais qui ne se distingue pas forcément des précédentes lectures du même type… Si je dois recommander une lecture de ce type, j’avoue que ma préférence ira probablement davantage vers d’autres livres.

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